132
L E S ARSACIDES CHRÉTIENS
assimilation culturelle, l'arménisme prenait pacifiquement pos-
session d'une vaste province qui n'avait, se'mble-t-il jamais
été jusque-là complètement soumise à la race haïkane.
Tigrane VII : rupture entre la royauté et le patriarcat.
D'après les sources arméniennes, la guerre générale entre
l'Arménie et les Perses avait recommencé dans les dernières
années du règne de Khosrov I L Nous avons vu la maison des
Bznouni trahir en faveur des Perses et permettre à ceux-ci de
pousser leurs ravages jusqu'au lac de Van. Un peu plus tard
l'armée arménienne subit un désastre dans lequel périt son chef,
Vatché Mamikonian, célébré depuis comme un martyr
1
.
Vatché
fut remplacé à la tête de l'armée par un autre féodal, Archavj
Kamsarakan, prince du Chirak et de l'Archarouniq. Peu après
mourut Khosrov I I (v. 339). Le patriarche Verthanès, dont
l'autorité n'avait cessé de grandir, assura la transmission de la
couronne au fils du roi défunt, Tigrane V I L Verthanès lui-même
décéda quelques mois plus tard, remplacé sur le siège patriarcal
par son propre fils Housik, ou Iousik (vers 341).
Housik était le petit-fils de saint Grégoire l'Uluminateur. La
famille de celui-ci se perpétuait donc sur le siège patriarcal,
l'Église arménienne restant fidèle à cette maison dont les repré–
sentants paraissent avoir été tous de fortes et saintes person–
nalités. Grégoire, ses fils et petits-fils avaient été mariés avant
d'entrer dans les ordres. A la mort de chacun d'eux, les clercs
venaient solliciter son fils de renoncer à la vie de famille pour
accepter la charge du patriarcat. Une dynastie patriarcale ten–
dait donc, par la force des choses, à s'établir à côté de la dynastie
royale. A la longue une telle situation finit par porter ombrage
au pouvoir royal. La vie de Tigrane V I I n'était pas toujours
édifiante. Un jour — c'était au château royal de BnabeZ dans le
Grand Dzophq
2
, —
Housik lui refusa l'entrée de l'église. Tigrane
le fit rouer de coups, et le prélat mourut peu après de ses bles–
sures à Thordan, dans le DaranaZiq où on l'avait transporté
(
v. 347)
3
.
Le vieux chorévêque Daniel, prélat d'origine syrienne,
de Siounie, admis comme vassaux à la cour d'Arménie, s'y souvinssent
qu'ils avaient été princes souverains. MOÏSE K A / A N K A T O U A T S I
(
Histoire des
Aghouans,
p. 8 2 ) et E T I E N N E O R B É L I A N
(
Histoire
de Siounie,
I , p. 20),
recontent qu'Andok, ayant été reçu à la cour du roi de Perse Châhpouhr, ne
but ni ne mangea parce que, dans l'ordre des préséances, le protocole sassa–
nide ne l u i avait assigné que le 14
e
coussin.
1.
FAUSTUS, I I I , ch. x i .
2.
H O N I G M A N N ,
Ostgrenze,
p. 8.
3.
FAUSTUS, I I I , ch. x l i . MOÏSE D E K H O R È N , I I I , ch. x i v , mêle à cette his–
toire l'empereur Julien dont Housik aurait refusé d'introduire le portrait
dans l'église, ce qui aurait excité le courroux de Tigrane. Le rapprochement
est
chronologiquement impossible.
Fonds A.R.A.M