LES ARSACIDES CHRÉTIENS
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Aghouans, elle ne fut pas abandonnée. Les évêques arméniens
d'Aghouanie, successeurs du martyr Grigor, résidèrent à Bardav
(
Pertav, Bardaa), au sud-est de Gandja (Elizavetpol) \
Rappelons que, du temps de Strabon, les Albaniens étaient
considérés comme des populations pastorales à demi-barbares,
dont les mœurs farouches contrastaient avec celles de l'Arménie
sédentaire et agricole
2
.
A l'époque où nous sommes arrivés, leur
langue apparaissait encore aux
vardapet
arméniens comme « une
langue gutturale, rauque, barbare, grossière et discordante »
3
,
mais la prédication du christianisme allait permettre à la civi–
lisation arménienne de pénétrer en Aghouanie.
Nous avons vu que les habitants de la Siounie (Siouniq),
entre le lac Sévan et la rivière Akéra, parlaient une langue très
voisine de la langue aghouane et qu'ils appartenaient vraisem–
blablement au même fond ethnique que les Aghouans
4
.
Mais ici
Farménisation fut beaucoup plus profonde. Elle fut l'œuvre à la
fois des princes locaux, attirés par le rayonnement de la civili–
sation arménienne, et du clergé grégorien. La tradition recueillie
par Stéphannos Orbélian voulait que ce fût le fondateur de la
dynastie arsacide d'Arménie qui ait inféodé la Siounie ou pays
de Sisakan au premier roi local nommé Sisak et surnommé AZou,
héros éponyme qui semble ainsi désigné comme étant bien de
race « aZouane » ou aghovane
5
.
La maison de Siounie fut, depuis
lors, étroitement associée à la vie politique et religieuse de
l'Arménie. Nous venons de voir (p. 128) que le roi d'Arménie
Khosrov I I (v. 316-325) avait bénéficié du loyalisme de VaZinak,
prince de Siounie, qui l'aida à dompter la révolte de Bakour,
prince d'AZtzniq, et qui reçut en récompense le titre de
bdéachkh
ou chef de marche. On verra d'autre part que le frère de VaZinak,
le prince Andok ( = Antok, Antiochos), qui avait épousé une
princesse arménienne de la maison des Mamikonian, maria leur
fille, la belle Pharantzem, à Gnel ou Gounel, neveu du roi
d'Arménie Archak I I . Pharantzem profita de son élévation
pour fait périr son oncle VaZinak et le remplacer sur le trône de
Siounie par son propre père, Andok. Andok devait d'ailleurs
jouer un rôle considérable dans la politique arménienne et,
notamment, participer à l'élection des patriarches arméniens
Pharèn d'Achtichat (348) et Nersés le Grand (353)
6
.
Par cette
1.
Cf. G. D U M É Z I L ,
Une chrétienté disparue. Les Albaniens
du
Caucase.
Mélanges Asiatiques,
Journal Asiatique,
1940-1941,
fasc. 1, p. 126.
2.
STRABON, 4, 1.
3.
MOÏSE DE K H O R È N , I I I , 54.
4.
ZACHARIE L E R H É T E U R .
Chronique ecclésiastique,
trad. A H R E N S - K R U G E R ,
P-253. Cf. THOPDSCHIAN,
Politische und Kirchengeschichte
Arméniens,
p. 156.
HUBSCHMANN,
Ortsnamen,
p. 2 6 6 . L A U R E N T ,
L'Arménie
entre Buzance et
I
Islam,
p. 13, n. 1.
5.
ETIENNE O R B É L I A N ,
Histoire de la Siounie,
I,
p,
7-8.
o.
BROSSET,
Histoire de la Siounie,
I I , p. 15, Mais
i l
arrivait que les princes
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