LES ARSACIDES CHRETIENS
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oui a rompu la communauté entre le monde parthe de l'Iran et
l'Arménie. Dès lors, l'Arménie a eu une situation à part, entre
l'empi
re
sassanide et l'empire romain. La Perse sassanide ayant
pris pour religion officielle un mazdéisme strict, qui ne paraît
pas avoir jamais tenu en Arménie une place notable, c'est le
christianisme qui est devenu pour les Arméniens la religion
nationale
1
. »
Tiridate III, Khosrov I I et l'opposition féodale.
L'alliance de la monarchie arsacide avec la jeune Église armé–
nienne dans la personne de Tiridate I I I et de la famille de
saint Grégoire l'Uluminateur était complète. Malheureusement
la monarchie était toujours aux prises avec l'insubordination des
féodaux, tandis que l'évangélisation était loin d'avoir triomphé
de la résistance des. masses rurales, voire de représentants de
cette même féodalité, portés à s'appuyer contre le pouvoir
royal sur le vieux paganisme indigène. Tiridate I I I avait pu
croire son trône consolidé par la conversion de l'empereur Cons–
tantin au christianisme. La communauté de religion devait
créer entre l'empire romain et l'Arménie une solidarité de senti–
ment et d'intérêts dont la dynastie arsacide ne pouvait que
bénéficier. Tiridate n'en fut pas moins aux prises avec les féodaux,
principalement, semble-t-il, avec ceux du Tarôn, de la Siounie
(
Siouniq), du Vaspourakan et de l'AZtzniq (Arzanène) qui, à
l'occasion, n'hésitaient pas à s'appuyer sur l'empire sassanide,
Moïse de Khorèn raconte que pendant une absence du rdi le
chef de la maison des Se/kouniq qui possédait le fief d'OZakan,
au Tarôn, se révolta en escomptant l'aide du roi de Perse Châh-
pouhr I I , mais i l fut devancé et t ué par le fondateur d'une autre
maison féodale, celle des Mamikonian, lequel y gagna, de la
reconnaissance de Tiridate, le fief du vaincu
2
.
Ce fut l'origine
de la grandeur de la famille des Mamikonian, que nous retrou–
verons fréquemment au cours de cette histoire
3
.
Mais l'autorité
du « Constantin arménien » devait finir par s'user au milieu de
ces perpétuelles révoltes. Le IV» livre de Moïse de Khorèn
raconte comment le propre
sénékapêt
ou chambellan de Tiridate
s'unit aux seigneurs de la Siounie pour assassiner le roi au cours
d'une partie de chasse dans la province d'ÉkéZéatz (au sud
1.
MEILLET,
Le mot ekeleci, Revue des Études Arméniennes,
t. 9, 1, 1929
P- 134-136.
2.
MOISB, 1. I I , ch. L X X X I V , p. 124. A S O / I K , 1. I I , ch. i , p. 43.
MOÏSE DE K H O R È N veut ici que « Mamkoun », le fondateur éponyme de
ja maison des Mamikonian, soit venu « du pays des Djèn », dont on a fait
(
assez abusivement) « la Chine » ou plutôt l'Asie Centrale (MOÏSE I I „ ch. 7 8 . ) .
!•
HANNÈS SKOLD,
L'oriqine
des Mamiconiens,
Revue des Études
Armé–
niennes,
t. 5, 1, 1925, p. 131-139.
Histoire de
l
'
Arménie.
«
Fonds A.R.A.M