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L E S A R S A C I D E S C H R E T I E N S
on recourut à un mot aussi purement syriaque que
qahanaï
l'autre terme
erêfs,
mot à mot « ancien », étant un « calque (j,
grec
presbyteros.
Le mot
abelaï,
«
prêtre marié », est également
syriaque. Le terme de
vardapet,
«
maître », est iranien, ainsi qJ
ceux de
margarê
«
prophète », de
hrechtak
«
ange », de
pa^
«
jeûne », de
karapet,
«
précurseur », de
avetaran «
évangile J
Meillet estime aussi que
vanq
«
couvent » est d'origine iranienne
au même titre
qa'avan,
«
village ». « En somme, dans le vieux
fonds du vocabulaire arménien du christianisme, i l y a des
éléments araméens, des éléments iraniens et nombre de mots sans
étymologie connue dont plusieurs ont une physionomie plus ou
moins iranienne. On n'y trouve pas de mots pris immédiatement
au grec
2
. »
De cet ensemble de constatations, Meillet tire des
conclusions fort importantes pour l'orientation de la primitive
Église arménienne antérieurement à l'invention de l'alphabet
arménien : « Le pays arménien, écrit-il, faisait alors partie dt
l'aire des civilisations iraniennes. On était à l'époque où une
aristocratie parthe dominait en Arménie. Les gens qui écri–
vaient se servaient en grande partie de l'araméen. L'aristocratie
était de langue iranienne, mais ses employés, ses scribes étaient
plutôt de langue araméenne. Les textes officiels en moyen-iranien
avec leur caractère tout iranien et leurs « idéogrammes » araméens
portent trace de cette singulière dualité. Ce sont sans doute de
gens de langue syriaque qui ont apporté et répandu le christia–
nisme, mais la langue (de culture) des pays proprement parthes
était iranienne. E t c'est de ce milieu complexe, bilingue, que sera
venu le christianisme en Arménie. C'est toujours à Edesse qu'
est renvoyé pour les origines de l'Église arménienne. Dans L
mots cités ci-dessus, les emprunts au syriaque sont proprement
chrétiens, tandis que les emprunts à l'iranien sont des termes
généraux qui ont servi à exprimer des notions chrétiennes. »
«
Pour rendre compte du vieux fonds du vocabulaire chrétien
chez les Arméniens, i l faudrait, poursuit Meillet, connaître les
langues dont se servaient en iranien du Nord les chrétiens de
l'époque arsacide. Alors sans doute on verrait d'où viennent
des mots mystérieux comme
sarkavag
«
diacre»,
vardapet
«
maître!
karapet
«
précurseur »,
mkrtem
«
je baptise »,
zatik
«
Pâques », et
comment s'explique la forme de mots originairement grecs
comme
ekeletsi
«
église » et
hethanos
«
païen » . » L'illustre savant
entrevoyait ainsi une série d'emprunts continus faits par l'Église
arménienne naissante aux chrétientés parthes et à leur mode
d'expression mixte, irano-syriaque.
«
L'avènement de la dynastie sassanide, conclut Meillet, est,
comme l'indiquent les chroniqueurs arméniens, le fait décisif
1.
M E I L L E T ,
Le mot ekeïeci, R. E. A.,
t. 9, 1, 1929, p. 132-133.
2.
M E I L L E T ,
ibid.,
I X , p. 133-134.
Fonds A.R.A.M