inénie eut été présentée et lue au grand empe–
reur, on chercha et on consulta beaucoup délivres
contenant d'anciens documents, et on y trouva ce
même pacte d'alliance. Or, tandis que le bienheu–
reux Théodose prenait l'avis de tout le sénat
(
Singghidos) et voulait terminer les choses paci–
fiquement, — i l s'y était intéressé de tout cœur,
afin que les églises des Orientaux ne fussent pas
saccagées par les païens odieux, —- tout à coup
i l arriva au terme de son existence. Sa mort amena
un funeste,résultat pour ce secours [qu'il avait
promis].
L'empereur Marcien lui succéda sur le trône.
Cédant aux conseils de ses perfides conseillers, le
général Anatole et le Syrien Eulalius (Ephla-
lios) ( i ) , tous deux hommes vils et iniques et en
même temps irréligieux, i l ne voulut pas accepter
le pacte d'alliance des croyants qui avaient ré–
sisté de tout leur pouvoir
à
la perversité des
païens. Ce prince pusillanime préférait conserver
l'alliance avec les païens, pour conserver une paix
terrestre, plutôt que de secourir par les armes les
chrétiens. A cet effet, i l expédia eh toute hâte
ce même Eulalius comme ambassadeur au roi de
Perse, et i l s'engagea, par un traité d'alliance, à
ne point venir en aide aux troupes arméniennes,
soit avec des armées, soit avec des armes, soit
enfin par aucun autre moyen.
Les choses étant convenues de la sorte, et tout
espoir de secours étant anéanti, les saints évêques
reprirent un nouveau courage et enflammèrent le
zèle des troupes arméniennes. Bien que songeant
à leur faiblesse et à l'alliance des souverains, ce–
pendant ils ne se laissèrent point abattre et s'ar–
mèrent de courage, et répétant leur première
résolution : « Nous
sommes
décidés à combattre
et à mourir. H est facile à Dieu de repousser avec
une poignée d'hommes les efforts d'un grand
nombre, et d'exécuter des choses sublimes avec
des moyens insuffisants. »
Quoiqu'ils n'eussent ni roi pour chef, ni aucun
étranger pour allié, néanmoins par le seul senti–
ment de courage et par les consolations des saints
docteurs, ils se réunirent aux troupes des sa–
trapes de chaque famille, et ils arrivèrent promp–
tement au rendez-vous fixé, avec beaucoup d'au–
tres cavaliers de l'ancienne cour. Ils partagèrent
ensuite toute l'armée en trois corps. Ils confièrent
(1)
Anatole était maître de la milice en Orient, et le
Syrien que notre auteur nomme par corruption Eulalius
était le comte d'Orient Florentins (Laz. de Pharbe
,
c.
36)
qui avait été consul en 421. Les Arméniens donnent au
comte d'Orient le titre du connétable (grand-sparabed)
d'Antioche.
le premier corps à Nerschapouh Remposian, en
le chargeant de la défense du pays, auprès des
confins de l'Adherbadagan. Ils donnèrent le second
à Vartan, général des Arméniens, pour qu'il se
portât surles confins des Ibères, contre le marzban
de Djor, qui était venu pour ruiner les églises des
Aghouank. Ils remirent enfin le troisième corps à
Vasag, prince de Siounie, qui intérieurement ne
s'était jamais détaché du culte des païens ( i ) .
Vasag prit avec lui et choisit ceux dont i l savait
que la foi était tiède : le prince des Bagratides
avec ses troupes, le prince des Khorkborouni avec
ses troupes, le princedesAbahouni avec ses troupes,
le prince des Vahévouni avec ses troupes, le prince
des Balouni avec ses troupes, le prince des Ka-
pélénian avec ses troupes, et le prince d'Ourdz
avec ses troupes. U attira encore à lui beaucoup
d'autres soldats de la maison royale et quelques
nobles des autres maisons. Par une infâme trahi–
son , i l se retira perfidement dans les forteresses
de son domaine, et i l pénétrait adroitement, par
une insigne hypocrisie, au milieu des troupes
perses, pour inquiéter le pays des Aghouank.
Durant ce temps-là, i l expédiait en hâte, de sa
retraite bien fortifiée, des courriers à l'armée
perse : « Voici que j ' a i rompu l'union du clergé
arménien ; j ' a i fait diviser l'armée en trois corps :
le premier, je l'ai fait partir pour les pays de Her
et de Zaravant
(2)
;
le second est en mon pouvoir,
et je ne lui laisse point la liberté de nuire aux
troupes du roi . Ensuite, j ' a i fait disperser dans
tout le pays tous les guerriers qui se trouvent dans
cette contrée. Le troisième corps, qui- est faible et
peu nombreux, je l'ai confié à Vartan, dans l 'A-
ghouank. Avance-toi bravement contre lui et ne
crains pas d'en venir aux mains; je sais qu'ils se–
ront mis en déroute par tes prouesses. »
I l écrivit et fit connaître ces choses au marzban
nommé Sépoukhd, qui, en apprenant de Vasag
tous ces faits encourageants et s'étant parfaitement
assuré que le général des Arméniens venait à sa
rencontre avec une troupe peu nombreuse, ne
resta plus dans le pays de Djor; i l rassembla tous
ses soldats, et, traversant aussitôt le grand fleuve
Cyrus (Gour), i l se porta au-devant de lui dans le
pays des Ibères, en face de la ville de Khaghkhagh,
séjour d'hiver des rois Aghouank (3). I l arriva et
(1)
Vasag, à ce que nous apprend Lazare de Pharbe
(
c. 30), était en correspondance secrète avec les Perses
envoyés en Arménie par Mihr-Nersèh.
(2)
Cf. Indjidji,
Arm. anc,
pg. 154-155.
(3)
Cette ville appelée plus ordinairement Khalkhal
était située dans la province d'Oudi. —Indjidji,
Arm.
anc.,
p. 343.
—
Saint-Martin,
Hist. du B. Emp.
y
t.
VI.
p. 290, note 3.
Fonds A.R.A.M