2 0 8
E L I S É E V A R T A B E D .
se retrancha tout à l'entour avec son armée, et
formant un camp sur toute retendue de cette
plaine, i l s'y enferma. Puis les soldats,ayant pré–
paré toutes leurs armes, s'encouragèrent pour le
combat [ qu'ils devaient livrer] à l'armée armé–
nienne.
Cependantl'intrépide Vartanet toutesles troupes
qui étaient avec lui, voyant les dispositions de la
formidable armée des païens, s'aperçurent alors
combien ils étaient inférieurs en nombre. Ce–
pendant, bien qu'ils fussent en plus petit nombre,
les Arméniens ne s'épouvantèrent pas de la mul–
titude des ennemis, et tous, d'un commun accord,
se rassemblèrent en levant les mains vers le ciel
et s'écrièrent : « Juge ( i ) , 6 Seigneur! ceux qui
jugent; combats contre, ceux qui combattent
contre nous; défends-nous avec tes armes et ton
bouclier; mets en déroute et renverse la multitude
de ces impies. En face du grand étendard de ta
rédemption, dissipe et brise l'union injuste de tes
ennemis; donne à nous, qui sommes en si petit
nombre, la gloire de la victoire sur cette innom–
brable multitude. Nous ne sollicitons point cette
faveur par une vaine ambition de gloire pour de
stériles mérites, ni par une avarice cupide pour
obtenir une grandeur passagère, mais pour que
tous ceux qui obéissent à la prédication du saint
Évangile, reconnaissent et apprennent que tu es le
Seigneur de la vie et de la mort, et que le triomphe
et la défaite sont dans ta main. Nous sommes tout
prêts à mourir pour ton amour; mais,si nous
pouvons les anéantir, nous serons les vengeurs de
la vérité. »
Ayant prononcé ces paroles, ils réunirent les
troupes et marchèrent à Passant. Ayant culbuté
l'aile droite, ils s'élancèrent sur l'aile gauche ; ils
passaient tous les ennemis au fil de l'épée sur le
champ de bataille et les mirent en fuite jusque
dans les forêts situées sur les rives profondes du
fleuve Lophnas. Là, quelques seigneurs de race
royale résistèrent au roi de Paghassagan
(2)
et
firent tomber de cheval un des satrapes arméniens
de la race de Timaksian; puis ils tuèrent Mousch
et blessèrent Kazrig.
Pendant ce temps-là, Arschavir Arscharonni
levant les yeux pour observer, rugit comme un
lion et s'élança comme un sanglier. I l frappa et
tua le brave Vourg, frère du roi des Lephin, et
massacra en même temps beaucoup de gens de sa
suite. 11 fit mordre aussi la poussière à beaucoup
(1)
Ps.
34.
(2)
Cf. Moïse de Khorène,
Hist. d'Arm.,
1.
III,
60. —
Ce pays dépendait du pays des Aghouank. — Cf. plus
haut, pg.
167,
note
1,
col.
2.
d'hommes valeureux, et comme résultât de Cette
affaire, i l y
eut
encore plus de guerriers noyés
dans le fleuve, que de tués par l'épée et couchés
par terre. La grande quantité de cadavres épars
avait changé en sang les eaux limpides du fleuve;
on ne trouva pas un seul ennemi caché ou fugitif
dans les bosquets épais de ces plaines. Cependant,
un des soldats ennemis traversait avec ses armes
le grand fleuve, monté sur son cheval, et i l s'était
non sans peine échappé du combat. I l porta la
triste nouvelle [de cette défaite] aux survivants de
l'armée qui s'étaient enfuis dans ia grande ville
(
i).
Ensuite les soldats arméniens, ayant cessé le
combat, revinrent pour dépouiller les morts, re–
cueillir tout le butin de l'armée, fouiller les ca–
davres , ramasser beaucoup d'argent et d'or, des
armes, les ornements des personnages de marque
et des coursiers fougueux. Ils se portèrent ensuite
avec une grande valeur à l'attaque des châteaux
et des villes que les Perses possédaient dans le
pays des Aghouank. Combattant avec ardeur, ils
incendièrent leurs retraites bien défendues, tuèrent
un grand nombre de mages qui étaient venus pour
ruiner la contrée, et ils passèrent au fil de l'épée
tous ceux qu'ils rencontrèrent dans les bois, puis
ils les abandonnèrent en pâture aux oiseaux de
l'air et aux animaux de la terre. Ils purifièrent les
lieux où se trouvaient des victimes immondes et
ils affranchirent les églises qui furent délivrées
d'incalculables persécutions.
Beaucoup de satrapes et de gens du pays d'A-
ghouank qui, pour le nom de Dieu, étaient dis–
persés et répandus dans des lieux sûrs du mont
Gabgoh, en voyant le succès que Dieu avait pro–
curé par l'intermédiaire de l'armée arménienne,
se rassemblèrent et se réunirent aux soldats, et
s'étant unis et alliés avec eux, ils participèrent à
l'oeuvre de la délivrance. Ensuite, ils se portèrent
dans les défilés des montagnes des Huns que les
Perses occupaient fortement. Ils prirent et r u i –
nèrent les fortifications du défilé, mirent en dé–
route les soldats qui y tenaient garnison et ils con–
fièrent le passage à Vahan, de la famille des rois
Aghouank. Dans tous ces combats, personne ne
fut blessé, à l'exception d'un bienheureux qui
termina sa vie en martyr dans cette grande ba–
taille
(2).
Aussitôt après, les Arméniens envoyèrent de
cet endroit celui à qui était confiée la garde du
défilé, comme ambassadeur dans le pays des Huns
(1)
Cf. Lazare de Phaibe, c.
30.
(2)
Elisée veut sans doute parler de Mousch Timaksian
dont i l a été question plus haut, et qui fut englouti dans
un marais.
Fonds A.R.A.M