H I S T O I R E
disaient : « Nous sommes prêts à être persécutés et
à
mourir, à subir tous les tourments et toutes
les tortures pour les saintes églises que nos anciens
pères ont fondées en l'honneur de la venue de
Notre-Seigneur Jésus-Christ, par laquelle nous
fumes de nouveau créés, pour Tunique espérance
de la fo i , par le baptême de Jésus-Christ. C'est
pourquoi nous voulons renouveler nos âmes par
les tourments et par le sang, puisque nous recon–
naissons pour notre père le saint Évangile, et pour
mère l'Église catholique et apostolique, et per–
sonne, même en soulevant de perfides obstacles,
ne nous séparera d'eux. »
A partir de ce moment, le maître ne se mon–
trait plus le -supérieur du serviteur; le noble ne
paraissait pas plus dans l'aisance que l'homme du
peuple affligé; ni l'un ni l'autre ne semblaient
devoir faiblir dans leur constance. 11 n'y avait
plus qu'une seule préoccupation dans le cœur de
tous, des hommes et des femmes, des vieillards
et des enfants, et de ceux enfin qui étaient unis
dans le Christ, car unanimement ils s'étaient cou–
verts de la même armure, ils s'étaient revêtus
de l'unique cuirasse de la foi, par les enseigne–
ments du Christ; et les hommes et les femmes
s'étaient ceints les reins de la ceinture de la vérité.
Dès lors, on méprisait l'or, et personne ne
prenait d'argent pour son usage ; exempts d'ava–
rice ils le dédaignaient, et on se souciait peu des
vêtements précieux qui étaient une marque d'hon–
neur. Les biens eux-mêmes, aux yeux de leurs
propres possesseurs, étaient considérés comme
choses sans valeur; ils se regardaient les uns les
autres comme autant de cadavres et ils préparaient
leur sépulture, estimant que leur vie est une mort,
et que leur mort est une véritable vie.
C'est pourquoi on leur entendait répéter sou–
vent : « Mourons seulement en héros, et ayons-en
le nom et la renommée, afin que le Christ vive en
nous, lui à qui i l est facile de renouveler de la
poussière, nous tous et ceux qui sont déjà morts,
et de nous rémunérer chacun selon nos œuvres. »
En disant cela et bien d'autres choses encore,
ils se consolaient mutuellement; les soldats pré–
paraient de nouveau leurs armures, les fidèles
persévéraient dans d'incessantes prières, et ceux
qui vivaient d'abstinence, se mortifiaient dans le
jeûne. Les voix des ministres ne cessaient de se
faire entendre tout le jour et toute la nuit, et chan–
taient des hymnes sacrés ; la lecture des livres d i –
vins n'était interrompue à aucune heure, et ceux
qui les expliquaient, n'interrompaient jamais la
consolation de la céleste doctrine.
En ce temps-là, ils assaillirent de nouveau les
D ' ARMÉ N I E .
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châteaux et les bourgs que les Perses occupaient
| çà et là, dans des lieux fortifiés du pays, et ils
| renversaient et détruisaient leurs habitations. Pre-
;
mièrement la grande ville d'Ardaschad avec ses
faubourgs ; puis ils prirent les inaccessibles forte–
resses de Karin, d'Ani, d'Ardakers et leurs bourgs ;
Ergaïnort, Arhin et leurs faubourgs; Partzra-
poul, Khoranisd, Dzakhanisd, Oghagan, localité
bien fortifiée, et avec elles, leurs villages; Arpa-
nela, le bourg de Van avec ses bourgs, Kréal, Go-
boïd, Orod et Vasagaschad ( i ) .
S'étant emparés de toutes ces villes dans la même
j
année, avec leurs villages et leurs dépendances,
avec leurs soldats et leurs chefs, ils les démante–
lèrent et emmenèrent en captivité les hommes et
les femmes avec leurs richesses et leurs biens, avec
tous leurs précieux trésors et leurs meubles ; ils
démolissaient leurs demeures ; ils incendiaient les
maisons des ministres et les
adrouschan;
ils puri–
fiaient les profanations de l'idolâtrie et ils s'empa–
raient des temples, de leurs ornements qu'ils en–
levaient et déposaient dans la sainte église; et
par le moyen sacré des prêtres, ils les consacraient
au service de l'autel. Au lieu des infâmes céré–
monies des païens qu'ils abolirent en tous lieux,
ils dressaient la croix rédemptrice du Christ ; ils
élevaient le très-saint autel, et ils célébraient pieu–
sement le sacrement vivifiant. Ils rétablissaient
aussi dans les mêmes localités les ministres et les
prêtres, et toute la terre se réjouissait dans une
ferme espérance.
Tandis qu'avec tant de zèle ils accomplissaient
dignement ces entreprises héroïques, on recon–
naissait en eux tous la grâce
divine,
de sorte que
quelques soldats arméniens de la partie orientale
du pays, sans en avoir reçu l'ordre, envahirent
la province d'Adherbadagan, et causèrent cà et là
beaucoup de dommages, en s'emparant, en ren–
versant et en détruisant beaucoup
à'adrouschan.
Les soldats se jetèrent sur ceux qui se trou–
vaient dans les grandes forteresses, en faisant le
signe de la croix. I l y eut même deux châteaux-
forts qui s'écroulèrent sans que personne y eût
touché; en sorte que tous les habitants de la
contrée, épouvantés de cet étonnant prodige,
mirent eux-mêmes le feu de leurs propres mains
aux
adrouschan
et, abjurant le magisme, ils con–
fessèrent le saint Évangile.
D'autres grands succès étaient accomplis par
les troupes, parce que là où i l n'y avait plus d'es-
oérance, et alors qu'on invoquait le nom de Dieu,
(1)
Cf. Indjidji,
Arm. anc; passim.
Saint-Martin
Mèm. sur PArm.;
t. I ,
passim.
Fonds A.R.A.M