le fuyant. Une nuit qu'ils tenaient conseil avec
tout le clergé, ils y appelèrent le général en chef
des troupes (x) ; ils l'interrogèrent, l'éprouvèrent
et connurent sa ferme résolution, car i l ne s'était
éloigné en aucune manière de l'amour du Christ.
Tous
ensemble
prièrent pour lui et le reçurent à
la communion. Par son moyen, beaucoup de
ceux qui s'étaient éloignés furent gagnés à la pre–
mière union ; ils vinrent, et on réunit des troupes
nombreuses de soldats. De cette manière, ils s'é–
loignèrent encore plus des mages, du chef des
mages et de l'impie Vasag.
Celui-ci excita de plus en plus le chef des mages
et s'empara tellement de son esprit, qu'il l'empê–
cha de prévoir l'issue des choses. I l mit des mages
dans toutes les maisons des satrapes, prépara de
somptueux festins, sacrifia des animaux destinés à
être mangés, donna comme nourriture à ceux qui
étaient baptisés, de la chair immolée, et i l leur fit
adorer le Soleil. Lorsque cette odieuse profana–
tion commença à se répandre dans tout le pays,
les femmes même des soldats eurent l'audace, un
dimanche, d'éteindre les lumières de l'église et de
déchirer les vêtements des religieuses.
En voyant ces déplorables désordres, tous les
saints évéques réunis, prenant dans leurs mains
l'Évangile, se présentèrent à la demeure du géné–
ral en chef où étaient rassemblés les soldats ar–
méniens , et sans demander l'autorisation, ils y
pénétrèrent. Ils élevèrent la voix et dirent : « Nous
vous supplions tous par le saint Évangile : Si le
râarzban et le chef des mages commettent ces exé–
crables infamies, d'accord avec vous, d'abord pre–
nez nos têtes, et puis emparez-vous de l'Église.
Mais s'ils font le mal sans votre assentiment, qu'au–
jourd'hui on leur en fasse porter la peine. »
Or ceux qui se trouvaient dans, la maison du
général en chef;
s
se tenant debout, élevèrent una–
nimement leurs voix vers Dieu et dirent : « Toi,
Seigneur, qui scrutes tous nos cœurs, tu n'as aucun
besoin du témoignage des hommes. Nous ne nous
sommes pas éloignés de toi par le cœur, tu le sais
bien ; aujourd'hui cependant juge-nous suivant
nos péchés. Mais si nous sommes fermes dans la
foi du saint Évangile, toi, Seigneur, viens à notre
aide et remets entre nos mains les ennemis de la
vérité pour en faire ce que nous voudrons. »
Ayant dit cela, ils courbèrent la tête jusqu'à
1
terre, et ils reçurent la bénédiction de l'Évangile
et des évéques. Un des satrapes qui se trouvait là
(
]
(
l) Vartan leMamigonien, comme on le verra dans la
suite. Ce général s'était retiré sur le territoire de l'em- «
pire grec, dans la Bagravandène située sur les frontières <
de la Pasène.
<
bien qu'il fut de leur parti, ne s'unit pas à eux
dans ce solennel témoignage, et sur le moment
même, i l fut lapidé par eux ( i ) . Un grand trouble
agita alors l'esprit de chacun.
Tous alors, remplis d'indignation, s'enflam–
mèrent à f envi d'un grand zèle, etleur cœur battait
[
en pensant] à tout ce qu'ils avaient vu. Ils ne se
soucièrent plus des présents du roi et ils mépri–
sèrent ses ordres terribles. Ils coururent prompte-
ment aux armes, et toute la nuit ils se préparèrent
au combat
(2).
Au lever du soleil, partageant
l'armée en trois corps, ils se mirent en campagne.
Le premier corps était à l'est, le second à l'ouest
et le troisième au nord. Entourant le gros de
l'armée [perse], ils attaquèrent son centre et mas–
sacrèrent beaucoup de soldats (3). Ils firent p r i –
sonniers beaucoup de personnages importants et
ils les renfermèrent dans les forteresses qui étaient
en leur pouvoir. En réunissant dans un même lieu
la masse du butin et les dépouilles du camp, ils
les conservèrent, comme s'ils en avaient reçu
l'ordre de la cour royale.
Ensuite le marzban, ayant été fait prisonnier,
s'unit à eux en jurant de tenir son serment, se re–
pentant de s'être séparé d'eux, et, faisant acte de
pénitence, i l se jeta aux pieds des saints évéques,
les embrassa avec tendresse, les suppliant de ne
pas le repousser avec mépris. Deux ou trois fois
i l renouvela son serment sur l'Evangile, en pré–
sence de la multitude. I l répétait et renouvelait
son serment, le confirmait sur l'Évangile, et i l
priait qu'on s'en remît à Dieu pour la vengeance,
et qu'on ne le fit pas mourir sur une condamna–
tion des hommes. Eux, bien que très-convaincus
de sa profonde hypocrisie, et qu'il les tromperait
en revenant à ses anciennes erreurs, ne voulurent
point le punir de ses fautes antérieures, et ils
en laissèrent la condamnation au saint Évangile.
Ceux qui étaient venus piller les saints trésors
de l'Église, se présentèrent malgré eux avec leur
butin , et se mirent à la discrétion des saints
évéques et des soldats. On déchira et on méprisa
l'édit du roi, et comme on avait triomphé par la
vertu de Dieu, les hommes, les femmes et toute la
foule du peuple, rendant grâces, s'écriaient et
(1)
Ce satrape s'appelait Antaghan. Selon le témoignage
d'un historien, i l trahit ses compagnons et vint avertir
Vasag de leur résolution. 11 fut arrêté à Ardzak et lapidé.
(2)
Lazare de Pharbe (c.
28)
assure que Vartan se dé–
cida à commencer les hostilités à la sollicitation de Va-
han Amadouni, ennemi de Vasag
(3)
L'armée arménienne s'était concentrée sous les
ordres de Vartan dans un endroit appelé Schahabivan,
canton de Dzaghkodn, province d'Ararat, sur les frontières
du Douroupéran.
Fonds A.R.A.M