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et aux chefs des mages qu'on cessât de les per–
sécuter et que le mage, le manichéen (Zantig), le
juif, le chrétien et tous ceux de quelque religion
que ce soit, restassent fermes et tranquilles dans
leur croyance, dans les différentes provinces de
la Perse. Alors le pays jouit d'une paix durable,
et toutes les agitations causées par les persécu–
tions cessèrent. Car, à cause des troubles de notre
pays,-les Occidentaux (les Grecs) s'étaient mis en
mouvement, en entraînant tout le Dadjgastan
(
pays des Dadjig.)
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Ces choses, nous les savons pour les avoir en–
tendues; mais ce que j ' a i vu de mes propres yeux
me semble encore plus grave. Or, t o i qui es le
marzban
de ce pays ( i ) , tu dois écrire pour dé –
montrer à la cour du roi la rapidité de leur ac–
cord, et avec quelle hardiesse ils n'ont tenu
aucun compte des ordres royaux. Et si nous ne
nous étions pas hâtés, si nous n'avions pris la fuite,
pas un seul de nous n'eût échappé à la mort. Or,
si des hommes sans défense déploient tant de har–
diesse , qu'ils rassemblent même des troupes, qui
donc pourra s'opposer à leurs attaques?
«
Quant à mo i , j'ignorais
l'union
indissoluble
du clergé, puisqu'il est bien différent d'entendre
on de voir de ses propres yeux. Toi qui, dès ton
enfance, fus élevé dans leur religion et qui connais
véritablement la fermeté d'âme de ces hommes,
qui, sans répandre le sang, ne nous permettraient
pas de toucher à leurs églises, pourquoi n'as-tu
pas exposé sincèrement [tout ceci] en présence du
roi? Tu es en effet le plus grand de tous les sa–
trapes; tout le pays est confié à ton commande–
ment
r
pourquoi donc n'en as-tu pas pris plus de
soin ? Autrefois tu étais prudent, je le savais; mais
cette fois tu n'as point agi judicieusement. Autre–
ment, i l est manifeste que tu es d'accord avec eux,
et que c'est par ton conseil que mes soldats et
moi , nous avons été maltraités.
«
Or, s'il en est ainsi et que tu ne veuilles pas
embrasser le magisme, agis sans crainte du r o i .
Je l'écris et je le signifie à la porte du chef su–
prême des mages, au vice-intendant et au général
en chef, afin qu'ils persuadent le roi de révoquer
son premier ordre, et qu'on laisse chacun, selon
sa volonté, s'accoutumer peu à peu à la religion
des mages. Ainsi, ceux qui l'embrasseront, prou–
veront qu'ils ont suivi avec attachement l'ordre
royal. En effet, ce pays est une province, et si on
lui cause quelque dommage, les habitants dispersés
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semble, d'après ce passage du discours du chef
des mages, que Vasag, marzban d'Arménie pour les
Perses, était présent.
émigreront peut-être ailleurs; et si la province
était dépeuplée, i l t'adviendrait également de
grands reproches de la cour royale. »
Le marzban répondit au chef des mages, et dit :
«
Toutes ces choses auxquelles tu m'exhortes et
que tu m'as dites sont vraies; la première pour–
tant que nous n'avions point sue, tu l'as vue et
nous en éprouvons un grand regret. En attendant,
lais tout ce que je vais te dire et tu en seras satis–
fait. Prends patience, et cache tes projets au plus
grand nombre ; révèle-toi seulement à ceux que
je te nommerai, jusqu'à ce que je me fortifie, en
rassemblant des soldats à notre aide et peut-être
même en rompant l'accord du clergé. Car, si je
puis réussir en ceci, je sais que je pourrai aussi
mettre à exécution le projet du roi . »
Aussitôt, en faisant une levée dans la province
de Siounie , i l grossit son armée pour venir en
aide aux mages et au chef des mages, et puis i l
dit : « Fais venir de la Porte un édit, afin que
les dix mille cavaliers qui sont dans le pays des
Aghouank viennent en Arménie pour passer leurs
quartiers d'hiver. Quand nous les aurons sous la
main, i l n'y aura personne qui puisse violer l'ordre
royal. »
Le chef des mages répliqua, et dit au marzban :
«
Ce projet est encore contraire à mes paroles,
puisque si nous combattons à outrance contre ce
pays, i l sera détruit et nous ne serons pas exempts
d'inquiétudes. Ce sera pour nous et pour la cour
royale un grand dommage. »
Le marzban ne voulut même pas l'écouter, par–
ce qu'il professait avec un grand amour la religion
perse. Dès-lors, i l s'efforça d'attirer à l u i les uns
par de l'argent, les autres par des flatteries, par
des menaces terribles, et, en les effrayant, i l jetait
la terreur parmi tout le peuple. I l augmenta la
splendeur des banquets de chaque jour; i l allon–
geait les heures de la joie, en passant de longues
nuits dans les chants de l'ivresse et dans les danses
impudiques; i l cherchait à rendre agréables à
quelques-uns la musique et les chants des infi–
dèles, et i l louait beaucoup les ordonnances du
r o i . I l avait aussi rapporté de la cour beaucoup
de richesses, et i l corrompait un grand nombre
de gens avec de l'argent, des présents et des hon–
neurs. En employant beaucoup de ruses, i l sé–
duisait les simples et les attirait à l u i .
Mais, en voyant cela, les saints évèques, encore
plus affligés, s'excitèrent à une union plus intime
et avec une habile adresse, ils divisèrent toute
l'armée en deux partis. Ayant appris que le prince
impie de Siounie avait l'âme ulcérée par de mor–
telles plaies, ils s'en éloignèrent, en l'évitant et en
Fonds A.R.A.M