HISTOIRE
liant vous serez plus faux que le mensonge. Vous
avez été baptisés dans le feu et dans l'esprit, main–
tenant vous vous couvrirez de cendre et de pous–
sière. Vous avez eu pour nourriture un corps
vivant et un sang immortel, maintenant vous vous
souillerez de la vapeur et de la fumée des victimes
et de la corruption. Vous étiez les temples de
l'Esprit-Saint, maintenant vous serez les autels
des démons. Vous avez été, dès votre enfance, le
peuple du Christ ; maintenant dépouillés de votre
gloire, vous danserez comme des démons en face
du Soleil. Vous étiez les héritiers du Paradis, main–
tenant vous donnez vos âmes en héritage à l'Enfer.
Ils sont menacés du feu inextinguible et vous vous
consumerez avec eux. Le ver éternel leur est
préparé, etvous préparez vos âmes pour le nourrir.
Les ténèbres extérieures sont réservées pour eux ;
et vous, éclairés par la grâce, les accompagnerez-
vous dans ces mêmes ténèbres? Ils ont toujours
été aveugles, et vous, deviendrez-vous aveugles
avec eux? Leur fosse était déjà préparée, pourquoi
y descendrez-vous les premiers? Comment ap-
prendrez-vous les noms si nombreux de leurs
dieux, dont pas un seul n'existe? Allégés de vos
lourdes charges, voici que vous vous chargez de
poids plus pesants ; libres dès l'enfance, vous vous
plongez honteusement dans un esclavage éternel.
«
Si vous saviez et si vous pouviez voir, les
cieux sont dans le deuil et la terre tremble sous
vos pieds. Au ciel, les anges sont irrités contre
vous, et sur la terre, les martyrs sont dans l'afflic–
tion. Ceux que vous aimez me font compassion et
je gémis sur vous-mêmes. Car si un homme vous
avait délivrés, et que vous-mêmes vous vous fus–
siez remis dans l'esclavage d'un autre ma î t r e , le
premier ne devrait-il pas être très-irrité contre
vous? Or que ferez-vous du terrible commande–
ment de Dieu? « Je suis Dieu, i l n'y en a pas d'autre
que moi, et personne ne sera Dieu après moi. Je
suis le Dieu jaloux; je punis les péchés des pères
dans les enfants jusqu'à la septième génération. »
Or, si les fils innocents portent la peine des péchés
de leurs pè r es , quand ensuite ces mêmes enfants
commettent le péché, ne leur fera-1-il pas porter
en même temps la peine pour eux et pour leurs
pères? Vous étiez pour nous un roc inexpugnable
de refuge ; lorsqu'il y avait danger, nous recou–
rions à vous; maintenant le fondement de cette
grande force a été renversé ? Vous étiez notre gloire
devant les ennemis de la vérité ; maintenant vous
êtes notre opprobre en face de ses ennemis. Jusqu'à
présent, à cause de votre vraie foi, on nous épa r –
gnait aussi, et maintenant, par votre faute, nous
sommes traités cruellement. Non-seulement vous
D'ARMÉNIE.
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| devrez en rendre compte devant le terrible t r i –
bunal de Dieu, mais encore vous serez responsables
pour tous ceux qui seront tourmentés à cause de
vous. »
Ils dirent ces choses et d'autres encore aux prin–
cipaux seigneurs, et ils accrurent ainsi leurs dou–
leurs. Ceux-ci ne voulaient pas leur exposer ni
leur confier leur projet, et i l était impossible de
se taire et de ne point répondre; le cœur déchiré,
ils pleuraient amèrement. Partageant la même af–
fliction, ceux qui les entendaient et ceux qui les
observaient, étaient plongés dans un deuil incon–
solable.
A ce moment, les prêtres, qui étaient dans l'ar–
mée , ne pouvaient cacher leur indignation; s'é-
tant éloignés, ils quittèrent les satrapes et toute
la foule, et envoyèrent en toute hâte un messager
à cheval en Arménie ( i ) . Porteur de ces tristes
nouvelles et déchirant ses vêtements, i l arriva dans
le conseil des évéques, et, tout en larmes, i l se te–
nait devant eux, leur racontait toutes les per sé–
cutions qu'ils avaient supportées et ne leur com–
muniquait pas leurs résolutions cachées.
En ce moment, les évéques partirent chacun
pour leur diocèse, envoyèrent leurs chorévêques
dans les villages, dans les campagnes et dans
beaucoup de châteaux des cantons montagneux.
Ils parvinrent à rassembler la foule des hommes et
des femmes, des nobles et du peuple, des prêtres
et des religieux; ils leur donnèrent des avis, les
encouragèrent et les firent tous champions du
Christ.
Comme première résolution, ils établirent que
«
la main-d'un frère se lèverait sur son propre
frère qui violerait les préceptes de Dieu ; que le
père n'épargnerait pas son propre fils et que le fils
n'aurait point égard au respect qu'il devait à son
père ; que la femme s'opposerait à son mari et que
le serviteur se tournerait contre son propre maître ;
qu'enfin la loi divine serait la règle souveraine
de tous, et que par cette loi, les coupables subi–
raient la peine de leurs crimes. »
Lorsque tout fut arrangé et disposé, ils vinrent
tous armés et couverts de leurs casques, l'épée au
côté et le bouclier au bras; non-seulement i l y
avait des hommes valeureux, mais i l y avait aussi
des femmes.
Pendant ce temps, les troupes arméniennes,
avec tous les alliés et avec une foule de mages,
arrivèrent en Arménie, le quatrième mois (a),
(1)
C'était un prêtre syrien qui fut dépêché de Ctési–
phon au clergé arménienpour l'informer de l'apostasie des
satrapes.
( 2 )
Le mois de
drè
qui correspond à novembre.
Fonds A.R.A.M