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E L I S É E V A R T A B E D .
à toutes les nations qui sont sous le soleil. Ses
fondements reposent sur la pierre dure, les
hommes ne peuvent pas les ébranler et les anges
sont impuissants aies renverser. Qu'aucun homme
ne se vante jamais de triompher de celle que les
cieux et la terre ne peuvent effrayer. Exécute
donc ce que tu veux faire ; nous sommes prêts à
endurer les plus cruels supplices ; et non-seule–
ment prêts à souffrir, mais aussi à mourir. Si tu
nous demandes de nouveau la même chose, tu
recevras la même réponse de chacun de nous, et
avec plus de fermeté encore. »
lté
roi, rempli d'amertume et de fiel, était agité
par sa colère qu'il exhalait en paroles de feu
semblables à la fumée qui sort d'une fournaise
ardente. Ne voulant pas se modérer, i l manifes–
tait une agitation qui révélait ses perfides des–
seins, llles exposait, les expliquait, et, ce qu'il ne
voulait point dire à ses favoris, i l l'exprimait i n –
volontairement en présence des serviteurs du
Christ, et i l leur détaillait chaque chose.
I l répéta par trois et quatre fois le serment
solennel qu'il avait fait par le Soleil et dit : « Vous
ne pouvez porter atteinte à ma force invincible,
et je ne vous accorderai jamais ce que vous dé–
sirez. Tous ceux qui sont dans mon armée, je les
enverrai chargés de lourdes chaînes, par des l o–
calités impraticables, dans le Sagasdan ( i ) , et beau–
coup d'entre vous périront de chaleur pendant
la route. Ceux qui survivront, mourront dans la
forteresse et dans des prisons d'où l'on ne peut
sortir. J'enverrai ensuite dans votre pays d'in–
nombrables armées avec des éléphants, et je ferai
transporter dans le Khoujasdan
(2)
les femmes
et les enfants. Je saccagerai vos églises, je démo–
lirai et je ruinerai celles que vous appelez cha–
pelles des martyrs. S'il se trouve quelqu'un qui
veuille m'en empêcher, i l mourra, écrasé cruelle–
ment [sous les pieds] des animaux féroces. Enfin,
je ferai et j'accomplirai, dans tout le reste du
pays, tout ce que j ' a i dit. »
Aussitôt i l ordonna que les honorables satrapes
fussent chassés ignominieusement de sa présence,
et i l commanda sévèrement au chef des gardes
qu'on les surveillât sans les enchaîner dans leurs
propres maisons. Lui-même, très-découragé, s'en
alla, au comble de la tristesse, se reposer dans son
palais. Cependant les vrais croyants dans le Christ
(1)
La Sacastène des anciens, le Seïstan actuel, pro–
vince orientale de la Perse.
(2)
La Suziane des anciens, le Kouzistan actuel, pro–
vince méridionale de la Perse, où se trouvait le château
de l'Oubli,
anouschpert,
dont il a déjà été question dans
le 1.1 de notre Collection, p.
272,
note 1.
ne se départaient point de la première exhorta–
tion de leurs saints docteurs, et même ils cher–
chaient le moyen de se soustraire, eux et ceux
qu'ils aimaient, à cette immense tribulation. Pour
réussir, ils faisaient aux grands qui les proté–
geaient à la porte royale, la promesse de riches
espérances, et ils épuisaient à cet effet une grande
partie de leurs trésors.
Quand ils furent enfermés dans d'impénétrables
prisons, rappelant à leur esprit la prière d'A–
braham , ils s'écriaient et disaient dans leur cœur :
«
Reçois, ô Seigneur, le sacrifice volontaire de
nous tous qui t'offrons et livrons aux chaînes nos
frères et nos enfants, tons ceux enfin qui nous
sont chers, comme [te fut offert] Isaac sur le
saint autel; et .ne livre point ton Église aux i n –
sultes de ce prince inique. »
Un des intimes conseillers du roi possédait en
secret l'amour inviolable du Christ, parce qu'il
avait été baptisé sur les fonts sacrés; aussi i l em–
ployait toute son influence à conserver la vie de
ces infortunés. Lorsqu'il se fut bien assuré que le
roi ferait endurer à l'Arménie tous les maux dont
i l l'avait si cruellement menacée, i l indiqua non
pas à tous, mais à quelques-uns, un moyen de
se tirer eux-mêmes de leur triste position.
Or, tandis qu'on formait une escorte pour les
conduire dans l'exil perpétuel, où l'on avait
déjà envoyé beaucoup de satrapes de l'Ibérie, i l
arriva en ce moment la fâcheuse nouvelle que
les Kouschans faisaient des incursions et avaient
ravagé beaucoup de provinces royales. Ce fut
pour les exilés un secours du ciel. Le roi impie
fit marcher la cavalerie et lui-même la suivit en
toute hâte; et, l'âme troublée, i l oublia pour le
moment les menaces qu'il avait formulées dans
un serment solennel.
Alors ceux qui craignent le Seigneur, voyant
cela, faisaient ensemble la même prière ;
«
O
Sei–
gneur de tous, toi qui connais les secrets du cœur
humain et à qui sont connues d'avance les pensées
cachées, toi qui ne demandes point le témoignage
des créatures visibles parce que tes yeux voient
nos actions avant qu'elles soient accomplies;
c'est à toi que nous offrons nos prières. Reçois, ô
Seigneur! nos vœux secrets, et fortifie-nous
pour que nous observions tes préceptes avec do–
cilité et pour que le malin esprit soit humilié, lui
qui, avec orgueil, combat contre nous par la puis–
sance de ce roi impie. Renverse les projets i n –
sensés de l'imposteur; empêche la malice de sa
volonté et fais-nous retourner de nouveau par
des pensées de paix à la sainte Eglise, afin que,
persécutée tout à coup, elle ne soit pas encore
Fonds A.R.A.M