Dieu, puisqu'il n'y en a point d'autre que lui. Si,
après ce solennel témoignage, tu demandes autre
chose, nous voici entre tes mains, agis comme
i l te plaira. Si tu nous offres des supplices, nous
devons les accepter; si tu nous présentes le glaive,
voici notre tête. Nous ne sommes pas meilleurs
que nos ancêtres, qui pour ce témoignage sacri–
fièrent leurs richesses, leurs biens et même leurs
corps.
«
Quand bien même nous serions immortels,
s'il nous fallait mourir pour l'amour du Christ,
nous le ferions avec raison, puisque lui qui est
immortel nous a aimés à un tel point qu'il s'est
soumis à la mort, afin que, par ce moyen, nous
soyons délivrés de l'éternelle mort. S'il n'a pas
épargné sa propre immortalité, nous qui volon–
tairement avons choisi la mort, nous mourrons
pour son amour, afin qu'il reçoive notre mort
comme si nous étions immortels.
«
Après cela, ne nous interroge plus davan–
tage , puisque notre foi n'est pas promise à un
homme, mais qu'elle est liée indissolublement à
Dieu. Nous ne nous trompons pas comme des
enfants; mais i l est impossible que nous nous
dégagions de nos promesses, n i maintenant, n i
après, ni dans l'éternité, ni dans les siècles des
siècles. »
Dans cette déclaration solennelle,- tous furent
d'accord, depuis les plus grands jusqu'aux plus
petits ; et, avec un serment inviolable, ils jurèrent
d'y rester fermes à la vie et à la mort.
Lorsque cette lettre parvint à la cour royale,
on la lut devant la grande porte sublime, en p r é –
sence de toute la multitude, et beaucoup de gens
approuvèrent cette réponse. Quoiqu'ils craignis–
sent beaucoup la puissance [royale], cependant
ils leur rendaient à l'envi le même témoignage
d'approbation, et ils s'émerveillaient surtout de
leur éloquence et de leur courageuse témérité.
Plusieurs, remplis de crainte, commencèrent à
prendre tout à coup les armes, et on enten–
dait dans chaque bouche les mêmes murmu-
res.
Cependant le perfide chef des mages, d'accord
avec le grand ministre du palais, les dénonça
secrètement, et i l enflamma le roi d'une épouvan–
table colère. I l se mit à grincer des dents comme
un homme mortellement blessé, et, élevant la voix :
dans le conseil suprême, i l dit : « Je connais la
malice de tous ces hommes qui ne croient point
à notre religion et qui s'obstinent dans leur er–
reur. J'ai décidé que je ne leur épargnerai pas
les plus grands supplices tant qu'ils ne se seront
point éloignés de leur fausse religion, et quand j
bien même l'un d'eux serait mon; proche parent,
je le soumettrais au même châtiment. »
Alors
le vieillard prit la parole et dit au roi :
«
Pourquoi cette grande tristesse? Si l'empereur
(
gaïser) [des Grecs] ne peut résister à tes ordres,
si les Huns restent sous ta domination, est-il
quelqu'un dans le monde qui puisse s'opposer à
ta volonté? Commande en maître, et tout ce que
tu diras sera promptement exécuté. »
Aussitôt le roifitappeler son chancelier, et lui
ordonna de rédiger un édit, non pas selon la
formule ordinaire, mais avec des paroles mena–
çantes, comme à des êtres méprisables et vils,
dont on avait oublié les grands et fidèles services,
et en convoquant avec arrogance ceux qu'il con–
naissait et dont voici les noms : Vasag, de la
maison de Siounie; Nerschapouh, de la maison
des Ardzrouni ; Ardag, de la maison des Res–
chdouni; Katécho, d e l à maison de Khorkho-
rouni ; Vartan, de la maison des Mamigoniens ;
Ardag, de la maison de Mog; Manedj, de la mai–
son d'Abahouni ; Vahan, de la maison des Ama-
douni; Kiud, de la maison des Vahévouni ; Schnia-
von, de la maison des Antzévatzi. Ces satrapes
furent appelés nominativement à la porte royale.
Quelques-uns étaient déjà auprès du roi dans
l'armée, les autres étaient cantonnés dans le pays
des Huns; enfin i l y en avait encore qui étaient
restés en Arménie.
Quoiqu'ils ne fussent pas tous réunis dans le
même lieu, toutefois, connaissant les intentions
du perfide tyran, les plus éloignés comme les
plus proches se figuraient être rassemblés dans le
même endroit. A l'appel de l'évêque Joseph, tous,
étant d'accord, se rendirent de leur résidence à
la porte royale. Ils étaient tourmentés pour leurs
frères, leurs enfants et leurs nationaux bien-
aimés qui éprouvaient de terribles angoisses ; aussi
ils s'exposaient à la mort, ne la redoutant point
comme des lâches et des hommes pusillanimes,
mais ils se fortifiaient dans l'espoir de pouvoir
peut-être les délivrer de leurs cruelles inquié–
tudes.
Lorsqu'ils arrivèrent à la porte royale, le sa–
medi de Pâques, ils se présentèrent au grand roi.
Bien que voyant leurs frères dans les dures an–
goisses des tribulations qu'ils souffraient au nom
du Christ, toutefois ils ne témoignaient pas en
public la moindre tristesse, et plus ils paraissaient
joyeux, plus les méchants s'en étonnaient.
I l était d'usage, quand la cavalerie arménienne,
commandée par un illustre général, arrivait à la
Porte, d'envoyer à sa rencontre un haut fonc–
tionnaire qui s'informait du bien-être et de la
Fonds A.R.A.M