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E L I S É E V A R T A B E D .
liquide, en se combinant avec la terre, se solidifie.
Si tous les éléments étaient de même nature,
quelque ignorant pourrait les considérer commeun
Dieu incorruptible ; et, négligeant le Créateur, i l
adorerait les créatures. Celui qui les créa voulut
d'abord que les hommes, en observant le con–
traste de ces éléments corruptibles, ne reconnus*
sent qu'un seul modérateur du monde ; un seul
et non pas deux, le même créateur des quatre
éléments, d'où sont sortis tous les autres par son
ordre. Les quatre saisons qui s'accomplissent
tour à tour, forment la période annuelle, et
toutes les quatre observent les ordres de leur
Créateur; unies sans le savoir pour le bien général,
elles n'intervertissent point entre elles l'ordre
établi.
«
Voici une explication facile et que chacun peut
comprendre. Le feu, par substance et par force,
est encore mêlé aux trois autres éléments ; i l y a
plus de chaleur dans les pierres et dans le fer, et
moins dans l'air et dans l'eau ; et i l ne s'y montre
pas par lui-même. L'eau possède en elle une
autre qualité; elle est mêlée également aux trois
autres éléments; i l y en a une très-grande quan–
tité dans les végétaux, et i l y en a moins dans
l'air et dans le feu. L'air pénètre dans l'eau et dans
le fëu, et par le moyen de l'eau [ i l entre] dans
les aliments nutritifs. Ces éléments sont ensuite
mêlés et combinés en un seul corps, sans jamais
rien perdre de leur propre nature, et sans se dé–
truire par leur opposition, parce qu'ils obéis–
sent à un maître simple par essence qui en dis–
pose les
composés
pour la conservation de tous
les vivants et pour la stabilité durable de l'uni–
vers,
«
Maintenant, si Dieu prend tant de soin des
choses privées de raison, i l en prend bien davan–
tage de l'homme, créature raisonnable. C'est ce
que disait autrefois un de nos plus grands sa–
vants : « Le dieu Mihr était né d'une mère parmi
les hommes; i l est souverain, fils de Dieu et vail–
lant auxiliaire des sept dieux. » S'il faut croire
à
ce mythe que vous admettez dans votre reli–
gion comme fait réel; nous, nous ne croyons
point à ces fables, mais nous sommes les disci–
ples du grand prophète Moïse avec qui Dieu
parla dans le buisson et sur le Sinaï, et i l traça la
loi devant lui et la lui donna. I l lui montra ce
monde matériel qui est sa création, et son es-
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sence immatérielle, qui a tiré du néant la ma–
tière ; i l lui montra que la terre avec les créatures
terrestres et le ciel avec les corps célestes sont
l'ouvrage de ses mains; que les anges sont les ha–
bitants du ciel et les hommes ceux de la terre ;
qu'il n'y a que l'homme et l'ange qui soient rai–
sonnables, et que Dieu seul est supérieur aux
cieux et
à
la terre.
«
Toutes les créatures, sans le savoir, exécutent
ses ordres, sans jamais franchir les bornes pres–
crites. I l laissa à l'homme et à l'ange le libre
arbitre parce qu'ils sont doués d'intelligence : en
observant les commandements, ils deviennent
immortels et enfants de Dieu. I l créa toute chose
pour leur service, la terre pour les
hommes
et le
ciel pour les anges. Mais en désobéissant, en vio–
lant les préceptes et en se révoltant contre Dieu,
au lieu de la gloire, ils obtiennent le mépris, afin
que la puissance soit irréprochable et que les
coupables subissent la honte de leurs mutes.
«
Si tu es dans l'ignorance, moi qui le sais
fermement, je ne puis te suivre. Si je devenais le
disciple de ton erreur, nous irions ensemble à
la damnation éternelle, et moi encore plutôt que
toi, parce que j ' a i pour guide la parole même de
Dieu : « Le serviteur qui ignore la volonté de
son maître, s'il commet une faute qui mérite un
châtiment, est puni, mais peu sévèrement. Celui
au contraire qui connaît la volonté de son roi et
la transgresse, est puni durement et sans rémis–
sion. »
«
Je t'en conjure donc et je supplie tous ceux
qui sont sous ton obéissance, qu'il n'arrive jamais
que nous soyons punis durement ou légèrement,
mais vous tous et moi, ainsi que votre généreux
monarque, soyons de telle sorte les disciples des
saintes Écritures, qu'il nous soit donné de nous
soustraire aux tourments de l'enfer et au feu
inextinguible, pour hériter du paradis ; et grâce
à
cette vie périssable, de posséder les trésors iné–
puisables de l'Éternité. Pour cela,que crains-tu?
Saisis promptement l'occasion de croire et deviens
sans tarder le disciple de la vérité.
«
Parmi les anges immortels, i l y en eut un
qu i , s'étant révolté, quitta le ciel. Étant venu
sur cette terre, i l proposa, par des paroles flat–
teuses et mensongères, un espoir irréalisable à
l'homme ignorant et inexpérimenté ; comme un
enfant avec un jouet, i l fit voir à son esprit des
choses merveilleuses, pour lui faire manger du
fruit d'un arbre auquel i l n'était pas permis de
toucher, en lui disant qu'il deviendrait Dieu.
L'homme, oubliant Tordre de Dieu, fut séduit
par la ruse ; celui qui était immortel tomba dans
la perdition et n'atteignit point le but trompeur.
A cause de cela, expulsé de la terre des vivants,
i l fut chassé dans ce monde eorruptible dans le–
quel vous habitez aussi, trompés [que vous êtes}
par la même erreur, non pas en mangeant [du
Fonds A.R.A.M