H I S T O I R E
le ciel et la terre, c'est lui-même qui est son nom.
I l est éternel. Quand i l voulut que les créatures
eussent un commencement, i l les tira, non point
avec ce qui existait, mais du néant, car i l est le
seul ê t r e , et de l u i toutes les autres choses reçu–
rent l'existence. I l ne les créa pas, après les avoir
réfléchies; niais, avant de les créer, i l les voyait
par sa prescience. Comme maintenant aussi, Dieu
connaît les actions humaines avant leur exécution,
et lorsque l'homme agit bien ou mal ; ainsi, avant
l'existence des choses, i l ne connaissait aucun
objet incréé qui soit confus; mais, devant l u i ,
toutes les espèces de chaque genre, les races des
hommes et des anges s'offraient devant lui en
ordre et en catégories, ainsi que tout ce qu'il y
aurait dans chaque espèce.
«
Puisque sa vertu a tout créé, notre malignité
ne-.pouvait empêcher sa bont é ,
comme cela
eut
l i eu , et nous avons pour juge la main du Créa–
teur. Les mains qui affermirent les cieux
et
la
terre, gravèrent sur des tables de pierre un com–
mandement qui renferme des lois pacifiques
et salutaires, afin que nous connaissions le seul
Dieu, créateur des choses visibles et invisibles,
et non tantôt celui-ci et tantôt celui-là, comme
si l'un était bon et l'autre mauvais ; mais l u i seul
est parfaitement bon.
«
Et s'il te semble qu'il y ait quelque chose de
mauvais dans les créations de Dieu, dis-le sincè–
rement et tu verras peut-être que c'est un bien.
Tu as dit que les
dev
étaient mauvais; i l y en
a
aussi de bons que nous appelons anges. S'ils
l'avaient voulu, les
dev
même auraient été bons et
les anges eux aussi seraient devenus mauvais.
Cela se voit chez les hommes, et aussi chez les
enfants d'un même père , dont l'un est docile et
soumis et l'autre pire que Satan. Même on dis–
tingue parfaitement deux hommes dans un même
individu ; quelquefois i l est méchant, quelquefois
il est bon, et celui qui est bon devient méchant
et de nouveau i l redevient bon , bien qu'il n'y ait
en lui qu'une seule nature.
«
Quant à ce que tu as dit que Dieu, à cause
d'une figue, inventa la mort; [je réponds ] : un
petit morceau de parchemin est moindre qu'une
figue, pourtant si on inscrivait dessus les paroles
du ro i , et que quelqu'un le déchirât, i l mérite–
rait la mort; et pourrait-on blâmer le roi ? Que
Dieu nous en garde ! Quant à moi, je ne l'oserais
pas et j'engagerais même les autres à ne point le
faire. Dieu aurait été jaloux s'il n'avait pas dé–
fendu de toucher à cet arbre, mais l'ayant défendu
et ayant montré la douceur de son amour, l'homme
qui n'en
a
point tenu compte a mérité la mort.
HISTOR. ARMÉNIENS. — T. I I .
D ' A R M É N I E .
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«
Dép l us , tu as dit que Dieu était né d'une
femme; tu ne dois en éprouver ni horreur, ni
mépris. En effet Ormizd et Arimane naquirent
d'un père et non d'une mère ; si tu y réfléchis,
tu ne peux accepter cela. I l est encore une chose
plus singulière, le dieu Mihr naissant d'une
femme, comme si quelqu'un pouvait avoir com–
merce avec sa propre mère.
«
Mais si tu déposais ton royal orgueil et que tu
vinsses discuter amicalement, je suis certain que,
comme tu es savant en toutes choses, tu ne
trouverais rien d'exagéré touchant Notre - Sei–
gneur né de la sainte Vierge ; tu reconnaîtrais
que cette rédemption est supérieure à la formation
de l'univers, du néant; tu attribuerais à la déli–
vrance de l'homme du péché et à la miséricorde
de Dieu le terme de la servitude.
«
Quant à comprendre que Dieu a tiré l'univers
du néant, sache qu'il a créé les créatures par sa
parole. Mais, puisque Dieu a créé le corps exempt
de souffrances, i l l'aime comme un pè r e ; et
comme i l est incorruptible, i l créa les créatures
exemptes de corruption* Cependant celui-ci
(
Adam), s'étant volontairement perdu, se cor–
rompit; i l ne put point se relever de lui-même.
I l était poussière, et, s'étant tué lui-même, i l re–
tourna en poussière. Le châtiment ne lui vint pas
d'une force étrangère de quelque méchant, mais
[
i l l u i arriva] par sa désobéissance à ne pas ob–
server l'ordre divin, et sa désobéissance fut punie
par la mort à laquelle i l fut assujetti.
«
Mais si la mort a été créée par un Dieu mé–
chant , comment connaît-on l'essence de la
mort? D'aucune manière. Seulement on sait qu'elle
détruit la créature de Dieu. Et, s'il en était ainsi,
ne pourrait-on pas dire que son œuvre n'est
pas bonne, mais imparfaite et corruptible? et
le Dieu, dont les créations seraient imparfaites
et corruptibles, ne pourrait s'appeler incorrup–
tible. Ainsi donc, laissez de côté ces erreurs de la
démence. I l n'y a pas deux gouverneurs pour une
même province, ni deux dieux dans une même
personne ; car s'il y avait deux [gouverneurs] qui
eussent la hardiesse de devenir rois d'un même
pays, la province serait divisée et les royaumes
ne pourraient exister.
«
Ce monde est formé d'éléments divers et
opposés les uns aux autres. Mais i l n'y a qu'un
créateur de ces éléments opposés, qui les obligea
se combiner spontanément. Donc, en les divisant,
on adoucit la chaleur par les brises de l'air, de
même [on diminue] l'intensité du froid par la
chaleur. Ainsi, i l pétrit avec l'humidité de l'eau
les plus petits atomes ; l'eau, dont la nature est
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Fonds A.R.A.M