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ELISEE VARTABED.
Daron ; Mélidon (Méled), évéque de Manazguerd ;
Eznig, évéque de Pakrévant; Sourmag, évéque
des Peznouni; Dadjad, évéque de Daïk; Tatig,
évéque de Pasèn ; Kasou, évéque de Douroupéran ;
Jérémie, évéque de Martasdan; Eulalius (Evgha-
gh), évéque de Martaghi ; Anania, évéque de
Siounie ; Mousché, évéque des Ardzrouni ; Sahag,
évéque des Reschdouni ; Basile, évéque de Mog;
Rat, évéque de Variant ; Elisée, évéque des Ama-
douni (i) ; Eghpaîr (Frère), évéque des Antzé-
vatzi; Jérémie, évéque des Abahouni.
Tous ces évéques, beaucoup de chorévêques,
de vénérables prêtres de différents lieux, d'un
commun accord avec le clergé, et réunis ensemble
à
Ardaschad, avec le consentement des grands
satrapes et de toute la multitude [du peuple] du
pays, firent la réponse [suivante]
à
cet édit :
«
Joseph, évéque, avec le consentement de tous
les fidèles, depuis les plus grands jusqu'aux plus
petits,
à
Mihr-Nersèh, grand intendant
(2)
des
Arik et des Anarik, ami sincère de la naix salut
(1)
Cf. plus haut, l'introduction à l'Histoire d'Elisée,
pg. 179.
(2)
Les Arméniens appellent Mihr-Nersèh,
medj haza-
I
rabed
«
grand intendant », au lieu de « gouverneur su -
préme », titre qu'il avait pris dans la rubrique de son édit
Cf. plus haut, p. 190.
M. Patcanian (
Essai d'une
histoire de la dynastie des Sassanides,
p. 14 de la trad.
franc.) a expliqué la valeur de ce titre qui correspond au
titre de x^iapxoç qui a en grec la même signification,
«
chef de mille ». Bien que ce titre semble désigner un
grade militaire, cependant nous savons par les historiens
arméniens que le personnage qui en était revêtu à la cour
de Perse, était un dignitaire civil de l'ordre le plus
élevé qui exerçait toute l'autorité au nom du roi. Elisée
et Lazare de Pharbe (p. 42, 65, 109, 185, 206 du texte
arm.) nous en fournissent la preuve a plusieurs reprises.
Les historiens grecs et latins parlent aussi de cette
charge qu'ils ont transcrite sous les formes àÇapaTcateï;
(
Hésychius, 1. VI, c. 33) et àÇaéapfaqç (Ctésias,
ad cale.
Hérodot.,
éd.Didot, p. 54, § 46). Cornélius Népos
(
in Co–
nçu.
t
c. III) s'exprime ainsi : « Chiliarchum, qui se-
cundum imperii gradum tenebat. »Nous ferons observer
que si Mihr-Nersèh, dans son édit aux Arméniens, a piis
le titre de
Vezourk hramandar
«
gouverneur suprême »
ou plus exactement « grand gardien des ordres
du roi
de Perse
»,
et que dans leur réponse les évéques lui ont
donné le titre de
Medj hazaraàed
«
grand intendant »
ou « chef de mille, » c'est que ces deux titres devaient
s'appliquer au même dignitaire. Et en effet, le roi étant
le premier dans l'ordre hiérarchique, le « grand inten–
dant » devait être le second, comme nous l'apprend
Cornélius Népos; d'où on doit conclure, je crois, que les
deux titres étaient portés par le même personnage, car
on ne peut pas supposer que les Arméniens eussent eu
l'intention de blesser la susceptibilité d'un homme qui
était tout-puissant, en lui donnant un titre inférieur à
celui dont il était décoré. — Cf. aussi sur le titre de
hazarabed,
Saint-Martin,
Hist. du B.-E. de Lebeau,
t. VI, p. 33, note 2.
à toi et à tous les officiers de haut rang des Arik.
«
En conformité des préceptes divins, nos an–
cêtres nous ont transmis la coutume de prier pour
l'existence du roi, et de demander sans cesse à
Dieu qu'il vive longtemps, afin qu'il gouverne
avec bonté l'empire que Dieu lui a confié ; car
c'est dans la paix qu'il nous accorde de passer
notre vie dans la santé et dans le service divin.
«
Relativement
à
l'édit que tu as adressé
à
notre pays, il fut un temps où un des chefs de
vos mages, qui était un des plus instruits de votre
religion et que vous regardiez comme supérieur
à
la nature humaine, crut au Dieu vivant, créateur
du ciel et de la terre, et qui réfuta en détail et fit
voir l'erreur de votre culte. Comme vous ne pûtes
pas le réfuter par des paroles, il mourut lapidé
par ordre du roi Hormisdas (Ormizt). Si tu n'ac–
cordes pas foi
à
nos paroles, ris les livres de ce
mage qui se trouvent en divers endroits de ton
pays, et tu pourras en acquérir la preuve.
«
En ce qui concerne notre religion, elle n'est
pas invisible, elle n'est pas préchée dans un seul
coin du monde, mais elle est universellement ré–
pandue sur toute la terre, sur les mers, sur les
continents, dans les iles; non point seulement en
occident, mais encore en orient, dans le nord et
dans le midi ; enfin elle est pratiquée en tous lieux.
Elle n'a pas été fondée par l'homme, ni impo–
sée par le moyen de chefs répandus dans l'univers,
mais sa force est en elle-même. Elle n'est pas
seulement supérieure, si on la compare aux au–
tres religions, mais c'est du ciel que lui vient son
institution infaillible, non point par convention,
puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu et il n'y a per–
sonne en dehors de lui qui lui soit supérieur ou
inférieur. Car il n'a pas eu de commencement
pour être Dieu, il est éternel en lui-même ; il
n'est pas contenu dans tel ou tel lieu, mais il est
contenu en lui-même; il n'est pas soumis au
temps, mais le temps n'existe que par lui. Non-
seulement i l est supérieur aux cieux, mais encore
à
la raison humaine et
à
celle des anges. I l ne
prend aucune forme et n'est pas visible pour les
yeux ; non-seulement la main ne peut point le
toucher, mais la pensée de qui que ce soit ne
peut le concevoir; je ne parle pas pour nous qui
avons un corps, mais pour les anges qui sont
incorporels. Cependant, s'il le veut, il se manifeste
aux siens qui en sont dignes, sans qu'ils le voient
avec leurs yeux; et non pas
à
ceux qui ont l'es–
prit mondain, mais
à
ceux qui croient véritable–
ment en Dieu.
«
Son nom est : Créateur du ciel et de la terre.
Cependant, comme il existait par lui-même avant
Fonds A.R.A.M