HISTOIRE
dans ses vues impies, en disant aux ministres du
culte idolâtre : « Qu'offrirons-nous aux dieux
en échange de cette grande victoire qui prouve
que personne n'ose combattre avec nous ? »
Alors, à ce moment, les mages et les Chaldéens
élevèrent ensemble la voix et dirent : « Les dieux
qui te donnèrent la victoire et la domination sur
tes ennemis, n'ont pas besoin de te demander
des biens spirituels, mais [ i l s désirent] que tu
détruises toutes les sectes et que tu les convertis–
ses à la religion de Zoroastre. » Cet avis plut au roi
et à tous les grands, surtout à ceux qui avaient un
rang élevé dans la religion ; puis, ayant tenu conseil
entre eux, l'avis des mages prévalut. Aussitôt on fit
éloigner de la porte de la montagne ( i ) la nom–
breuse cavalerie des Arméniens, des Ibères et
des Aghouank, et tous ceux qui étaient fidèles
au saint Évangile du Christ. On imposa un ordre
sévère aux gardiens du défilé, pour qu'ils laissas–
sent passer ceux qui venaient vers l'orient, mais
qu'ils fermassent le chemin à ceux qui se ren–
daient du côté de l'occident.
Lorsqu'ils furent internés dans l'enceinte for–
tifiée et imprenable, — et c'est en vérité que je le
dis, car i l n'y avait pas là d'endroit pour se ca–
cher ou pour fuir, parce que les ennemis étaient
groupés tout à l'entour, — on les saisissait; en–
suite on les faisait cruellement souffrir et, en em–
ployant diverses tortures, on les réduisait à une
telle misère, qu'on força beaucoup d'entre eux
à renier le vrai Dieu et à adorer des éléments v i –
sibles. Cependant, ceux qui étaient courageux
disaient avec une grande sagesse et l'accent de la
conviction : « Nous prenons à témoin le ciel et la
terre, que jamais nous n'avons été négligents
pour le service du ro i , et que la lâcheté ne s'est
jamais mêlée à nos actions; donc nous ne méri–
tons en aucune manière ces persécutions. » Le
bruit de leurs plaintes grandissait tellement que
le roi, qui les entendait, les approuvait en faisant
des serments, et disait : « Je ne vous laisserai
pas en paix tant que vous n'aurez pas accompli
les ordres de ma volonté. »
Or, les perfides serviteurs du roi obtinrent la
permission de soumettre à l'épreuve des tortures
quatre des principaux champions. Ils les acca–
blèrent publiquement de coups ; puis ils les en–
chaînèrent et les jetèrent en prison. Le roi sembla
accorder à quelques-uns son pardon, en rejettant
la faute sur ceux qui étaient incarcérés, et i l
agissait ainsi par une inspiration satanique.
(1)
Le défilé des portes du Caucase, dont i l a été
question plus haut, p. 185, col.
2,
note
2.
D'ARMÉNIE.
189
Douze jours après, i l ordonna de préparer un
banquet plus somptueux que de coutume; i l y
invita beaucoup de guerriers chrétiens. Au mo–
ment de prendre place, i l désigna à chacun d'eux,
avec une grande pompe, le rang [qu'il devait
occuper] à la table. I l leur parla en termes affec–
tueux et avec douceur, comme par le passé, afin
qu'ils consentissent à manger de la chair immolée,
dont les chrétiens ne pouvaient se nourrir. Per–
sonne n'ayant voulu y consentir, i l n'insista point
trop, et même i l ordonna qu'on leur servît leur
nourriture accoutumée, et i l augmenta la gaieté
du festin en faisant servir plusieurs vins. Ensuite,
les ayant fait passer dans la chambre royale, on
en arrêta plusieurs à qui on attacha les mains
derrière le dos avec des courroies munies d'un
cachet. On les garda de la sorte pendant deux
ou trois jours, et on leur fit endurer bien d'autres
châtiments infâmes que nous ne croyons pas né–
cessaire de raconter. Puis, on en éloigna plu–
sieurs après les avoir dégradés, comme indignes
de conserver leur rang dans la noblesse.
Après cela, on en déporta par troupes dans
un pays éloigné, dans un désert impraticable,
pour faire la guerre contre les ennemis du r o i ;
on en passait beaucoup au fil de l'épée ; on ré–
duisait à tous leurs salaires ; on les tourmentait
par la faim et par la soif; on leur donnait pour
!
résidences d'hiver des endroits froids, et ils
!
étaient signalés aux yeux de tous comme des
lâches et des infâmes. Cependant, fortifiés par
l'amour du Christ, ils enduraient avec une grande
joie toutes ces souffrances pour son nom et pour
la sublime espérance qui est préparée aux pa-
I tients observateurs de ses commandements. Plus
la méchanceté redoublait ses cruautés, plus ils se
fortifiaient dans l'amour du Christ, d'autant plus
que beaucoup d'entre eux, dans leur jeunesse,
'
avaient appris les saintes Écritures ; ils se conso–
laient et consolaient leurs compagnons, et ils pra–
tiquaient publiquement leur culte. C'est pourquoi
les païens, à qui leurs paroles semblaient agréables
et consolantes, les exhortaient et les encoura–
geaient , [en leur disant] qu'il valait mieux souf–
frir jusqu'à la mort que de renier une telle re–
ligion.
Mais, bien que par l'amour du Christ ils se
réjouissaient intérieurement avec beaucoup de
courage, cependant leur existence matérielle
était très-misérable dans cet exil. Des guerriers si
vaillants étaient tombés dans la plus vile condi–
tion et la liberté de la patrie gémissait sous le
détestable esclavage d'un meurtrier oppresseur
qui, en répandant le sang, violait les lois des
Fonds A.R.A.M