VART.d
la cavalerie et venez me rejoindre dans la pro–
vince d'Abar
(1). »
Cet édit fut promulgué (a) dans les pays des
Arméniens, des Ibères (Virk), des Aghouank, des
Lephin (3), des Dzotek (4), des Gortouk, des
Aghdznik et dans beaucoup d'autres régions éloi–
gnées , qui anciennement n'étaient point tenues
de se rendre dans cette contrée. Dans la Grande-
Arménie, on fit une levée de nobles et de fils de
nobles, d'hommes libres et de personnes de sang
royal ; on en fit également chez les Ibères, les
Aghouank, les Lephin, dans toutes les autres r é –
gions méridionales voisines du pays des Dadjik
(
Dadjgasdan) et du pays des Romains, des Gor–
touk, des Gotbs (Ket), des Dzotek et des Arznarz,
qui tous étaient fidèles à la seule Église catho–
lique et apostolique.
C'est alors qu'en pleine sécurité, ignorant les
intentions perfides du r o i , ces peuples se rendi–
rent promptement à son appel et quittèrent leurs
territoires avec une grande joie et avec des sen–
timents de fidélité pour le souverain, en mainte–
nant avec une ardeur infatigable la valeur mili–
taire. Ils emportèrent avec eux les Livres-Saints
et se firent accompagner par beaucoup de reli–
gieux et des prêtres, après avoir réglé les affaires
du pays sans compter sur la vie; mais, en atten–
dant la mort, ils recommandaient tour à tour [à
Dieu] leur âme et leur corps. Mais, bien que les
projets du roi ne leur fussent point connus, tous
concevaient des soupçons, snrtout lorsqu'ils v i –
rent la puissance des Grecs abattue devant l u i ;
alors ils s'affligèrent intérieurement et furent pris
par le découragement.
Cependant, comme ils étaient fidèles observa–
teurs de la sainte loi de Dieu, ils se souvinrent
des paroles de Paul : « Serviteurs, obéissez à vos
maîtres temporels, non point faussement et en
(1)
La province
d'Abar
faisait partie de l'Arie, et elle
est mentionnée sous le nom
à\'Abrschahr,
dans la
Géo–
graphie
de Moïse de Khorène (
Œuvres cornpl., en
arm.,
Venise,
1843,
in
-8",
p.
614).
Le pays d'Abar renfermait
dans son territoire la ville de Nischapour, à ce que nous
apprennent lesArméniens, qui ajoutent qu'Abar dépendait
de Vergan (l'Hyrcanie des anciens). Le nom d'Abrschahr
est la transcription du nompersan d'Ebreschehr qui est
donné à la ville de Nischapour (Barbier de Meynard,
Dict.
géogr. de la Perse de Yakout,
p.
7.).
Ebr
vent dire
«
nuage » et
Schehr
«
ville » en persan.
(2)
Cet édit fut envoyé aux peuples tributaires de la
Perse, en l'an
444.
(3)
Cf. sur ce peuple, notre Collection,
1.
I, pg.
115,
n.
4.
(4)
Le pays de Dzotek était situé sur les bords du
Cyrus ou Kour, dans le voisinage de l'Oudi, l'Otbène des
anciens; et il parait correspondre à la province géorgienne
de Kakhétie.
(
Hist. du B.-Emp., de Lebcau
,
éd. Saint-
Martin, t VI p.
268,
note
3.)
apparence,
on coeur, comme si vous
serviez Dieu et non pas nn homme, car c'est
'
le Seigneur qui vous récompensera de votre la–
beur. » Alors, avec une grande docilité, ils sor–
tirent de leur pays et, s'étant recommandés au
Saint-Esprit, ils se rendirent auprès du roi , ac–
complissant exactement ses ordres et faisant tout
selon sa volonté. Mais le roi commença à mettre
à exécution les avis que lut avaient suggérés les
complices de sa cruauté.
Le roi, en voyant l'organisation et la multitude
de barbares qui étaient venus volontairement
pour renforcer son armée, se montra très-satisfait
en présence des grands et de tous ses soldats. Au
dehors, i l cachait ses perfides projets, et, malgré
l u i , il les comblait de présents. Tout à coup, i l
fit irruption sur les terres du pays des Huns ( i )
qui s'appelaient aussi Kouschans, et guerroya
contre eux pendant deux ans, sans réussir à les
soumettre. Après cela, i l renvoya les troupes
dans leur pays et en convoqua d'autres auprès de
lui, pour continuer la campagne. De cette ma–
nière , d'une année à l'autre, i l établit cette cou–
tume, et i lfitbâtir une ville pour
y
établir sa ré–
sidence, depuis la quatrième année de son avè–
nement jusqu'à la onzième de son règne.
Quand le roi vit que les Grecs restaient fermes
dans l'alliance qu'ils avaient faite avec l u i , et que
les Khailentourk (a) ne faisaient plus d'invasion
par le défilé de Djor, que leur pays jouissait
d'une paix profonde, et qu'en outre i l avait ré–
duit à l'extrémité le roi des Huns, en dévastant
beaucoup de ses domaines (3), tandis que sa
propre puissance avait prospéré d'autant, i l en
donna avis à tous les temples du feu ( adrous-
chan) (4) de son empire. I l fît immoler au fen
(1) 11
est question ici des Huns Hephthalites, établis à
l'est de la mer Caspienne.
( 2 )
Le nom de ce peuple ne se rencontre que deux
fois dans l'Histoire d'Elisée. On peut supposer qu'il dé–
signe, soit les Turks Khazars, soit les Turks du Ghilan.
La forme
Khaïlen
est peut-être une forme ancienne du
nom de la province de Ghilan. Toutefois, c'est avec ré–
serve que nous proposons cette assimilation.
(3)
La guerre, qui avait duré plusieurs années, se
termina en
450.
(4)
Le mot
adrouschan,
dont se servent les Armé–
niens pour désigner les temples ou chapelles où les
mobeds
entretenaient le feu sacré (adéran), est la trans–
cription du mot
Atesch-dan,
c'est-à-dire le « vase qui
contient le feu ». Le mot qui signifie « temple dufeu»
est
Dérimher,
que les Parsis écrivent
dor o meher
«
porte de miséricorde ». — Cf. Anquetil-Duperron, le
ZendAvesta,
t. I I , p.
531
et
568.—
H est bon d'observer
que, dans beaucoup d'endroits, le mot
adrouschan,
qu
reparaît souvent dans l'ouvrage d'Elisée, veut dire sim–
plement « un pyrée » ou autel du feu.
Fonds A.R.A.M