HISTOIRE D'ARMÉNIE.
m
chrétiens de la sainte religion, les uns par des
paroles menaçantes, les autres par la prison et
les tortures. I l en condamna plusieurs à subir
une mort affreuse, et tous furent ignominieuse–
ment persécutés ( i ) . Cependant, lorsqu'il vit
qu'ils s'étaient dispersés de tous côtés, il manda
auprès de lui ses conseillers
(2).
Ceux-ci étaient
attachés à l'idolâtrie par des liens indissolubles;
ils brûlaient d'ardeur comme une fournaise et
voulaient réduire en cendre la foi de la sainte
Église.
Ils étaient plongés dans d'horribles ténèbres, et
leur esprit assoupi dans leur corps ressemblait ii
un être vivant enfermé dans le sépulcre, sans
qu'aucun rayon de la sainte lumière du Chiist
vînt les éclairer. Ainsi, au moment d'expirer, les
ours combattent avec rage, et les sages, en les
évitant, s'enfuient, de même la domination de ces
hommes cesse ; quand ils sont vaincus, ils ne le
sentent pas ; et quand ils sont vainqueurs, ils ne
le comprennent pas. Lorsqu'ils n'ont pas d'en–
nemi étranger, ils se battent et se font la guerre
à eux-mêmes. C'est à eux que le prophète s'a–
dresse : « L'homme affamé se traîne et dévore
la moitié de lui-même. » Le Seigneur a dit
aussi : « Toute maison et tout royaume divisés
contre eux-mêmes ne peuvent subsister. »
Mais pourquoi tant de peines? Pourquoi ces
combats? Pourquoi ce courroux et ces flammes
qui te consument? Pourquoi appeler au conseil
jeux qui ont égaré ton esprit, ont changé Fin-
corruptible en corruption et entraînent ton
corps que la mort corrompra, comme un ca–
davre que l'on rejette loin de soi ? Tu le veux
ainsi pour dissimuler tes iniquités; mais, quand
tes forfaits seront dévoilés, tu verras quel en sera
le dénouement.
Les mages (3) dirent : « O roi valeureux ! les
(1)
Ic/dedjerd avait publié de sanglants édits contre
les chrétiens ; mais il fit cesser la persécution à la re
commandation de l'empereur. Ce fut durant celte persé–
cution que s'illustrèrent les martyrs syriens. — Cf. As*
semani,
Bibl. or.,
t.111, p. 396.
(2)
Le premier ministre d'Iczdedjerd était
Vhazarabed
ou intendant-général Veh-Milir-Nersèli, appelé par Mir-
kond et les auteurs persans, Mihir-Nersy, qui le font des–
cendre du héros Isfendiar, (ils de Goustasp. Tabary dit
cependant que ce ministre était lils de Nodar, descendant
de Darius. Ge fut ce personnage qui excita le roi de Perse à
se déclarer ouvertement contre les chrétiens. Du reste, il
était lui-même encouragé par l'apostat arménien Varaz-
vaghan qui avait gagné toute sa confiance, en émigrant
en Perse.
(3)
Le mot <' mage », en arménien
mobed
,
vient de
mèh
(
prononcez
mègh),
qui veut dire « grand, excel- I
lent ». (Anquetil-Duperron,
le Zend-Avesta,
t. Il, p. 555.; I
—-
Cf. sur les mages, Hérodote , 1 , 1 . — Diogènc de
dieux t'ont donné la puissance et la victoire ; ils
n'ont pas besoin en retour des hommages terres–
tres ; ils exigent seulement que tu réunisses sous
une seule loi tous les peuples qui vivent dans
ton empire. L a contrée des Grecs elle-même se
soumettra
à
tes lois. C'est pourquoi, 6 roi, exécute
promptement ton projet. Lève des troupes, ras–
semble des soldats, marche sur le pays desKous-
chans
(1),
réunis tous les peuples, et établis-toi
au-delà des portes
(2).
Quand ils seront tous re–
tenus et confinés dans des contrées reculées et
inhospitalières, tes projets et ta volonté seront
accomplis, et, comme nous l'apprend notre reli–
gion , tu domineras aussi sur le pays des Kous-
chans, et les Grecs ne se révolteront plus contre ta
puissance. Mais surtout, anéantis la secte des
chrétiens. »
Cet avis plut au roi et aux grands qui parta–
geaient cette manière de voir. I l rédigea un d é –
cret et envoya des courriers dans toutes les con–
trées de son empire. Ce décret était conçu en ces
termes :
"
À toutes les nations de mon empire, aux
Ârik et aux Anarik (3), salut et bienveillance
de notre part. Soyez heureux, car nous le sommes
aussi avec l'aide des Dieux.
«
Sans rien exiger de vous, nous sommes allé
envahir le territoire des Grecs, et là, sans tirer
Fépée, mais par l'amour et la clémence, nous
avons soumis tout le pays à notre autorité. Vous,
soyez heureux et dans l'allégresse, et exécutez
promptement ce que nous vous ordonnons. Nous
avons conçu le projet formel de nous rendre dans
les contrées de l'Orient, et de reconquérir avec
l'aide des Dieux l'empire des Kouschans. Dès que
vous aurez reçu ce décret, réunissez sans retard
Laërtc,
in proœm.
Glycas,
Annal.,
t. II, p. 130 (éd.
Paris.)
(1)
Cf. notre Collection, 1.1, p. 23, note 1.
(2)
Elisée veut parler ici des défilés du Caucase qui
étaient, selon les auteurs arméniens, au nombre de trois,
savoir : la porte des Aghouank ou des Alains, la porte
de Banl ou Balkh, et la porte de Djor ou rempart des
Huns. Le premier défilé était connu des auteurs anciens
sous le nom de portes Caucasiennes ; les Arméniens et
les Géorgiens le nommaient porte de Darial, et les
Arabes
Bab-allan
«
porte des Alains ». Le second dé–
filé était situé, selon M. St-Marttn dans la Perse orien–
tale, aux environs de Balkh, vers le pays des Huns He-
phlhalHes. Le troisième est celui qui est appelé « portes
de
fer
»
Demir Capou,
ou défilé de Derbend, et que les
anciens nommaient
pylic albaniex.
Procope
(
Bell, goth.,
IV, 3) l'appelle TÇovp. —Cf. Lebeau,
Hist. duBas-Emp.,
(
éd. S. Martin), t. VI, p. 269 et suiv., note 1.
(3)
Cf. sur ces dénominations, notre Collection, t. 1,
p 37, note 2.
Fonds A.R.A.M