ELISÉE VARTABED.
HISTOIRE DE VARTAN E T DE LA GUERRE DES ARMÉNIENS ( I ) [ÉCRITE] A LA DEMANDE
DE DAVID MAMIGONIEN.
J'ai terminé l'ouvrage que tu m'as commandé
d'écrire. Tu m'as ordonné de raconter les guerres
des Arméniens j dans lesquelles le plus grand
nombre combattit vaillamment. Je les ai écrites
en sept chapitres : le premier traite dés époques ;
le deux i ème , des faits accomplis par le prince de
l'Orient (a) ; le troisième, de l'union du clergé ;
le quatrième, de la défection de ceux qui se s é –
parèrent de l'Église ; le c i nqu i ème , de l'invasion
des Orientaux; le sixième, des prouesses des A r –
méniens dans les combats; le septième, de la
longue durée de cette lutte désastreuse.
Dans ces sept chapitres, j'ai disposé et consigné
avec des détails circonstanciés l'origine, la
marche et la Un des événements ; pour que, par
une lecture assidue, tu connaisses les actes d'hé–
roïsme des braves et la faiblesse des l âches , non
point tant pour satisfaire le désir d'une âme avide
de s'instruire des choses terrestres, que pour mé–
diter sur les vues de la céleste providence qui,
dans sa prescience, fait à chacun une égale com–
pensation d'avantages et de revers, et se manifeste
visiblement, pour faire comprendre l'éternité.
Mais toi qui es profondément versé dans l a
connaissance des choses divines, pourquoi de–
mandes-tu, plutôt que de te laisser demander des
choses meilleures
(3
J?
Toutefois, et autant que
nous pouvons le comprendre, nous et tous ceux
qui se sont occupés de la science, c'est de ta
part une preuve d'amour céleste, et non point le
(1)
Cette guerre nationale et religieuse commença vers
l'an 451 de notre ère.
(2)
L'auteur donne le titre de
prince de Portent
à
Iezdedjerd I I , roi sassanide de Perse, parce que ce pays
est situé à l'orient de l'Arménie.
(3)
La concision du texte en cet endroit le rend fort
obscur ; voici le sens de la phrase : « Mais toi, qui es
profondément versé dans la connaissance des choses di–
vines , pourquoi m'as-tu demandé d'écrire cette histoire,
tandis qu'il eût été préférable qu'on t'eût commandé de
le faire, à toi qui ès capable d'écrire des choses bien
meilleures que celles que j'écris? »
mobile d'une ambition terrestre, comme l'ont dit
aussi quelques historiens illustres.
L a concorde engendre le bien; la discorde, le
mal. C'est pourquoi nous aussi, en réfléchissant
à la sainte charité de ton commandement, nous
ne nous sommes point décourage, malgré notre
ignorance. Quoi qu'il en soit, il est certain que la
sainteté est un secours pour la faiblesse, comme
la prière vient en aide à la science, et le saint
amour, au bien public.
Cet ordre nous étant imposé par toi, nous nous
résignons de bon g r é , pour la consolation des
fidèles, pour le zèle de ceux qui espèrent et pour
l'encouragement des braves qui marchèrent cou–
rageusement à la mort, en voyant devant eux
Celui qui commande la victoire, qui ne se réjouit
pas, comme un ennemi, de l a défaite des autres,
mais qui leur enseigne son invincible vertu. Qui –
conque le désire est admis par lui comme un
valeureux champion, et, puisque le nom de cet
héroïsme se multiplie, il a distribué à chacun de
nombreuses grâces, et nous savons que la plus
grande est le saint amour qui réside dans un cœur
sincère.
Cette simplicité porte en elle une ressemblance
avec la simplicité suprême, et, la découvrant en
toi, nous avons oublié notre misère. Nous voici
prenant avec toi notre essor, comme les oiseaux
qui planent au-dessus de l'atmosphère orageuse,
et, nous nourrissant de l'air céleste et incorrup–
tible , nous acquérerons la science, en vue du
salut des âmes et de la gloire de l'Église toujours
victorieuse. C'est, ainsi que beaucoup de saints
ministres remplissent leur ministère avec félicité,
pour la gloire du Père de tous, en bénissant la
sainte Trinité qui tressaille d'allégresse dans sa
glorieuse essence.
Puisque nous avons recu l a tâche honorable
que nous a imposée ton esprit bienveillant, nous
débutons par où il est utile de commencer, bien
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