corps d'Elisée avait été trouvé dans le pays des
Reschdouni, il se rendit en pèlerinage
à
l'endroit
où s'élevait son tombeau, et fit halte auprès de
la caverne. Puis,
s'étant
emparé en cachette de
la téte et d'une des mains du saint docteur, il
regagna sans plus tarder ses domaines, afin d'é–
chapper aux représailles du prince des Reschdouni
et des fidèles qui habitaient ce pays. Dès que le
bruit de cette profanation se répandit dans la
contrée, une grande clameur s'éleva parmi le
peuple; mais on parvint
à
apaiser le ressentiment
des fidèles. Le prince de Mog, afin de calmer
celui des Reschdouni,fitconstruire une chapelle
près de la caverne qui avait servi de première
retraite
à
Elisée, et là il enferma les reliques qu'il
avait dérobées. Cet endroit devint aussi tin Heu
de pèlerinage très-fréquenté par les fidèles qui
accouraient en foule pour y chercher la guérison
de leurs maladies, surtout à l'époque de l'anni–
versaire de la mort d'Elisée, qui fut érigée en fête
solennelle (i).
Si les renseignements que les biographes nous
ont transmis sur la vie d'Elisée sont peu étendus,
nous avons en revanche des ouvrages en grand
nombre qui sont sortis de la plume du saint
ermite. A part son « Histoire » qui est l'œuvre
capitale de cet illustre docteur, d'autres écrits,
également importants, sont parvenus jusqu'à
nous (a). Celui que les Arméniens considèrent à
juste titre comme une œuvre des plus remar–
quables, tant sous le rapport du style que des
pensées, est le « Discours adressé aux solitai–
res (3) ». Elisée avait écrit ce livre en vue d'exhor–
ter ceux de ses compagnons d'étude qui avaient
embrassé la vie cénobitique à imiter l'exemple
des premiers anachorètes et à chercher à atteindre
leur perfection. Il les encourageait à se consoler
des malheurs qui avaient désolé la patrie, en se
livrant avec ardeur à la prière pour obtenir dans
une vie meilleure le soulagement des peines
qu'ils avaient endurées ici-bas. Un autre ouvrage,
mais qui semble avoir été composé par Elisée
(1)
Hist.
d'Elisée,
dans la
Petite Biblioth.
armén.,
t. XI, p. 43 et suiv.
(2)
Cf. les œuvres complètes d'Elisée (en armén., Ve–
nise, 1839 et 1859, m-8
0
).
La dernière édition est plus
complète-
(3)
Ce discours a été aussi imprimé à la suite de
YHistoire d'Elisée
(
Venise, 1839, in-8'), p. 159, et (Ve–
nise, 1864, in-12) p. 363.
avant le « Discours adressé aux solitaires », a pour
titre « Commentaires sur la Genèse et les livres
de Josué et des Juges ». Le style est moins châtié
et indique qu'il fut écrit à une époque où l'auteur
n'avait pas encore acquis ce talent remarquable
qu'on se plait à admirer dans le « Discours
adressé aux solitaires ». Elisée
composa
aussi
une « Explication de l'oraison dominicale »,
quelques homélies et des prières. Plusieurs cri–
tiques semblent douter de l'authenticité de ces
derniers écrits ; cependant des historiens natio–
naux en font mention, et Guiragos lui-même a
donné l'indication précise de plusieurs des livres
que composa Elisée (i). Enfin, on sait encore
qu'Elisée avait écrit des « Commentaires sur la
création
»
qui sont aujourd'hui perdus, et dont
Vartan a cité des passages dans un ouvrage qui
porte le même titre (a).
L'« Histoire des Vartaniens » d'Elisée devait, à
ce qu'il nous apprend lui-même dans son intro–
duction, se composer primitivement de sept li–
vres. Cependant il ajouta un assez long supplé–
ment, pour compléter l'histoire des événements
qui suivirent la mémorable résistance que le
peuple arménien opposa au despotisme brutal
des Perses. Quelques critiques sont d'avis que le
supplément de l'Histoire d'Elisée est l'œuvre d'un
continuateur anonyme, et ils s'appuient sur un
passage de Thomas Ardzrouni qui considère l'ou–
vrage de l'annaliste des Vartaniens comme ayant
subi des remaniements et éprouvé des suppres–
sions (3). Cette raison n'est pas suffisante, selon
nous, pour rejeter, parmi les écrits apocryphes,
les additions à l'Histoire des Vartaniens; et bien
que Thomas s'étonne de ne pas rencontrer dans cet
ouvrage le récit du martyre de Vahan Ardzrouni
qui devait en effet y trouver place, cet historien
se charge lui-même de nous en donner la raison :
Au temps de Firouz, roi des Perses, l'hérétique
nestorien Barsouma vint dans le pays de Mog
afin d'y propager son hérésie, et, comme en ce
moment Elisée résidait dans ce canton, Bar–
souma lui demanda son livre d'Histoire et en ob–
tint communication. Le prince des Ardzrouni,
Nerschapouh, qui s'était retiré dans la forteresse de
(1)
Guiragos,
Histoire universelle,
en arm.
(
Venise,
1865),
p. 3.
(2)
P.Karékin,
Hist. delà litt. armén.,
p. 242.
(3)
Thomas Ardzrouni,
Hist.
des
Ardzrouni
.
p. 88.
Fonds A.R.A.M