INTRODUCTION
Elisée appartient à la classe des seconds traduc–
teurs. On ignore le lieu et la date de sa naissance ;
toutefois les biographes rapportent que, dans sa
jeunesse, il fit partie des milices à la tête des–
quelles Vartan le Mamigonien lutta si vaillamment
contre les Perses , et qu'il put voir par lui-même
une foule d'événements qu'il a racontés dans son
Histoire (i). Selon d'autres écrivains , Elisée au–
rait
été
le secrétaire de Vartan, et il paraît même
que des liens de parenté l'unissaient au défenseur
de l'indépendance nationale
(2).
Tous les histo–
riens s'accordent à donner à Elisée le titre de
Vartabed
ou « docteur » ; et quelques-uns même
prétendent qu'il exerça les fonctions épiscopales
dans la satrapie des Amadouni (3), et que c'est
lui qui est mentionné dans la liste des évêques as–
semblés à Aschdischad(4). Elisée, qui avait assisté
aux événements qui signalèrent le grand soulève–
ment national de l'Arménie, pendant le cinquième
siècle, ne put voir sans un profond sentiment de
tristesse les malheurs sans nombre qui déso–
laient sa patrie. Après avoir payé de sa personne
dans les combats, et servi avec loyauté le géné–
ralissime Vartan, i l résolut de renoncer au monde
et d'embrasser la'vie cénobitique. Fuyant tout
ce qui pouvait rappeler à son souvenir les
hommes
et les événements de son temps, il se re–
tira dans la solitude, afin d'y terminer ses jours,
et choisit pour le lieu de sa retraite une caverne
creusée dans les flancs de la montagne de Mog, et
qui s'appela, de sonnom, « la caverne d'Elisée » (5).
(1)
Histoire du Vartabed Elisée, dans la
Petite Biblioth.
armén.;
t. XI, p. 39-45 (Venise, 1854).
* (2)
Le P. Karékin,
Hist. de la litt. arm.,
p. 226. —
Le P. Léon Alischan, dans le t. III de ses
Poésies
(
Venise,
1858,
en arm.), retrace en termes poétiques la vie d'É-
Usée et celle de Vartan ; il célèbre leur liaison, qui avait
commencé dans la maison de S. Sahag (p. 272). — Cf.
le Rossignol cVAvaraïr,
p. 258 de l'ouvrage cité.
(8)
Ch. Neumann,
The history of Vartan
;
pré–
face, p. xiv.
(4)
Elisée,
Histoire, y.
22
de l'éd. arm. de Venise,
1858. —
Cappelletti,
Storia di Eliseo,
p. 36.
—
Kaba-
radji,
Soulèvement...
p. 30.
(5)
Hist. du Vartabed Elisée, dans la
Petite Biblioth.
arm.
t. XT, p. 4?.
Là, se nourrissant d'herbes et de racines, se mor–
tifiant par l'austérité et la prière, il fuyait la so–
ciété des hommes et attendait dans le calme et le
silence l'heure de la délivrance.
Cependant des bergers, qui fréquentaient la
montagne où Elisée s'était réfugié, découvri–
rent par hasard le lieu de sa retraite. Ils furent
frappés d'admiration en apercevant le solitaire
qui, depuis plusieurs années, ne vivait que de pri–
vations et montrait l'exemple de la plus. grande
vertu. Les bergers, malgré les supplications d'E–
lisée, répandirent bientôt dans tous les cantons
d'alentour le bruit de l'existence du saint ermite,
qui, pour éviter les ovations dont il était l'objet,
quitta secrètement sa retraite, et vint chercher
une autre solitude dans le canton des Reschdouni.
Là, il se livra de nouveau au jeune, aux mor–
tifications, à la prière, « en fuyant, comme dit un
«
de ses biographes, les flots de la mer pour s'a-
\
briter dans le désert comme dans un port
(1). »
La caverne qu'il avait choisie pour demeure
était située près du lac, et elle fut également dé–
signée, comme la précédente, sous le nom de
«
caverne d'Elisée ».
Peu de temps après son arrivée dans cette nou–
velle solitude, Elisée, dont la vie avait été abrégée
par des fatigues de tout genre, mourut
(2).
Des
gens qui passaient par hasard près de l'endroit
où le corps inanimé d'Elisée reposait sans sépul–
ture le découvrirent, et une apparition leur ré–
véla que ce cadavre était celui du saint ermite.
Le bruit de cette découverte se répandit bientôt
dans tous les pays environnants. On éleva un
tombeau près de la caverne, et on y plaça le
corps d'Elisée. Beaucoup de guérisonss'opérèrent
en ce Heu, et on accourait de tous côtés en pèle–
rinage au tombeau du serviteur de Dieu.
Dès que le prince de Mog eut appris que le
(1)
Hist. d'Elisée, dans la
Petite Biblioth. arm.,
t.
XI, p. 42.
(2)
L'époque de la mort d'Elisée est fixée, par quelques
écrivains, à l'an 480 de notre ère.
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12.
Fonds A.R.A.M