déposer dans leur village d'Aschdischad, qui se
trouve dans le district de Daron. Les disciples
de saint Sahag, religieux spoudés ( i ) , dispersés
chacun dans leurs cantons, bâtirent des couvents
et y rassemblèrent des frères.
Six mois après, le treizième jour de méhégan (a)
mourut également, dans la ville de Vagharscba-
bad, le bienheureux Mesrob, qui surpassait en
vertu ses contemporains lesplus vertueux. Jamais
l'orgueil ou la flatterie ne trouvèrent place dans
sa vie ; i l était doux et bienveillant, occupé à faire
le bien, et se montrait à tous orné des qualités
célestes. Son aspect était angélique ; son esprit
était fécond, i l était doué d'une éloquence su–
blime, d'une constante persévérance, sa stature
était noble, sa contenance digne, il était d'un bon
conseil, sa foi était droite, i l vivait dans l'espé–
rance , son amour était sincère, et son enseigne–
ment lumineux. Je ne suffirais pas à énumérer
tous les mérites de Mesrob, et je vais parler de
l'ensevelissement de ses dépouilles mortelles. Ainsi
que je l'ai entendu raconter par des hommes
véridiques, une lumière rayonnnante , ayant la
forme un peu confuse d'une croix, brilla sur la
maison où le bienheureux rendit l'esprit. Ce fut
un prodige visible non-seulement pour quelques
personnes, mais pour toute la multitude, ce qui
amena beaucoup d'infidèles à se faire baptiser.
Alors i l y eut un grand trouble parmi le peuple
divisé en trois partis, au sujet de l'endroit où on
devait déposer ce corps si pur et si bien préparé
a la mort, avant même de mourir. Lesuns disaient
de le porter dans son canton natal, à Daron ; les
autres dans celui de Koghtèn qui avait goûté la
primeur de ses enseignements ; les autres à Va-
.
gharschabad, dans la sépulture des saints. Le
brave Vahan Amadouni l'emporta, car i l était
puissant par la foi et par la richesse, et de plus les
Perses lui avaient confié le gouvernement de l'Ar–
ménie. Celui-ci prit le corps, le transporta avec un
cortège magnifique dans son village d'Oschagan.
Alors la même croix lumineuse apparut sur la
civière, en présence de toute la multitude, jus–
qu'au moment où Vahan et Thatig ses disciples
eurent déposé son corps dans le lieu de son repos;
ensuite le signe [divin] se dissipa (3). Le siège du
(1)
Cf. plus haut, p.
159
et note
2.
(2)
Septième mois arménien, qui commence vers le mi
lieu de janvier. La mort de saint Mesrob eut lieu le
19
février
441.
Le mois de
Méhégan
ou
Méhéghi
corres–
pond au mois persan
Mikragan
consacré au dieu Mihr
ou Mithra. — Cf. Hyde,
Hist. rel. vet. Pers.,
page
254-
247.
(3)
Cf. Lazare de Pharbe, c. 18.
pontificat fut donné avec le titre de suppléant,
par ordre du bienheureux Mesrob, à son disciple
Joseph, prêtre de Vaïotz-dzor, du village de Kho-
gholzim
CHAPITRE LXVI I I .
Élégie sur le royaume it Arménie arraché à la
race des Arsacides et sur le patriarcat enlevé
a la maison de saint Grégoire.
Je te plains, terre d'Arménie; je te plains,
contrée supérieure à toutes celles du nord, car ils
te sont ravis, ion roi et ton pontife, le conseiller
et le maître de la science 1 La paix a été troublée,
le désordre a pris racine; l'orthodoxie a été
ébranlée, et l'hérésie s'est fortifiée par l'ignorance.
Je te plains, Église d'Arménie; le magnifique
éclat de ton sanctuaire est obscurci, car tu es
privée du pasteur excellent et de son compagnon.
Je ne vois plus ton troupeau spirituel paître dam
la prairie verdoyante, le long du fleuve de la tran–
quillité ; je ne vois plus le troupeau rassemblé
dans la bergerie et protégé contre les loups ;
mais i l est dispersé dans des déserts et des préci–
pices.
'
Heureux le premier et le second changement '
Car alors l'époux était absent avec son compa–
gnon ; et toi, l'épouse, tu supportais patiemment
l'absence , conservant la pureté du mariage,
comme on l'a déjà si bien exprimé avant nous
Une autre fois, lorsqu'un audacieux libertin vint
s'imposer sur ta couche inviolée, toi, l'épouse, tu
ne Tas point souillée. Quoique la violence ait
écarté l'époux, que des enfants orgueilleux aient
méprisé leur père (a), — comme le font avec rai *
son les enfants d'un autre lit avec un père chan–
ger, un beau-père nouveau-venu ; — cependant
on ne t'a point vue abandonnée de tous, car tu
espérais le retour de ton pasteur et de son com–
pagnon. Tu n'as pas agi comme avec un beau-
frère, mais comme le père véritable de tes en–
fants , et tu ieur as prodigué tes caresses. Dans
cette troisième absence, i l n'y a plus d'espé–
rance de retour, car et lui et le compagnon de
ses labeurs et de ses fatigues ont quitté cette vie
corporelle.
(1)
Joseph fut élevé au pontificat de l'Arménie en
441 ;
mais il ne fut en réalité qu'un suppléant, car le roi de
Perse avait exigé que Ton rendit le rang suprême à Sour-
mag qui avait déjà siégé pendant un an du vivant de Sa–
hag. Seulement six ans plus tard, Joseph fut définiti–
vement installé comme patriarche. — Cf. Jean Catholicos,
Hist. d'Arm.
t
p.
49
delà trad. de Saint -Martin.
(2)
Ésaïe,
i, 2.
Fonds A.R.A.M