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MOÏSE DE
I l est préférable pour eux d'habiter dans le
Christ, de reposer dans le sein d'Abraham et
de voir les chœurs des anges. Mais toi, tues restée
sans appui dans ton veuvage, et nous, malheu–
reux, nous sommes privés de la surveillance pa–
ternelle ! Car nous ne sommes pas comme l'ancien
peuple [hébreu], puisque notre misère est plus
grande. Moïse disparait, mais Josué ne vient pas
à sa place pour nous conduire dans la terre pro–
mise ( i ) . Roboarn fut abandonné de son peuple,
et le fils de Nabat lui a succédé (a). L'homme de
Dieu n'a pas été dévoré par un lion
(3),
mais par
la consommation des temps. Elie fut enlevé, et
Elisée n'est point resté avec le double esprit (4)
pour oindre Jéhu; mais Azael a été appelé à
exterminer Israël (5). Sédécias fut emmené en
captivité, et il ne se trouve nullepart un Zorobabel
pour restaurer sa puissance
(6).
Antiochus (Iez-
dedjerd II)
(7)
nous condamne à abandonner les
lois de nos pères, et Mathathias ne s'y oppose
point; la guerre nous a environnés et Macchabée
ne nous délivre pas
(8).
Aujourd'hui la guerre
est intestine et la terreur est au dehors. L'effroi
nous vient des païens ; les combats, deshérétiques ;
et il n'est plus au milieu de nous, le conseiller qui
avertissait et préparait aux combats.
O désolation ! ô lamentable histoire ! Comment
supporter ma douleur? Comment contenir mon
esprit et ma langue et trouver quelques paroles à
dire à mes pères pour la vie et les soins qu'ils
m'ont donnés? Car ils m'ont mis au monde, ils
m'ont nourri de leur doctrine, et m'ont fait
grandir sous d'autres maîtres. Lorsqu'ils comp–
taient sur notre retour pour se glorifier de la
profondeur de mon savoir et de mes dispositions
bien coordonnées; lorsque nous, accourant de
Byzance, en grande
hâte,
nous espérions très-
certainement danser aux noces, et chanter des
épithalames ; alors, au lieu de cette allégresse, me
voici sur une tombe, gémissant, me lamentant et
pleurant. Pas même arriver à temps pour les voir
(
Sahag et Mesrob), leur fermer les yeux, entendre
leurs paroles dernières et recevoir leurs bénédic–
tions !
Mon âme est oppressée sous le poids d'un si
grand malheur, et je cours un grand danger par
(1)
Josué, t,
3 .
(2)
UI Rois,
XI I , 12, 1 4 , 1 7 .
( 3 )
I I I
Rois,
xm,
24 .
(4)
IV
Rois,
n,
9, 11.
(5)
IV
Rois,
ix,
2
;
x,
32
;
xm,
3 .
(6)
IV
Rois,
xxv,
6 ;
I ,
Esdr.
m,
2.
(7)
Cf. Lazare de Pharbe,
Hist. a"Arm.; pas sim. —
Elisée,
Hist. des Vartaniens, passim.
(8)
I
et II, Macchab.,
passim.
KHORENE.
la perte de notre père.
est cette douce tran–
quillité de son regard sur les justes, et ce terrible
coup d'œil sur les pervers? Où est ce gracieux
sourire de la lèvre
à
l'arrivée de ses chers dis–
ciples ? Où est cette vive allégresse en recevant
ses serviteurs? Où est cette espérance qui rendait
facile les longs voyages, et faisait reposer des fa–
tigues? La maison hospitalière n'est plus, et le
port a disparu; le secours manque; la voix qui
encourageait est muette.
Qui désormais appréciera votre doctrine?Qui
se réjouira de mes progrès, moi qui fus son dis–
ciple? qui parlera ce langage de la joie d'un
père, en partie surpasse par moi son
S}S?QUÂ
ré–
primera les insolences élevées contre la sainte
doctrine, de ces gens qui, en toute circonstance,
inconstants et dissipés, changent souvent de maî–
tres et de livres, comme l'a dit un ancien?Tout rai–
sonnement les irrite à un même degré; ils donnent
un mauvais exemple (?) en nous traitant avec in–
solence et mépris, comme des gens légers pour
qui la
science
ne présente rien d'utile. Qui fermera
leur bouche en les reprenant, et qui les conso–
lera par quelques louanges? Qui pourra imposer
une limite au bavardage et au silence?
En pensant à tout cela, je sens au dedans de
moi venu* les soupirs et les larmes et le désir de
pousser des cris douloureux et funèbres. Je ne
sais comment diriger mes lamentations, ou ce qui
doit plutôt me faire verser des larmes. Sera-ce mon
jeune et malheureux roi (Ardaschir) qu'ils ont.
dans leurs conseils pervers, dépouillé avec sa
race, et, qui avant la mort corporelle, subit la.
mort de l'infamie, et se vit précipiter du trône?
Oubien, pleurerai-je sur moi-même? Car elle aété
enlevée de dessus ma tête cette couronne si bril–
lante et si salutaire qui était ma gloire. Dois-je
pleurer mon père, le pontife aux sublimes pen–
sées, qui allait porter partout sa parole accomplie
avec laquelle i l gouvernait et dirigeait toute
chose ; et, tenant les rênes, i l guidait l'esprit, re–
frénait les langues discordantes? Ou bien dois-je
pleurer encore sur moi-même, qui suis privé
des faveurs de l'esprit, et qui suis abandonné à
l'aventure? Dois-je pleurer mon père, cette source
de doctrine fécondant la justice, ce torrent dé–
vastant l'impiété? Ou dois-je pleurer sur moi qui
me sèche et me flétris, dévoré que je suis par la soif
de la science ? Dois-je pleurer sur les désastres de
ma patrie et sur l'avenir [qui lui est réservé]? Qui
racontera avec nous ces malheurs en partageant
notre tristesse ?Qui nous aidera, en souffrant avec
nous, à redire nos douleurs ou à les graver sur la
pierre? Réveille-toi, Jércmie, révèille-toi ; pleure
Fonds A.R.A.M