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MOÏSE DE
CHAPITRE LXVI.
Conduitede Samuel, collègue indigne de Sahag le
Grand,
Samuel arriva et occupa le siège épiscopal; i l
adopta les habitudes de rapacité de Perkhischo,
et le surpassa même. Car, de même que ce dernier,
il extorquait les revenus des évéques morts et
même ceux des vivants. I l ne permettait pas à
Sahag le Grand de consacrer les successeurs des
morts, et, cherchant de futiles prétextes aux v i –
vants, en les accusant d'empêcher la rentrée des
impôts royaux, i l chassait et s'appropriait les
maisons de chacun d'eux. C'est pourquoi, odieux
à
tous les évéques, Samuel était très-méprisé. Bien
qu'ils eussent enduré de lui mille maux, personne
ne le voyait, excepté Sourmag dont i l augmenta
les revenus en vertu d'un ordre royal, et, ce qu'il
extorquait aux autres, i l le lui donnait. Les autres
évéques, poussés par la jalousie, en firent aussi au–
tant et demandèrent l'autorisation du roi des
Perses, avec l'assistance de chacun de leurs
princes.
Cependant Sahag le Grand ne cessait de r é –
pandre le lait spirituel sur les enfants de l'Église,
ainsi que Mesrob qu'il avait préposé aux soins
de l'Église métropolitaine de Vagharschabad ; car
pour lui il se fixa au canton de Pakrévant, à l'en–
droit où apparut une clarté lumineuse du haut du
ciel, quand saint Grégoire baptisa le roi Tiridate
et tous les Arméniens ( i ) .
Après cela, Samuel, ayant vécu cinq ans, mourut
dans notre pays. Alors tous les satrapes réunis
allèrent trouver Sahag le Grand, et, confessant
leur faute, ils le supplièrent de remonter sur son
siège. Ils promirent d'obtenir du roi des Perses
la confirmation, et, par un acte scellé d'eux tous,
de donner la même dignité à ses neveux dans
leurs descendances. Sahag refusa; mais, pressé par
leurs instantes prières, i l raconta la vision qu'il
avait eue longtemps auparavant, pendant un
songe, et qui lui avait révélé l'avenir (a). Ayant
entendu ce récit, les satrapes, voyant que, par
l'ordre divin, le pontificat sortirait de la race de
Sahag, fondirent en larmes, et se lamentèrent
selon cette parole de l'Évangile : t I I faut que le
(1)
Cet endroit s'appelle actuellement
Vtch-Kilissé
(
les trois églises, en turc). — Sur la clarté lumineuse
qui apparut au moment du baptême de Tiridate, voir le
1.1
de notre Collection, page
156
et suiv., où Agathange
a raconté ce prodige.
(2)
Cf. Lazare de Pharbe, ch.
15
et
16. —
Cf. aussi
la correspondance de Grégoire Magistros, et les méno-
loges.
KHORÈNE.
scandale arrive, mais malheur à ceux par qui ar–
rivera le scandale ( t ) ; » et ils le laissèrent tran–
quille
( 2 ) .
CHAPITRE LXVI I .
Mortde Sahag le Grandetdubienheureux
Vram I I , ayant régné en Perse vingt et un
'
ans (3), meurt en laissant le pouvoir à Iezdcdjerd
son fils
(4).
Celui-ci, méconnaissant la paix dès
qu'il fut sur le trône
(5),
fond sur l'armée grecque
qui était à Medzpin et ordonne aux forces de
l'Adherbadagan de se porter sur notre pays. Ces
troupes accoururent par bandes et campèrent
près du bourg de Pakavan.
Alors survint la maladiemortelle [qui emporta]
Sahag le Grand. Ses disciples le transportèrent
dans le village de Pelonr
(6),
comme en un en–
droit caché et à l'abri des incursions des Perses
leurs persécuteurs. Là, i l mourut après cinquante
et un ans de son pontificat, qui avait commencé la
troisième année du règne deChosroes, dernier roi
d'Arménie, [et avait duré] jusqu'au commence–
ment de la deuxième année de Iezdedjerd, roi de
Perse, à la fin du mois de navassart, le jour an–
niversaire de sa naissance. Né mortel, i l laissa une
mémoire immortelle. I l honora l'image [divine],
adora celui qui l'avait invité [au banquet évan-
gélique?], et ne fit que changer de vie. Sa conduite
fut toujours la même, de sorte qu'on n'y trouva au–
cune tache causée ou par la vieillesse ou par la
maladie. I l nous faudrait, en termes magnifiques
et sublimes, célébrer les louanges de ce père ; mais,
de peur que la longueur de notre discours ne fa–
tigue le lecteur, nous nous réserverons de le
faire dans une autre occasion et dans un autre
temps ; car nous nous sommes proposé dès le com–
mencement de traiter ce sujet
(7).
Quant au corps vénérable de Sahag, le chef de
ses diacres, Jérémie, avec ses condisciples et la
princesse des Mamigoniens sa nièce, appelée Tes-
drig, épouse du commandant Vartan, allèrent le
(1)
Matthieu, xviu,
7.
(2)
Cf. Lazare de Pharbe, c.
15, 16.
(3)
BahramV régna seulement vingt ans, selon Agathias,
1.
iv, p.
137.
(4)
Iezdedjerd I I .
(5)
Cf. Théodoret,
1.
v, c.
37.
(6)
Ce village était situé dans le canton de Pakré–
vant.
(7)
Ce passage est assez obscur; peut-être l'auteur
fait-il allusion ici à ce qu'il se proposait de traiter dans
le quatrième livre de son Histoire, mentionné par Tho–
mas Ardzrouni, et dont i l ne nous est parvenu qu'un
fragment très-court.
Fonds A.R.A.M