HISTOIRE! D'ARMÉNIE»
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d'avoir [Sahag] dans la partie du pays (fui lui ap–
partient, i l le donne à la partie de l'Arménie
dépendant desGrecs. La majorité des cvêques avec
le bienheureux Mesrob et tout le clergé envoyè–
rent, avec une supplique, le prêtre Diroug, fils de
Movsisig, de Zarischad [dans le canton] de Vanant.
Vrain consentit et donna satisfaction aux deux
partis, en nommant à la dignité pontificale, un
autre Syrien appelé Samuel (Schmouel) ( i ) , qui,
par son rang et sa dignité, sera le rival de Sahag
le Grand. 11 lui ordonne d'assister le marzban,
de veiller à la répartition des impôts fixés, aux
jugements et aux autres affaires temporelles.
Quant à Sahag le Grand, le r o i , en le renvoyant,
lui laisse quelques villages de sa maison pour s'y
fixer, avec le seul pouvoir d'enseigner la religion
et de consacrer les ecclésiastiques que Samuel lui
désignera.
Cependant, avant de le laisser partir, Vram fait
venir Sahag en sa présence, au milieu d'une
nombreuse assistance, et lui dit : « Je veux que tu
jures par ta foi de demeurer fidèle à notre ser–
vice, de ne point méditer de projets séditieux, de
ne pas t'associer à la fausse communion de la foi
des Grecs, pour ne point nous fournir l'occasion
de ruiner l'Arménie et de faire changer notre nom
bienfaisant en un nom exterminateur. » Alors
Sahag le Grand, debout, le visage calme et plein
de sérénité comme i l convient à ce genre de dis–
cours faits en public, le regard modeste et d'une
voix plus modeste encore, se mit à énumérer ses
services, l'ingratitude de ses ouailles, leur repro–
chant la douceur hypocrite de leurs paroles, l'a–
mertume de leurs pensées et la perfidie de
I C U J S
actions. En outre, il combat les paroles blasphé–
matoires proférées par Vrain qui dit que la com–
munion de la même foi est une fausseté ; il montre
le néant de leur culte et termine par une admi–
rable démonstration de la vraie foi, autant
qu'il pouvait le faire pour des oreilles païennes.
I l ne jette pas toute la splendeur de ses paroles,
comme une perle aux pieds des pourceaux; mais
telle est la foudre de son discours qu'il réduit en
poussière la langue des mages. Le roi lui-même
stupéfait est frappé d'effroi, et toute la multitude
de l'assemblée des Perses l'écoutait debout sur
la pointe des pieds. Enfin Vram fit donner à Sahag
une grande somme d'argent pour prix de
son
éloquence et du courage [qu'il avait montré] en
parlant si franchement en présence d'un si grand
roi.
Toutefois Sahag refuse le présent et dit à son
parent Sourèn Bahlav : « Qu'il garde son argent,
et engage-le seulement àm'accorder deux choses :
(
pie le rang des satrapes d'Arménie, tel qu'il fut
réglé par Ardaschir (i) et tel qu'il s'est maintenu
jusqu'à ce jour, soit réglé par lui de la même ma–
nière, pour que les marzban perses ne puissent
faire que des rapports sincères et ne rien changer
selon leur caprice; ensuite que Vram restitue les
biens de mon parent, qui est aussi le tien, le jeune
Kazavon, fils de Hrahad. Car, s'il ne l'a pas replacé
dans son rang par haine du nom arsacide, au
moins qu'il le mette dans sa caste, qu'il le
compte au nombre des satrapes dans quelle place
i l voudra, — comme-il l'a fait pour la race des
Gamsarian ou celle des Amadouni, déchues de la
gloire de leurs pères et précipitées des hautes ré–
gions de leur dignité; — ou bien qu'il confie
l'administration royale du pays à Kazavon et à
ses fils, avec une égale confiance, jusqu'à ce que
Dieu, devenu favorable, daigne lui rendre le rang
de ses pères par l'entremise d'un roi quelconque.
Efforce-toi donc de décider Vram, à la manière
d'un habile enchanteur. »
Vram consent et ordonne qu'on satisfasse sans
retard aux demandes de Sahag; puis il rétablit
son neveu, le commandant Vartan, dans les pos–
sessions de la race mamigonienne et le renvoie
en Arménie (a).
Mais, si quelques-uns disent qu'il nous fallait
rappeler tout ce qu'a dit Sahag le Grand dans le
discours qu'il prononça devant l'assemblée des
Perses, qu'ils sachent que personne n'est venu
rapporter à nos oreilles ce discours tout en–
tier avec exactitude ; que dès lors nous ne pou–
vons consentir à le reproduire dans cette histoire.
Car je suis vieux et malade, toujours occupé à
traduire; j'ai pris soin de me presser, sans penser
à châtier mon style, afin que ton désir soit sa–
tisfait et que je puisse accomplir la tâche que tes
instances et tes prières m'ont imposée. Je crois
que tu es un homme égal à nous pour les souf–
frances ordinaires et non pas, comme disent les
poètes, que les princes sont des proches parents
de la race et du sang des dieux*
(1)
Il s'agit ici d'Ardaschir I I , roi de Perse, dont il a
été question plus haut, c. 51.
(2)
Cf. Lazare de Pharbe, c.
14-15.
(1)
Samuel gouverna le siège patriarcal de l'an 432 à
439.
Fonds A.R.A.M