teux, pour accuser leur roi Ardaschir et Sahag le
Grand de pencher du côté des Grecs ( i ).
CHAPITRE
LXIV.
Destruction volontaire du royaume a"Arménie. —
Avilissement du siège patriarcal.
Alors Vram, roi des Perses, manda à la Porte le
roi d'Arménie Ardaschir et Sahag le Grand. Les
satrapes forcèrent ce dernier à accuser Ardas–
chir ; mais i l refusa de parler en bien ou en mal.
Vram ordonne au général des Arik, appelé Sourèn
Bahlav, de gagner Sahag, son parent, par des pa–
roles d'amitié. Sourèn, usant de tous les moyens
d'exhortation, dit : « Tu es mon propre sang,
mon frère, et je te veux du bien. Si tu veux te
réunir avec les satrapes, tu seras comblé d'hon–
neurs par le roi des Perses, qui établira ton neveu
Vartan chef des Arméniens, avec un rang égal au
rang et à la dignité d'un roi. » Mais Sahag refusa,
disant : « Comment, pour une vaine gloire et
par amour de la puissance, dire du mal de mon
compagnon ? Et que signifie cette proposition de
renverser Ardaschir? Je ne découvre chez lui
aucun désir de se révolter. Si c'est à cause de sa
conduite dissolue qu'on l'accuse, il mérite au
contraire d'être considéré chez vous selon vos
lois impures, quoique notre loi le condamne.
Mais ne comptez plus entendre de moi une seule
parole. »
Cependant Vram, très-irrité, faisant examiner
l'affaire dans le grand tribunal, et sans prêter l'o–
reille aux paroles d'Ardaschir, écoutait avec
complaisance ses délateurs, et principalement les
paroles insolentes de Sourmag, auquel les satrapes,
dans leur haine violente, avaient promis le siège
pontifical. Aussi Sourmag, dans son propre in–
térêt , fit de sa langue une épée meurtrière. Alors
Vram enlève sa couronne à Ardaschir, l'empri–
sonne dans ses propres Etats et confisque tous les
domaines de sa race. Puis voici comment il traita
Sahag le Grand ; il affecta la maison du patriar–
cat au domaine royal et installa à sa place Sour–
mag sur le siège pontifical d'Arménie (a). I l
combla de richesses les satrapes et les renvoya
accompagnés d'un marzban (3) persan nommé
province de Douroupéran.—Saint-Martin,
Mém. surVAr–
ménie,
1.1,
p. 100-104.
(1)
Lazare de Pharbe, c. 13, 14.
(2)
Sourmag occupa le siège patriarcal, comme intrus,
de l'an 428 à l'an 429.
(3)
Les
marzban
étaient des « gardiens des fron-
«
tières auxquels les rois de Perse confièrent le gouver-
Veh-Mihr-Schabouh (i). Cependant Sourmag
n'occupa pas le siège pins d'un an, et il en fut
chassé par les satrapes eux-mêmes. Ensuite il
obtint du roi de Perse, pour lui et sa race, l'é-
vêché de son canton de Peznouni. Nos satrapes
demandèrent alors à Vram un antre pasteur, et il
leur donna un Syrien du nom de Perkhischo (a).
Arrivé avec ses compagnons de débauche et avec
des femmes, pour tenir sa maison (3), Perkhischo,
par des dépenses superflues et immodérées, en
extorquant les
diocèses des
[
évéques] qui mou–
raient , se maintint durant trois ans. Les satrapes,
ne pouvant plus le tolérer, supplièrent de nouveau
Vram de le changer et de leur donner un autre
pontife de leur religion. L a moitié des satrapes
redemande alors Sahag le Grand (4).
CHAPITRE L X V .
Déoart de la Perse de Sahag le Grand, avec so
assesseur Samuel.
Les satrapes arméniens, comme il est dit,
étaient divisés en deux partis. Des deux côtés
o i
envoya demander au roi de Perse un pasteur ;
Vatché, seigneur des Ardzrouni, et Hémaîak, sei–
gneurd'Aschotz
(5),
[
furent chargés de demander,
telle personne qui conviendrait au roi ; d'antre
part, Manèdj, seigneur des Abahouni, et Sbanta–
rad, seigneur des Ardzrouni, réclamèrent Sahag le
Grand. Le général des Grecs, Anatole, lui aussi,
envoie de Garin, Havoug de Gougaïaridj
(6),
{
pour dire au roi] que, s'il ne lui est pas agréable
nement de l'Arménie, lorsque la dignité royale eut été
abolie, après le renversement d'Ardaschir.
(1)
Ce personnage fut le premier marzban d'Arménie.
Il appartenait à la famille perse des
Mihr
ou
Mihran,
Mippâu-o; ( Th. Simocatta, m, 18), l'une des branches
des Arsacides, qui a donné plusieurs fonctionnaires cé–
lèbres à la cour des Sassanides (Patkanian,
Essai d'une
hist. des Sassanides,
p. 31 de la trad. franc.). — Le
mot
Veh
«
glorieux » précédait le nom detousles per–
sonnages illustres par leur race ou leur antiquité; c'est
un mot pehlvi dérivé du zend,
Vengh.
(2)
Perkhischo, appelé aussi Bérékhischoî ou Abdischoï,
administra le siège de 429 à 432.
(3)
Lazare de Pharbe (c. 15 ) assure que les prêtres
syriens avaient des concubines.
(4)
Cf. Lazare de Pharbe, c. 14.
(5)
Le pays d'Aschotz, au nord de la province d'Ararat,
fait partie de la Géorgie et s'appelle actuellement le
Somkheth. — Indjidji,
Arm. anc,
p. 452. — Brossel,
Géographie de Wakhoucht,
p. 141.
(
c) Cette localité n'est mentionnée dans aucun géo–
graphe arménien, et Indjidji ne la donne pas dans son
Arménie ancienne.
Peut-être est-ce un mot altéré par
les copistes.
Fonds A.R.A.M