HISTOIRE
encore toutes les denrées, et qui par ses canaux
est l'arbitre et le dispensateur de la chaleur et de
l'humidité pour la culture de la'terre. Tout ce
que le sol ne peut produire, lefleuvele fournit
en abondance ; i l fait du pays une île fertile, car
il environne la terre de ses eaux qui s'écoulent
par les branches de douze canaux. -Là est cons–
truite avec un art admirable la grande ville d'A–
lexandrie, dans un climat excellent, entre la mer
et un lac artificiel. Ce qui cause la douce tempé–
rature de l'air, c'est que des bouches du lac qui
se dirigent dans la mer et de celles qui viennent de
lamer, qui est proche, s'échappe un souffle presque
continuel, qui est léger lorsqu'il est apporté par la
mer, et épais lorsqu'il vient du lac. Ces souffles,
qui se confondent, raffermissent et consolident la
vie.
Aujourd'hui le premier du pays n'est plus ce
Pluton aux cinq têtes qui enveloppait l'immensité
du monde ( i ) , c'est Marc proclamant l'Évan–
gile. On ne voit plus les tombeaux des descendants
du dragon, mais les églises des saints martyrs res–
plendissent. On ne célèbre plus le
25
e
jour du
mois de TuSrj (doupi), cette fête insensée où l'on
couronnait des bêtes de somme, où Ton adorait
des serpents et où l'on distribuait des épis de
blé (?)
(2)
;
mais le
1
i
e
jour de ce même mois de
TU
êr,, on célèbre la fête de l'Epiphanie, où on
loue les victorieux athlètes de la foi et où on
accorde l'hospitalité aux étrangers et des aumônes
aux pauvres. On ne sacrifie plus à l'infâme démon
Sérapis, mais on offre en sacrifice le sang du
Christ. On n'interroge plus les oracles de Protée
le chef des enfers ; on apprend toute la sagesse
d'un nouveau Platon
(3),
je veux dire de ce doc–
teur dont je ne me suis pas trouvé digne d'être
le disciple; mais je me suis, par des exercices
multipliés, approprié la science et je l'ai cul–
tivée.
En naviguant du côté de la Grèce, nous avons
été poussé par des vents contraires en Italie. Là,
nous avons salué la terre où reposent les saints
Pierre et Paul, sans trop nous arrêter dans la
ville des Romains, et, gagnant la Grèce pour venir
en Attique, nous sommes resté un temps assez
court à Athènes. A la fin de l'hiver, nous nous
(1)
Ce passage est une réminiscence du ch.
30
de !
Vffist. d'Alexandre
du Pseudo-Callisthène, que les
Arméniens, et probablement Moïse de Khorène, avaient
traduite au cinquième siècle sur le texte grec. (Cf.
Pseudo-Callisth., éd. Ch. Millier, p.
31.)
(2)
Moïse se sert ici dumot
athéra
qui est la trans–
cription du grec àôr,p « épi. »
(3)
Moïse veut sans doute désigner ici saint Cyrille,
évêque d'Alexandrie.
D'ARMÉNIE.
m
sommes dirigé vers Byzance, désireux de rentrei
dans notre patrie.
CHAPITRE LXI I I .
Déplorable coalition des Arméniens, méditant
leur propreperte.
Le roi d'Arménie Ardaschir se plongea éper
dûment dans le gouffre des voluptés, et tous les
satrapes s'éloignèrent de lui. Ils vinrent trouver
Sahag le Grand et se plaignirent à lui, en le sup–
pliant, de venir à leur secours, de dénoncer Ar–
daschir auprès du roi des Perses, pour qu'il dé–
trônât leur roi et qu'il mit un Perse à la tête de
leur pays. Mais Sahag dit : « Je sais que vous
n'êtes pas des fourbes, car j ' ai entendu parler
des incroyables folies d'Ardaschir, et plusieurs fois
je l'ai réprimandé et i l a abjuré ses torts. Or i l
faut encore supporter avec patience les défauts
du roi, jusqu'à ce que nous puissions arranger
cette affaire avec l'empereur des Grecs, Théodose,
pour ne pas exposer Ardaschir à la risée et aux
moqueries des infidèles. »
Les satrapes n'acceptaient point [ce délai] et ils
tentaient d'amener Sahag à partager leur avis ;
mais il répondit : « Dieu me garde de livrer à des
loups ma brebis égarée , de ne point la soigner
lorsqu'elle est blessée ou malade, et de la préci–
piter dans l'abîme. S'il fallait traiter avec un roi
de notre foi, je le ferais sans hésiter, dans l'espé–
rance de relever le malheureux ; mais, avec des
païens, j'aggraverais sa ruine et je refuse, car i l
est dit : « Ne livre pas aux bêtes celui qui te con–
fesse
(1).
»
Bien qu'Ardaschir soit adonné à tous
les vices, il a été marqué du sceau du baptême;
il est débauché, mais c'est un chrétien. Son corps
est souillé, mais son âme a gardé sa foi ; i l est dis–
solu, mais il n'est pas un adorateur du feu. I l est
sans défense devant les femmes, mais i l n'est pas
l'esclave des éléments. Et comment pourrait-il me
venir à l'esprit de changer ma brebis souffrante
contre une bête vigoureuse , dont la santé même
serait unfléaupournous? »
Les satrapes, réfléchissant que ces paroles ca–
chent peut-être une ruse pour les arrêter, et
donner au roi le temps d'être averti, dirent tous :
«
Puisque tu n'as pas voulu, d'accord avec nous,
lui ôter la couronne, nous ne voulons plus de
toi pour notre pontife. » Tous alors, ligués en–
semble , se rendirent auprès du roi des Perses,
Vram, avec Sourmag d'Ardzgué
(2),
prêtre vani-
(1)
Psalm.
LXXn i , 19.
(2)
Cette ville était située dans le canton de Peznouni,
Fonds A.R.A.M