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MOÏSE DE KHORÈNE.
rent spontanément à Byzance. Puis arrivèrent
également Jean et Àrtzan envoyés aussi par Sahag
le Grand et Mesrob. Comme ils voyageaient dou–
cement, ils s'arrêtèrent pour se reposera Césarée.
Tous avaient reçu un accueil empressé de Maxi-
mien, évêque de Byzance
(
i ) .
CHAPITRE LXI .
Du concile tenu à Éphèse à l'occasion dé l'impie
Nestorius.
Vers le même temps, l'impie Nestorius, indi–
gnement assis sur le siège épiscopal de Byzance,
et suivant les enseignements des Juifs, blasphé–
mait que la très-sainte Vierge était mère d'un
homme et non de Dieu. Car l'enfant né de la
Vierge ayant eu un commencement, était, disait-
il, unfilsde Marie créé par la grâce et différent de
l'autre fils né dn père et préexistant ; de cette ma–
nière i l y avait deux fils, et la Trinité devenait
Quatrinité. C'est pourquoi, en vue d'examiner
la Sainte-Écriture
( 2 ) ,
se réunirent en Asie, à
Éphèse, ville maritime
(3),
les saints Pères, Célestin
de Rome (4), Cyrille d'Alexandrie, Juvénal de
Jérusalem, Jean d'Antioche, Memnon d'Éphèse,
Paul d'Émèse, Théodote d'Ancyre, et beaucoup
d'autres au nombre de deux cents. Ils anathémati-
sèrent Nestorius, confessèrent que Notre-Seigneur
Jésus-Christ était le Fils unique de Dieu, et que
la très-sainte Vierge Marie était la mère de Dieu.
Sahag le Grand et Mesrob n'assistèrent pas au
concile ; mais Cyrille d'Alexandrie, Proclus de
Constantinople
(5)
et Acacius de Mélitène, leur
écrivirent pour les avertir que quelques disciples
des hérétiques, emportant les écrits de Théodore
de Mopsueste, maître de Nestorius et disciple de
Diodore [de Tarse], s'étaient rendus en Ar–
ménie. Puis nos traducteurs, dont nous avons
déjà donné les noms, vinrent trouver Sahag le
(1)
Sisinnius, successeur d'Atticus, en 426, et prédéces-
ceur de Nestorius et de Maximien, fit aussi un accueil
empressé aux envoyés de Sahag et de Mesrob. Mais
Moïse ne parle que de Maximien, sans qu'on s'explique
la cause du silence qu'il a gardé envers Sisinnius. Ma–
ximien avait remplacé Nestorius, déposé en 431 au con–
cile d'Éphèse.
(2)
Cette phrase offre une véritable difficulté : les mots
kravoragan verdzanouthiamp
signifient à proprement
parler « avec une lecture littérale ».
(3)
Le concile d'Éphèse se tint en 431. —Cf. Socrate,
1.
vir, c. 31. — Evagrius, 1.1, c. 2. — Fleury,
Hist. eccl.,
1.
xxv, art. 1 et suiv.
(4)
Le pape Célestin était représenté au concile par
ses légats.
(5)
La lettre de Proclus se trouve en grec, dans la
Collection des conciles
de Mansi, t. v, p. 422.
Grand et Mesrob à Aschdischad de Daron, et leur
remirent les lettres et les canons dn concile d'É–
phèse, contenus en six chapitres; enfin des copies
authentiques des Livres-Saints.
Sahag leGrand et Mesrob, ayant reçu ces livres,
traduisirent de nouveau ceux qui avaient été déjà*
traduits [du syriaque], et ils formèrentpromp-
tement avec leurs disciples une composition toute
nouvelle
( 1 )
;
mais, comme ces traducteurs igno–
raient notre méthode, leur travail fut trouvé dé–
fectueux en beaucoup de points. C'est pourquoi
Sahag le Grand et Mesrob nous envoyèrent à
Alexandrie, pour étudier la langue savanteet nous
initier à la science philologique.
CHAPITRE LXI I .
Des docteurs. — De routeur et de son voyage
(
Tinstruction, avec une comparaison tirée
système céleste.
Les philosophes et les observateurs, dans leurs
infatigables recherches touchant les sciences ma–
thématiques , disent que les astres reçoivent leur
éclat de la lune et que la lune emprunte sa la–
inière au soleil, et que le soleil lui-même [tire
son éclat] du ciel lumineux ; que la lumière de
l'éther se partage en deux zones, dont chacune,
par le moyen du soleil, se tempère ou se propage
selon le lieu, le degré et le temps. De même, nous
aussi, illuminés par l'effusion continuelle des
rayons invisibles de nos pères spirituels, en par–
courant les régions du midi, nous sommes par–
venus à la ville d'Édesse ; en naviguant légèrement
sur les abîmes des archives, nous sommes arrivés
aux lieux saints pour adorer et nous raffermir dans
les doctrines de la Palestine.
Puis, avec la même rapidité, nous, sommes
entrés en Egypte, dans ce pays si fameux, exempt
des excès du froid et de la chaleur, garanti contre
les inondations et la sécheresse, situé dans la plus
belle partie de la terre, produisant en abondance
toutes sortes de fruits, et auquel le Nil sert de mu–
railles non construites de main d'homme ; le Nil
qui non-seulement la protège, mais lui fournit
(1)
La nouvelle traduction de la Bible, en arménien,
fut faite sur la version grecque des Septante et adop–
tée par les Pères du concile national d'Aschdischad
en
434.
C'est cette version arménienne que nous possé–
dons actuellement, qui est appelée la
reine des versions,
parce que les traducteurs n'ont pas même interverti
l'ordre relatif des mots, si bien qu'à la place d'une ex–
pression grecque, ils ont mis le mot arménien corres–
pondant. Cette traduction est donc la reproduction fidèle
d'un manuscrit grec de la version des Septante, datant
de la première moitié du cinquième siècle.
Fonds A.R.A.M