HISTOIRE D'ARMÉNIE.
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tagne. I l lit la même chose sur le côté de la plaine
qui regarde le nord ; et du côté de l'est, ainsi que
du côté de l'ouest, il construisit des tours de forme
-
circulaire. An milieu de la ville, sur une éraî-
nence, il bâtit de nombreux magasins, et il ap–
pela cet endroit Augustéum, en l'honneur â*Au–
guste. U amena les eaux sur différents points., par
des canaux souterrains. I l remplit d'armes et de
troupes la ville, afin de la défendre et il lui donna
le nom de Théodosiopolis, afin que le nom de
la ville immortalisât celui de Théodose. Enfin
Anatole éleva des édifices en pierre de taille sur
les sources thermales (i).
»
CHAPITRE L X .
<
Mesrob évangêlise de nouveau lepays. — Voyage
des traducteurs à Byzance.
Mesrob, fixé dans le désert et dans des lieux
inhabités et boisés, appelés Schaghkomkh, com–
plète l'instruction des
masses
;
car ce n'était pas
un art qu'il enseignait, mais c'était un souffle
qu'il donnait à ses disciples, à la manière des
apôtres. Puis, laissant comme directeurs quelques-
uns de ses disciples, Léon et Enoch à Sber, à
Terdchan leur évéque Knit, Tanan à Egéghiatz,
Mesrob s'en alla en Ararat, en passant par le
canton de Koghtèn, son premier séjour.
Là une racine amère de la secte païenne
s'était propagée depuis l'époque de l'anarchie,
Cette description est tout à fait conforme à l'état
actuel de la ville et diffère de celle que nous a transmise
Procopc
{
de Mdif.,
m, 5) qui attribue la construction
d'une partie des édifices aux empereurs Anastase et Jus-
tinien, qui ne firent vraisemblablement que les res–
taurer. Les Arméniens donnent à celte ville le nom de
'
Garin, quelquefois aussi ils la nomment Théodosiopolis ;
les Turcs l'appellent Erzeroum ou Arzroum « citadelle
grecque » pa)*ce qu'elle confine avec rAsie-Mineure. Toute–
fois cette étymologie parait douteuse, et Saint-Martin,
dans les notes qu'il a jointes à son édition de l'Histoire
du Bas-Empire de Lebeau (t. v, p. 448 ), suppose avec
beaucohp de vraisemblance que le nom d'Erzerouir.
vient d'Arzen ou Artzé, nom d'un bourg des environs
qne l'on avait donné au onzième siècle à la ville de Théo–
dosiopolis, et auquel on avait ajouté l'épithète de
Er-
roum
(
Arzen-erroum ; Ardzen des Grecs) pour le distin–
guer d'une localité située au sud de l'Arménie près des
rives du Tigre. Les sources d'eau thermale portent ac–
tuellement le nom
A'Iligé.
La construction d'Erzeroum
aurait été confiée, dit leMénologe arménien (19 février),
à notre auteur qui était à ce qu'il paraît surintendant
des édifices publics ; mais, comme cette assertion ne se
trouve nulle part ailleurs, on est en droit de révoquer le
fait en doute, car, en rapprochant la date de la construc–
tion de cette ville de Page de Moïse de Khorène à l'é–
poque où elle fut fondée, on trouve que notre auteur
aurait été âgé à peine de dix ans.
et elle s'était manifestée et étendue de nouveau»
Le bienheureux l'ayant complètement extirpée,
avec l'aide de Kid digne fils de Schapith prince
du canton, apprend que les instigateurs de ces
faux docteurs sont, dans les contrées de Paghas-
sagan (i) ; i l vient sur les lieux, en ramène plu–
sieurs à la saine croyance et chasse les plus obs–
tinés qui restent dans le pays des Huns. Mesrob,
confiant l'instruction de cette contrée à Févêque
appelé Mousché, retourne au vallon de Kart-
man, où il a appris que se trouvent encore des
sectaires. Mesrob les découvre, les amène à la
connaissance de la vérité, et
convertit
également
le prince de Kartman appelé Khours. Le ptes-
chkh des Koukaratzi, Aschouscha ( 2 ) , invita aussi
Mesrob à venir au canton de Daschir, dans ses
domaines, dans le même but. Arrivé dans ce
pays, Mesrob instruit les habitants qui se mon–
trèrent plus disposés et plus fermes dans la doc–
trine que tous ses autres disciples. En ce temps-
là, Artzil était roi des Ibères.
Puis Mesrob et Sahag le Grand, ayant rappelé
les mêmes disciples, Joseph (3) et son compagnon
du village de Goghp, appelé Eznig (4), ils les en–
voient de la Mésopotamie dans la ville d'Edesse,
pour rapporter promptement des traductions en
notre langue de tous les livres qu'ils pourraient
trouver des premiers saints Pères, afin qu'après
cela ils les fassent partir pour Byzance, en vue de
s'occuper du même travail. Ceux-ci, d'après des
lettres mensongères de quelques fourbes, qui leur
disent que Sahag le Grand et Mesrob sont disposés
à envoyer d'autres disciples à Byzance, s'y ren–
dent sans retard et sans en avoir reçu l'ordre de
leurs docteurs, car ils étaient avides de la saine
doctrine. Devenus habiles dans les lettres grec–
ques, ils s'adonnèrent à traduire et à écrire. Mais,
poussés par l'envie, leurs compagnons et leurs
condisciples, appelés Léon et Gorioun, se rendi-
(1)
On n'est pas d'accord sur ce point, à savoir si
Paghassagan se trouvait dans la province de Siounie, ou
dans le pays des Aghouank.
(2)
Ce dynaste est connu par un monument fort cu–
rieux conservé au cabinet des médailles de la Biblio–
thèque impériale de Paris. Son buste de profil est gravé
en creux sur un onyx, et autour on lit cette légende -.
Ovffaç 7tY)Tiaijy]ç lê/ipwv KapxvjScov. Le mot Ouaaç n'est
autre chose que le nom d'Aschouscha rendu mécon–
naissable par l'artiste chargé de la gravure de la pierre.
—
Cf. Visconti,
Iconogr. grecque,
t. II, p. 269 et suiv.,
pl. 45, n° 10. — Ma
Numismatique de la Géorgie
(
l
r e
édit. 1852), p. 7-8. — Dumersan,
Hist. du cab. des mé–
dailles,
p. 90, n° 425.
(3)
Joseph était de Baghin, canton, de la Quatrième-
Arménie, non loin de la Sophène.
(4)
Cf. plus haut, p. 12.
Fonds A.R.A.M