voyé, nous l'avons ordonné prédicateur ( egghé-
siastikos) ( i ) . »
CHAPITRE LVI I I .
Instruction répandue dans la partie occidentale
de notrepays. —Tranquillitégénérale. —Règne
d'Ardaschir.
A leur arrivée, Mesrob et le commandant
Vartan trouvèrent le général Anatole parvenu
aux frontières de notre pays. Anatole, ayant reçu
l'ordre royal, mena
à
bonne fin les affaires, avec
encore plus de zèle et de bonne volonté. Les
princes, [les procurateurs
( 2 ) ] ,
les grands et tous les
notables du pays se réunirent avec toute la classe
sacerdotale, de bon gré, comme s'ils étaient con–
voqués par la voix de Dieu. Alors, se mettant
immédiatement à enseigner cette multitude, les
docteurs instruisirent en peu de temps la contrée
d'Occident, comme ils l'avaient fait déjà pour
celle d'Orient.
Des messagers envoyés alors au nom de beau–
coup de satrapes, près de Sahag le Grand, le sol–
licitaient de venir au milieu d'eux, et de les réu–
nir tous en corps de confédération. Car le roi des
Perses, Vram , savait bien que sans les satrapes
d'Arménie, i l ne pouvait pas posséder le pays, et
il engagea des pourparlers avec Sempad com–
mandant de la cavalerie, pour aviser
à
un accom–
modement. C'est pourquoi Sahag laisse Mesrob
pour instruire les contrées occidentales, et lui
confie ses neveux Hemaïag et Hamazasbian, fils
du commandant Vartan. I l ordonne de bien exa–
miner la secte criminelle des Borborides, et s i , ni
par la douceur, ni par la rigueur, ils n'abandon–
nent pas leurs erreurs. d'employer les supplices,
afin que des offenses vengent des offenses, et
qu'une mort justement infligée au corps stigma–
tise la mort injuste des âmes. Ensuite Sahag se
rend dans la province d'Ararat, convoque toutes
les races satrapales, et envoie le commandant de
la cavalerie Sempad et le général Vartan, son petit-
fils,
à
la cour du roi des Perses (3).
Ce prince, ayant conclu la paix, signe un édit
revêtu de son sceau qui accorde l'amnistie, et,
à
la demande des satrapes, i l institue comme roi
Ardaschès, fils de Vramschapouh, dont il change
est la transcription du mot pop66peoç « boue, fange »,
—
Cf. plus haut, p. 158, et la note 6. — Moïse de Kho–
rène avait déjà fait allusion à cette secte dans le ch. 47
de ce livre.
(1)
Cf. plus haut, p. 11, et la note 5.
(2)
Ce mot existe seulement dans deuxmss.
(
a) Cf. Lazare de Pharbe, c. 8.
le nom en l'appelant Ardaschir, et il lui confie le
pays d'Arménie, sans y envoyer un préfet perse.
Ardaschir régna six ans
( 1 ) .
CHAPITRE LIX.
Construction de la ville de Garin, appelée Théo
dosiopolis.
Le général Anatole, ayant reçu l'ordre impé–
rial , vient dans notre pays; i l traverse beaucoup
de nos provinces et veut construire dans le can–
ton de Garin (a), comme étant le centre du pays,
une ville sur un terrain productif, fertile et
riche en eaux. Comme centre du pays, ce lieu n'est
pas très-éloigné de l'endroit où jaillissent les
sources d'une partie de l'Euphrate
(3),
qui dans
leur cours paisible se grossissent comme un vaste
marais ou une mer
(4).
11
y avait une grande
quantité de poissons et une grande variété d'oi–
seaux , et les habitants se nourrissaient exclusive–
ment de leurs œufs. Sur les bords de ce marais,
on trouve quantité de joncs et de roseaux* Les
plaines produisent des herbes et des fruits
à
se–
mence. Les montagnes sont remplies d'animaux
au pied fourchu et ruminants. Les troupeaux se
multiplient, sont de grande espèce et très-forts,
et s'engraissent merveilleusement.
Au pied de cette agréable montagne (5), on
trouve quantité de sources limpides. C'est cet
endroit qu'Anatole choisit pour fonder la ville;
il l'entoura d'un large fossé., jeta les fondations
des murailles à une grande profondeur, et il éleva
sur les remparts des tours hautes et formidables,
dont la première fut nommée Théodosie, en
l'honneur de Théodose. Plus loin il construisit
d'autres tours pointues en forme de proues de
navires et creusa des passages en face de la mon-
(1)
Ardaschir monta sur le trône d'Arménie en 422,
par l'ordre de Bahram V roi de Perse. Il rat renversé
par ce prince en 428. Ardaschir perte, dans les listes-
royales d'Arménie, le nom d'Ardaschès IV.
(2)
Ce canton était situé dans la Haute-Arménie ;
Pline (liv. v, c. 24) l'appelle
CaranUis.
—
Cf. Procope,
Bell, pers.,
1.1,
ch. 10. — Indjidji,
Arm. anc.
p. 27.
—
Saint-Martin;
Mcm. sur l'Arm.,
1.1,
p. 27, 43.
(3)
Ces sources proviennent de la montagne appelée
en turc
Bin-gueul,
ou les « mille sources, les mille
lacs ».
(4)
Lazare de Pharbe (p. 259) nomme cet amas d'eau
«
mer de Garin ». Cèmarais est appelé en turc
Sazlik
«
marais ou endroit des roseaux ». — Cf. Saint-Martin.
Mém. sur l'Arm.
y
t. I , p. 64.
(5)
Cest la montagne appelée
Sourp-Khatch
«
la
Sainte-Croix » par les Arméniens, et
Top-dagh
«
mon–
tagne du canon » par les Turcs.
Fonds A.R.A.M