HISTOIRE D'ARMÉNIE.
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Sahag écrit la lettre suivante à l'évêquc de la
ville impériale :
Lettre de Sahag à Atticus.
«
Sahag, évêque des Arméniens,
à
notre doc–
teur Atticus, évêque delà Porte très-fréquentée;
salut et bénédiction!
«
Espérant en ta sainteté, j'ai envoyé le doc–
teur de notre pays, Mesrob, et mon neveu Vartan,
afin que tu apprennes d'eux nos infortunes, que
tu intercèdes auprès du grand empereur et que tu
nous sauves véritablement comme un frère bien-
aimé. Sois en santé. »
Sahag écrit également au général Anatole cette
lettre:
Lettre de Sahag à Anatole
(
i ) .
« '
Sahag, évêque des Arméniens, au brave gé–
néral Anatole, salut !
«
Je rends grâces
à
Dieu de ce qu'il t'a donné
à
nous pour être notre refuge. Aussi je te fais savoir
que, cherchant quelque expédient dans notre dé–
tresse, j'ai envoyé notre docteur Mesrob et mon
neveu Vartan
à
la Porte impériale, et je prie ta
bravoure de faciliter leur voyage. Sois en santé! »
En voyant cette lettre, Anatole, qui se rappelait
la réputation bien connue de Mesrob, fit aux en–
voyés un très-bon accueil. Ayant informé l'em–
pereur [de leur venue] par un messager et une
lettre, il en reçut l'ordre de les envoyer sans re–
tard et avec de grands honneurs. Puis, gardant
à
Mélitène les nombreux disciples que Mesrob
avait emmenés avec Léon leur chef, Anatole les
laisse auprès de l'évêque Acacius. Ensuite, ayant
prisMesrob et Vartan, il les confie
à
Knith évêque
de Terdchan
( 2 ) ,
et les reconduit avec de grands
honneurs. Mesrob et Vartan, entrèrent
à
Byzance
et furent présentés de suite au grand empereur,
dont ils obtinrent beaucoup plus qu'ils n'espé–
raient. Enfin ils s'en retournèrent avec une lettre
ainsi conçue :
Lettre de Théodose à Sahag.
«
L'empereur Théodose, Auguste et César des
Romains,
à
Sahag le Grand, évêque, salut.
(1)
Anatole était maître de la milice d'Orient et jouissait
d'un très-grand crédit sous le règne de Théodose le Jeune.
Cf. Cyrille de Scythopolis,
Vit. S. Euth.
t
dans les
Anal,
grxc,
1.
1,
p.
19
et suiv.
(2)
Le canton de Terdchan, l'ancienne Derxène
(
Pline, v,
24)
ou Xerxène (Strabon, xi,
14,
5
)
se trouvait
dans la province appelée Haute-Arménie. — Cf. Indjidji,
Arm. anc.,
p.
24.
Saint-Martin,
Mémoires sur VArm.,
t. I , p.
44, 45,
74.
«
Ayant daigné voir tes lettres, nous avons ap–
pris ce que tu as écrit et nous t'avons fait beau*
coup de reproches de ce que tu t'es dévoué de
tout cœur à un roi païen, et tu n'as pas même
daigné par lettres te faire connaître à nous. Nous
te blâmons encore davantage de ce que, dédai–
gnant les savants qui sont dans notre ville, tu t'es
adressé à certains Syriens pour obtenir des inven–
tions scientifiques. C'est pourquoi i l nous a plu
de voir nos sujets rejeter ton enseignement. Mais,
quand ensuite Mesrob nous a raconté que l'exé–
cution de sa découverte était due
à
la grâce d'en
haut, nous avons écrit qu'ils eussent
à
apprendre
aussitôt ce tu enseignais, qu'ils t'accueillissent
avec respect comme leur véritable maître, comme
cela a lieu pour l'archevêque de Césarée, et que
les provisions et les dépenses soient payées par le
trésor. Nous avons encore ordonné de bâtir une
ville dans votre pays d'Arménie pour servir de
résidence
à
vous et
à
nos troupes ; et, comme fa–
veur, nous avons nommé général Vartan, fils de
ton fils adoptif, et fait inscrire Mesrob parmi les
premiers docteurs. Sois en santé ! »
Le grand évêque Atticus lui écrivit aussi en ces
termes :
Lettre d'Atticus à Sahag.
«
Atticus, évêque indépendant
( 1 )
de Constan-
tinople,
à
mon cher frère et collègue Sahag,
évêque des Arméniens, salut dans le Seigneur !
«
Nous rendons grâces à Dieu au sujet de ta
bonne renommée parmi des nations aussi bar–
bares, mais nous te blâmons de ne pas t'être rap–
pelé plus tôt l'amitié de Grégoire et de Nersès,
tes pères, pour nous. Nous nous étonnons encore
davantage de ce que tu as négligé la source de
l'Église, saint Jean notre père, par qui, non-seu–
lement cette métropole de l'univers, mais encore
tous les chrétiens et le monde entier ont été en–
seignés, ce qui l'a fait surnommer Ghrysostome.
Sans vous arrêter
à
lui, vous avez voulu étancher
votre soif à des eaux bourbeuses; mais enfin le
Tout-Puissant,
à
la vue de tous cesvains efforts,
fit pleuvoir sur vous les grâces du Saint-Esprit,
ce dont nous nous réjouissons aujourd'hui. Ainsi
donc, d'après l'ordre de l'auguste empereur, i l
t'est accordé d'enseigner sur la partie [de l'Ar–
ménie qui] nous [appartient], et de convaincre ou
d'expulser hors de ta juridiction la secte des Bor-
borides
( 2 ) .
En ce qui concerne Mesrob ton en-
(1)
L'arménien emploie le mot
inkhnakloukh
qui est
la traduction du grec àutoxécpaXo;.
(2)
Le texte arménien emploie le mot
porporidon
qui
Fonds A.R.A.M