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MOÏSE DE KHORÈNE.
et du sang de Sanassar (i), et j'ai le droit, avec tes
frères, d'embrasser le coussin du roi, en raison
même de mon nom. » En proférant ces paroles
pleines de mépris, Schavasb s'élança comme la
foudre hors de l'hippodrome.
Enfin
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une autre fois, au milieu des fêtes d'un
festin, ChosroèsKartmanatzi, pris de Tin, en pré–
sence de Sapor, montra un amour indécent
et passionné pour une femme qui pinçait avec
talent de la cithare. Sapor indigné ordonne de
l'arrêter et de le garder dans la salle. Mais, met–
tant la main sur son épée, comme Tiridate Ba—
gratide (a), i l traverse [la salle] et rentre chez lui.
Nul d'entre les officiers du roi n'ose mettre la
main sur lui, car on connaît déjà par expérience
la valeur de Chosroès. C'est sur tes instances que
j'ai été forcé de rapporter ces faits.
CHAPITRE LVI /
Evénements survenus après le départ de Sapor en
Arménie. — Anarchie après sa mort.
Sapor, ayant passé quatre ans sans gloire sur
le trône d'Arménie, reçut la nouvelle de la ma–
ladie de son père et s'apprêta à partir. I l enjoignit
au commandant qui était son lieutenant de
réunir les grands d'Arménie et de les conduire
en Perse. A peine Sapor fut-il arrivé à Ctésiphon
qu'Iezdedjerd son père mourut, après un règne
de onze ans. Ce jour-là même, Sapor, surpris par
les embûches des gens de la Porte, fut tué
(3).
Alors les satrapes arméniens choisissent le brave
et illustre Nersès Djidjragatzi, pour leur général,
et avec leurs troupes ils livrent bataille à l'armée
perse et la taillent en pièces ; Abersam Sbantouni
tue leur commandant. Chacun s'en va de son
côté, maître de lui-même, et cherche, par la fuite,
un refuge dans les montagnes et les rochers. Les
habitants de Vanant se distinguent par un cou–
rage héroïque. Ainsi déchiré par des discordes
et des collisions, notre pays reste pendant
trois
ans (4) livré à l'anarchie, à la désolation et à la
ruine
(5).
Alors les impôts ne rentraient plus dans
(1)
Cf. plus haut,
1.
i,
23,1.
il,
7.
(2)
Cf. plus haut,
1.
H
,
c.
23.
(3)
Lazare de Pharbe (c.
8),
dit que Sapor fut empoi–
sonné.
(4)
Assoghig dit onze ans.
(5)
Procope
(
de JEdif.,
I. m, c.
1)
nous donne des ren–
seignements précieux sur l'état de l'Arménie à l'époque
dont nous parlons. La Perse et l'Empire semblaient s'être
mis encore une fois d'accord relativement aux affaires
d'Arménie, et le partage, qui avait été fait jadis entre les
deux États, fut de nouveau rétabli sur les anciennes
bases; l'Arménie occidentale, désignée sous le nom de
le trésor royal, les chemins publics étaient coupés,
et toute l'organisation intérieure était bouleversée
et détruite*
En ce temps-là, Vram I I était assis sur le trône
de Perse, et i l chercha à tirer vengeance de notre
pays. I l fit la paix avec les Grecs et respecta la
partie du pays qui leur appartenait.
CHAPITRE LVII.
Mesrob envoyé à Byzance, —- Copie de cinq /et
très,
Sahag le Grand, voyant tous les malheurs ar–
rivés dans la partie [de notre pays appartenant à
la 1 Perse, se transporta à l'occident de l'Arménie,
dans la partie qui dépendait des Grecs ; mais il n'y
fut pas reçu selonson mérite. En conséquence, i l
envoieMesrob et Vartan son neveu, à Byzance, au–
près de l'empereur Théodose, avec une lettre ainsi
conçue :
a
Lettre de Sahag h Théodose,
«
Au pacifique empereur, mon
seigneur Théo–
dose
Auguste,
Sahag,
évêque des Arméniens, salut
dans le Seigneur. Je sais que le bruit de nos
infortunes est parvenu aux oreilles compatissantes
de tamajesté. Aussi, plein d'espoir dans ta bienfai–
sance miséricordieuse, je suis venu
me réfugier
à tes pieds ; je n'ai pas trouvé d'accueil dans ma
juridiction, d'après l'ordre prohibitif de ceux qui
gouvernent. Ils nous haïssent tellement qu'il
n'ont pas accepté les caractères [arméniens] que
leur a portés l'homme que j'ai envoyé à ta bien–
faisance, après qu'il eut souffert beaucoup de
tribulations en Syrie. Qu'il plaise à ta majesté de
ne pas nous laisser sans autorité dans notre juri–
diction , et d'ordonner qu'ils nous reçoivent et
qu'ils acceptent notre enseignement. Sois en
santé. »
Grande-Arménie, fut réunie à l'Empire qui en confia l'or–
ganisation à un comte.
La
Quatrième-Arménie, qui était
située au nord de
la
Mésopotamie, entre l'Euphrate et le
Tigre, renfermait plusieurs satrapies indépendantes sous
la suzeraineté de l'empereur (Justinien,
Novell. Const.,
31),
formant une réunion de nations et de noms barbares.
Ces satrapies étaient au nombre de cinq dans la partie
de l'Arménie comprise entre l'Euphrate et la ville d'A-
mid; la Sophanène, l'Anzitène, la Sophène, l'Asthianène,
la
Bélabitènc.
Elles se transmettaient par droit de" suc–
cession, et chacun des satrapes recevait de l'empereur
l'investiture (Procope,
op. et
foc.
cit.).
Il est évident
que c'est à cette division de l'Arménie en plusieurs États
distincts, que Moïse de Khorène fait allusion dans ce
chapitre,
quand il parle de l'anarchie qui régna pendant
plusieurs années dans le pays.
Fonds A.R.A.M