HISTOIRE D'ARMÉNIE.
1
G3
Tob vint trouver Sahag le Grand qui était occupe
à
traduire des livres syriaques, car les livres grecs
manquaient. D'abord Méroujan avait fait brûler
dans notre pays tous les livres grecs ( i ) , et, lors du
partage de l'Arménie, les gouverneurs perses ne
permettaient
à
personne, sur leur territoire, d'ap–
prendre le grec, mais [ils autorisaient] seulement
"
l'étude du syriaque,
CHAPITRE LV .
Chosroès règne pour la seconde fois, et après fui
Sapor le Perse.
Vramschapouh, ayant régné vingt et un ans,
mourut laissant un fils âgé de dix ans, appelé
Ardaschès. Aussitôt Sahag le Grand se rendit à la
Porte du roi des Perses, lezdedjerd, pour réclamer
Chosroès qui était dans les fers et qui, depuis la
mort d'Ardaschir, était délivré de ses chaînes et
gardé seulement à vue dans la forteresse d'Anousch,
du temps de Vram. lezdedjerd accueillit la re–
quête , rendit à Chosroès le trône et le renvoya en
Arménie ( 2 ) . Chosroès réclama Hrahad (3), fils de
Kazavon, qui, à la mort de son père, avait été
tiré de la forteresse d'Anousch
(4)
et exilé de là
dans le Sakastan
(5)
.
Mais Chosroès ne put voir
Hrahad, car il ne régna pour la seconde fois que
pendant un an
(6).
Après cela, lezdedjerd donna pour roi aux Ar–
méniens, non pas un prince de leur race, mais son
(
ils Sapor
( 7 ) ,
avec l'intention perfide [de forcer]
(1)
Cf. plus haut, 1.
111,
c. 36.
(2) »•
Chosroès III monta sur le trône en 414 et il régna
jusqu'en 415.
(3)
Ce nom est la transcription du nom perse Phraate.
(4)
Le texte se sert du mot
anischeli
«
sans souve–
nir » et par extension « oubli ».
(5)
Le Sedjestan ou Séistan, à Test du Khorassan-, c'est
la Sacastène ou pays des Saces des anciens.
(
G) Cf. Lazare de Pharbe, c. 7, 8.
(7)
Sapor ou Schapouh, régna de 415 à 419. — Pro-
•
cope
(
de JEdif.,
1.
111,
a- 1.
—
Bell. pers.
%
1.
11,
c. 3)
donne des détails très-circonstanciés sur la chute de la
dynastie arsacide d'Arménie, et l'avénement au trône
•
d'un prince perse. Pendant la minorité de Théodose I I ,
Arsace, roi d'Arménie, mourut laissant le trône à ses
deux fils Tigrane et Arsace. Tigrane eut une plus large
part que son frère qui, mécontent de ce partage, appela a
son aide les Romains. Tigrane, hors d'état de résister,
:
fit don au roi de Perse des États que son père lui avait
laissés. Arsace, de son côté, imitant la conduite de son
frère, donna également à Théodose H ia partie de l'Ar–
ménie que son père lui avait léguée. L'histoire d'Armé–
nie ne parle pas de ces deux princes, et, pour concilier le
récit de Moïse avec celui de Procopc, il faut supposer
qu'il s'agit de Chosroès III qui seul a pu faire les dispo–
sitions testamentaires en faveur de ses fils, dont parle
les satrapes â être ainsi toujours en relation avec
lui, au moyen de conversations, de présents réci–
proques, de festins et de chasses. [Il croyait] qu'il
y aurait union par des alliances et des mariages,
et qu'ainsi il pourrait les ramener su culte du
mazdéisme et les détacher entièrement des Grecs*
1)
ignorait, l'insensé, que le Seigneur anéantit les
pensées des païens, quoique peu s'en fallût qu'il ne
réussît. En effet, Hamazasb était mort et Sahag était
plongé dans le deuil ; personne n'était plus à la tête
des troupes arméniennes. Alors Sapor entra facile–
ment dans notre pays, amenant avec lui Hrahad
et tous les bannis (1). Cependant il ne put gagner
l'esprit des satrapes ; tous le haïssaient, et, soit à la
chasse, soit dans les jeux, personne ne lui rendait
les honneurs dus à un roi.
Un jour, en poursuivant avec vigueur un trou–
peau d'onagres, il arriva qu'on se lança dans des
endroits difficiles et rocailleux. Sapor se retirait,
quand Adom Mogatzi, en le raillant, lui dit : « Va,
fils du dieu des Perses, va, si tu es un homme ! »
Sapor répliqua : « Va toi-même, car c'est le fait
des démons de s'aventurer au milieu des rochers. »
Un autre jour, /on chassait avec des torches allu–
mées des sangliers dans les roseaux. Sapor n'o–
sait pas s'aventurer dans le fourré, parce que le
feu l'environnait de toutes parts, et, regardant de
tous les côtés, i l allait de droite et de gauche avec
son cheval. « Fils du dieu des Perses, lui dit en–
core Adom, voici ton père et ton dieu ; que crains-
tu donc? » — « Cesse de railler, repartit Sapor,
passe à travers le feu et je te suivrai par derrière,
car mon cheval se cabre lorsqu'il passe le pre–
mier. » Adom railla encore Sapor, en disant :
«
Est-ce qu'il y aurait encore ici des pierres, qu'il
me faut de nouveau passer le premier? Si donc tu
appelles les Mogatzi, race de démons,j e vous ap–
pellerai, vous autres Sassanides, des hommes
efféminés. » Et Adom, éperonnant son cheval,
passe comme dans une prairie en fleurs, à travers
le feu, pour tirer Sapor d'embarras. Ensuite, ayant
appris que Sapor ne lui pardonnerait pas ses rail–
leries, Adom se rerifl dans le pays de Mog.
Une autre fois, en jouant au mail, il arrive par
deux fois à Schavasb Ardzrouni d'enlever la balle
à Sapor, et le roi, lui appliquant un coup de bâton,
lui dit : « Apprends à te connaître. »— « Oui, je me
reconnais, reprit Schavasb, je suis de race royale
Procope. En effet il ne peut être question de Vramscha–
pouh qui ne laissa qu'un fils en bas âge, lequel fut exclu
du trône à cause de sa jeunesse. — Cf. Lebeau,
Hist. du
Bas-Emp.,
t. v, p. 438 et suiv., éd. Saint-Martin.
(1)
Cf. Lazare de Pharbe, c. 8.
U.
Fonds A.R.A.M