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MOÏSE DE KHORÈNE.
installé Sahag le Grand sur le siège épiscopal;
il lui fit adresser des reproches et des menaces.
Chosroes répondit avec fierté et arrogance, et
renvoya les ambassadeurs avec mépris. Aussitôt
il conféra avec Arcadius qui, rompant la paix
avec Sapor, fournit
à
Chosroes un secours mili–
taire et plaça tout le pays sous son autorité. Ce–
pendant Sapor,
à
l'instigation des chefs de nos
races ( i ) , envoya aussitôt son fils Ardaschir avec
une puissante armée en Arménie. Alors Arcadius
refuse de se coaliser avec Chosroes, et celui-ci.
ne trouvant d'assistance chez aucune nation étran–
gère, ne voyant pas non plus les moyens de r é –
sister ou de s'enfuir, se rendit auprès d'Ardaschir.
Ardaschir déposa Chosroes et mit
à
sa place son
frère Vràmschapouh
( 2 )
;
i l ne garda ni Sahag le
Grand, ni aucun des satrapes institués par Chos–
roes ; i l les dépouilla tous de leurs honneurs, et
ordonna d'user de la même rigueur envers ceux
qui étaient dans la partie du pays soumise aux
Grecs. Puis, ayant laissé en Arménie une armée
considérable, i l retourna
à
Ctésiphon (Dispon),
à
cause de la vieillesse de son père. I l emmena avec
lui Chosroes, pour le faire enfermer dans la for–
teresse d'Anousch. Chosroes avait régné cinq ans.
I l emmena aussi Kazavon dont i l redoutait le cou–
rage, et ordonna que sa maison fût donnée
à
la
couronne ainsi que celles de son frère Schavarsch
et de Barkev Amadouni. Tous deux avec leurs
troupes, au nombre de sept cents hommes,
épiaient le moment opportun, pour attaquer la
caravane (3) et délivrer leur roi Chosroes. Leur
entreprise échoua parce que Chosroes avait les
chaînes aux pieds. Dans un combat acharné pé-
1
rirent Schavarsch, Manuel fils de Barkev, et beau–
coup d'autres avec eux. Barkev fait prisonnier
fut conduit devant Ardaschir qui ordonna qu'on fit
gonfler sa peau comme une vessie, afin de l'expo–
ser continuellement aux regards de Chosroes.
CHAPITRE L I .
Sahag le Grand va à Ctésiphon et revient comblé
d'honneurs et de présents.
Les premiers patriarches et pasteurs de ce pays
furent saints et illustres ; c'étaient vraiment des
sources de lumière. Leur succession descend de
(1)
Cf. plus bas, Lazare de Pharbe (
Hist. d'Arm.,
c.
3,
en arm.) qui entre dans de plus grands détails sur la con–
duite tenue par les satrapes dans cette circonstance.
(2)
Vràmschapouh, appelé Vramsapor par les Grecs,
régna de
392
à 414.
(3)
Le mot
gara van
qu'emploie ici Moïse est la trans–
cription du mot persan
kiarvan
ou
kiarban.
fils en fils jusqu'à Sahag le Grand, en qui s'éteignit
la lignemasculine. H avait une fille nommée Saha-
ganonisch qui épousa Hamazasb Mamigonien. A
la mort du brave chef des Arméniens, de Sahag
commandant de la cavalerie, saint Sahag pria
Chosroes, et, après la captivité de celui-ci, son
frère Vràmschapouh, de mettre Hamazasb
à
la
place de Sahag. Mais Vràmschapouh ne voulut
pas le faire sans l'autorisation du roi des rois,
se rappelant qu'à cause de faits analogues, son
frère Chosroes avait beaucoup souffert. Alors
saint Sahag, muni d'une lettre de Vràmschapouh,
et sur les instances de sa fille, alla en personne
trouver Ardaschir roi de Perse, qui, après son
père (dont le règne fut de soixante ans), occupa
| le trône pendant quatre ans.
Sahag est comblé d'honneurs par le roi de
Perse; d'abord
à
cause de l'illustration de sa race,
les Bahlaviens, puis encore parce que, devant les
infidèles, Dieu montre que ses serviteurs sont
dignes de respect et d'honneurs. Tontes les de–
mandes de Sahag sont accordées : celle qu'il fait
pour son gendre Hamazasb et celle qu'il adresse
pour les individus restants des races qui ont été
coupables envers Ardaschir, comme les Gamsa-
rian et les Amadouni, et qui se tenaient cachés dans
des lieux éloignés et inconnus. Saint Sahag implora
pitié, selon le divin commandement, pour que les
fils ne portassent pas la peine des pères. Du reste
les pères, qui avaient commis la faute, sont morts
a cause de leur coupable conduite. Ardaschir, en
faisant grâce de la vie aux survivants, fit restituer
à
tous les deux leurs maisons confisquées ; cepen–
dant il ne leur rendit pas les dignités de leurs
pères ; i l les plaça dans un rang inférieur
à
celui
des autres satrapes, dans la classe des derniers.
Quant
à
la race d'Hamazasb qui est de la maison
mamigonienne, i l l'élève au cinquième rang parmi
les satrapes d'Arménie et fait consigner tous [ces
actes] dans ses archives.
Deux règlements étaient observés d'ordinaire :
à
chaque renouvellement de règne, toute la mon–
naie qui était gardée dans le trésor royal était
fondue, et on la frappait
à
l'effigie du nouveau
roi ; ensuite la rubrique des diplômes était mo–
difiée et portait son nom avec une légère diffé–
rence, sans abandonner cependant les anciennes
formules. Si le roi occupait le trône pendant de
longues années et faisait opérer une nouvelle ré–
vision des actes, on laissait de côté les change–
ments survenus précédemment, pour n'écrire
que le nom du nouveau roi. Ardaschir qui, dans
sa courte existence, n'eut pas le temps d'ordon–
ner une révision des actes, changea les formules
Fonds A.R.A.M