HISTOIRE
de ses prédécesseurs, et voulut que tout fût rédigé
en son nom
(
i ) .
I l accorda le rang et les honneurs
de satrape
à
Hamazasb, avec la possession de vil–
lages et de domaines, parce qu'il ambitionnait le
commandement de l'armée arménienne. Puis i l
adressa
à
notre roi Vramschapouh cet édit :
Lettre d'Ardaschir à Vramschapouh.
«
Le plus brave des adorateurs d'Ormizt, Ar–
daschir, roi des rois, à mon frère Vramschapouh,
roi des Arméniens, salut à toi !
«
J'ai reçu ta lettre relative à l'évêque Sahag ;
et je me suis rappelé les services de ses ancêtres
qui étaient les chefs de la race de Sourèn Pahlav
et qui reconnurent la domination de mon ancêtre
appelé comme moi Ardaschir. Ces chefs de race,
qui l'affectionnaient comme s'il eut été un de
leurs parents, non contents de combattre avec
eux en Perse, vinrent de ce pays dans le vôtre
pour tuer Chosroès ton ancêtre, et ils payèrent de
leur sang le meurtre [qu'ils avaient commis].
Lorsque Tiridate eut perdu par suite d'une ma–
ladie le trône avec la vie, le fils dumeurtrier,
Grégoire, lui donna de nouveau ces biens en
le guérissant. 11 fut encore plus bienfaisant à votre
égard. C'est pourquoi, avec notre agrément, tu.
établiras Hamazasb, fils adoptif de Sahag, comme
commandant des troupes ; tu donneras à sa race
le cinquième rang parmi les satrapes, et les vil–
lages, avec les domaines octroyés par tes ancêtres
à ses pères, retourneront à sa famille. De même
pour les gens appartenant aux races coupables,
tu leur rendras les maisons que nous leur avions
confisquées, seulement tu ne les élèveras pas au
rang qu'occupaient leurspères. Telles sont les dis–
positions que nous avons fait consigner par écrit
dans nos archives. Sois en santé ! »
A peine Sahag le Grand était-il arrivé, et toutes
les donations faites par le roi de Perse Ardaschir
étaient-elles confirmées, qu'Ardaschir mourut
et eut pour successeur Vram, surnommé Kirman
[
schahj (German) qui régna dix ans. I l conserva
lesmêmes liens d'amitié avec Vramschapouh notre
roi et avec Sahag le Grand, et la paix régna éga–
lement entre Vram et Arcadius. Vramschapouh
gouverna notre pays, étant vassal des deux rois
et payant à chacun le tribut : Vram recevait celui
dé la partie du pays soumise
à
la Perse, et Arca–
dius celui de la partie soumise aux Grecs (a).
(1)
Cf. Patkanian,
Essai d'une histoire de la dyn. des
Sassanides,
etc., p.
13
de la trad. franc.
( 2)
Cf. Lazare de Pharbe, c.
4.
HISTOR. ARMÉNIENS. — T . I I .
D'ARMÉNIE.
161
CHAPITRE LU.
Des caractères [alphabétiques] de Daniel,
Dans ce temps-là, Arcadius tomba malade;
d'horribles tremblements de terre, des incendies
eurent lieu à Byzance, au sujet de Jean [Chrysos-
tome] le Grand
(
i ) .
L'empire grec était dans la
confusion, et les armées se battaient tantôt entre
elles et tantôt contre les Perses. C'est pourquoi
Vram ordonne à Vramschapouh, notre roi, d'en–
trer en Mésopotamie pour la pacifier, d'y mettre
l'ordre, de faire une enquête, et d'assignerà chacun
des procurateurs ses attributions (a). Arrivé en
Mésopotamie et ayant tout réglé, i l éprouve de
grandes difficultés pour trouver un secrétaire
archiviste. Car, lorsqueMesrob eut quitté la Porte
royale, il n'y avait plus d'habile secrétaire, et tous
employaient les caractères perses. Alors se pré–
senta au roi un prêtre appelé Abel, qui promit
de tracer pour la langue arménienne des caractères
disposés par l'évêque Daniel, son parent. Le roi,
sans se préoccuper de cela, étant revenu en Ar–
ménie, trouva réunis, auprès de Sahag le Grand et
de Mesrob, les évêques occupés à chercher des
caractères arméniens. Instruit par eux-mêmes
de leurs désirs, le roi leur rapporte l'offre du cé–
nobite. Aussitôt toute l'assemblée le pressa ins–
tamment de s'occuper d'une affaire aussi impor–
tante.
Alors le roi envoie de notre pays comme mes–
sager, à Abel, un homme honorable, son confident,
de la race des Khatouni, appelé Vahridj, qui dé–
sirait beaucoup le succès de l'entreprise. Celui-ci
emmena Abel et le conduisit avec lui auprès de
Daniel qui l'avait instruit, et, après qu'on eut dis–
posé selon l'ordre de l'alphabet grec les caractères
anciennement inventés, ils allèrent les présenter
à Sahag le Grand et à Mesrob. Ceux-ci apprirent
ces caractères et, en peu d'années, des jeunes
gens travaillèrent avec eux à cette lecture. Mais
les docteurs reconnurent l'insuffisance de ces ca–
ractères , pour rendre exactement les syllabes des
roots arméniens avec ce système graphique im–
parfait et emprunté [à d'autres alphabets] (3).
CHAPITRE LUI .
Des caractères Mesrobiens révélés par la grâce
divine.
Après cela, Mesrob, étant allé en Mésopotamie
(1)
Cf. saint Jean Chrysost.,
In act. ffom:,
7, 41. -
Socrate,
1.
vi,
c.
23. —
Sozomene,
1.
ix,
c.
1.
(2)
Cf. Lazare de Pharbe, c.
5.
i
(3)
Cf. plus haut, p.
4
et suiv., §
2.
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11
Fonds A.R.A.M