HISTOIRE
aussi bien portants. Nous vous avons envoyé ,
selon votre désir, ce traité : d'abord d'oublier vos
torts qui ne nous parurent pas aussi graves, puis–
qu'ils étaient la conséquence de la gratitude et de
l'attachement que vous gardiez
à
votre roi Arsacide,
et qui seront, nous l'espérons, les mêmes envers
nous. Ensuite, nous vous rendrons votre héritage
que nous avions confisqué, sauf les biens que
nous avons donnés
à
différentes personnes, car les
dons faits par les rois ne se révoquent point sans
inconvénient, surtout puisqu'ils ont été enregistrés
dans les archives de notre père, lé seigneur Sapor,
roi des rois. Mais, en échange de ces biens, nous
établirons une compensation de vos pertes avec
l'argent du fisc. Enfin, nous vous affranchirons
de la domination des procurateurs grecs, soit en
faisant la guerre à l'empereur, soit en employant
des moyens pacifiques.
«
E n ce qui te concerne, Kazavon, mon propre
sang et mon proche, non point en raison de
notre ancienne parenté, mais à cause des droits
que tu tiens de ta mère Arschanouisch Arsacide,
te tirant de ta race paternelle de Gamsarian, je
te rangerai dans celle de ta mère,qui est ma race,
et je t'honorerai du nom d'Arsacide. »
Ayant entendu tout cela, Kazavon ramène de
suitetous lessatrapesà Chosroès ; et, comblé d'hon–
neurs et de bienfaits, il voit toutes ses prières
et toutes ses promesses satisfaites. Cependant Samel
le Mamigonien prit la lettre de Chosroès et la copie
de celle des satrapes, et, s'étant séparé de ces
derniers, il va trouver l'empereur Arcadius. Sa–
mel avait fait tuer son père Vartan ( i ) , à cause
de son apostasie et de celle de sa mère Dadja-
dourhi ; i l avait donc alors tout à craindre de la
part des Perses et de la part de ses oncles mater–
nels les Ardzrouni ; aussi il ne voulait pas se sé –
parer des Grecs. Arcadius le comble de faveurs,
et ordonne de déposer dans ses archives la copie
des lettres en caractères grecs, afin de perpétuer
le souvenir des races rebelles. Ces pièces existent
encore à présent.
CHAPITRE
XL1X.
Chrosroès règne seul en Arménie. — Sahag le
Grand occupe le-siège patriarcal.
Chosroès régnant, comme c'était son désir, sur
(1)
Thomas Ardzrouni
(
Hist. des Ardzrouni,
70
et 73)
l'appelle Vahan, et raconte sa mort avec des circonstan–
ces analogues. Faustus de Byzance (1. iv, c. 58) assure
de son coté que Vahan le Mamigonien, complice de Mé–
roujan, et sa femme Ormizdtoukhd, sœur de Sapor roi
des Perses, furent assassinés par leurfilsSamuel.
)'
ARMÉNIE.
459
tous les satrapes arméniens, envoie demander à
Arcadius de lui confier le gouvernement des pos–
sessions grecques en Arménie, promettant de bien
administrer le pays, de lui payer fidèlement le
tribut, comme autrefois il l'avait acquitté à ses
procurateurs. Arcadius, se défiant d'une coalition
des satrapes qui pourraient arracher cette partie
du pays [à sa domination] pour la donner aux
Perses, consent à accorder la requête de Chosroès.
Après cela, Asbouraguès, chef des évêques, étant
mort, Chosroès mit à sa place Sahag, fils de Nersès
le Grand, fils d'Athénogène, fils de Iousig, fils de
Verthanès, fils de saint Grégoire ( i ) . Celui-ci
réunissait toutes les vertus de ses ancêtres, mais
il l'emportait sur eux par l'amour de la prière.
Il avait réuni soixante disciples, sous la règle du
grand couvent des Spoudées ( 2 ) . Ses disciples,
voués à la vie religieuse, portant le cilice, ayant
une ceinture de fer, marchant nu-pieds, le sui–
vaient partout. Avec eux, Sahag passait tout son
temps en continuelles observance», comme ceux
qui habitaient les déserts, et il s'occupait des choses
du monde comme ceux qui vivent dans les choses
du monde. Mesrob vint trouver Sahag, au sujet
de la recherche des caractères arméniens et le
trouva encore plus désireux que lui d'arriver à
un bon résultat. Après beaucoup d'efforts infruc–
tueux, ils eurent de nouveau recours à la prière
pour obtenir de Dieu ce qu'ils désiraient. S'étant
séparés ensuite, Mesrob retourna dans sa solitude,
et, se livrant à toutes sortes d'austérités, ils se
fortifièrent chacun davantage.
CHAPITRE L .
Chosroès est chargé de chaînes. —La couronne
passe à Vramschapouh sonfrère.
Sapor (3^ était irrité contre Chosroès qui avait
fait une all.ance étroite -avec Arcadius et avait
(1)
Saint Sahag le Grand, aussi nommé
Parthev
«
le
Parthe », occupa le siège patriarcal de l'an 390 à l'an
428.
(2)
Les Spoudées, <rcou8a?oi « studieux », étaient ap–
pelés aussi
Acœmeti.
—
Cf. Du Cange, au mot
Acœmeti.
(3)
Il parait qu'à cette époque Sapor était mort et
que le trône de Perse était occupé par Vram ou Vah-
ram IV, Kirmanschah. Le nom de Sapor est donné par
notre auteur indistinctement à tous les rois de Perse,
comme un titre honorifique analogue à celui d'Arsace,
d'Auguste ou de César. Au surplus les Romains eux-
mêmes appliquaient aussi le nom de Sapor à tous les
monarques sassanides à partir de cette époque, comme
on peut le voir dans Claudien
(
In Eutr.,
1.
11,
v. 481).
—
Cf. Lebeau,
Hist. du Bas-Emp.
f
t. V, p. 94, note 1,
éd Saint-Martin.
Fonds A.R.A.M