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MOÏSE DE KHORÈNE.
cette contrée le brave Kazavon, et, pour com–
mander le pays, les Grecs envoyèrent des comtes
gouverneurs ( i ) .
CHAPITRE XLV I I .
Du bienheureux Mesrob
(
a).
Mesrob, voyant le royaume d'Arménie toucher
à sa fin et trouvant que de semblables perturba–
tions avaient lassé sa patience, Mesrob, qui était
d'Hatzeg, dans le canton de Daron, qui avait été
élevé et instruit près de Nersès le Grand, et
nommé à sa mort secrétaire-archiviste (3) de la
Porte royale, préféra de vivre dans la solitude.
Comme on l'a dit (4), : « Le vaisseau battu par la
tempête arrive au port, et l'homme prudent
recherche la solitude. » Fuyant ainsi les affaires
du monde et renonçant aux honneurs de la terre,
il recherchait les biens célestes. Mesrob va se fixer
dans le canton de Koghtèn et y vivre dans la so–
litude. Prêtant son appui au prince du canton,
Schapith (5), il détruisit la secte païenne qui s'était
réfugiée dans cet endroit, s'y était tenue cachée
depuis le règne de Tiridate jusqu'alors, et s'était
montrée de nouveau à la chute de la dynastie des
Arsacides. Différents miracles se manifestèrent
alors comme du temps de saint Grégoire; des
démons à forme humaine , mis en fuite, se réfu–
gièrent dans les contrées des Mèdes (6). Des mer–
veilles non moins grandes éclatèrent dans le pays
de Siounie, avec le concours du prince du can–
ton, appelé Vaghinag (7).
Le bienheureux Mesrob éprouva beaucoup de
fatigues dans l'exercice de son doctorat, parce
(1)
Le texte emploie l'expression
gomes ischkhan
«
comte-prince » ; mais Procope (
de JEdif.,
m, 1 )
donne à ces fonctionnaires le titre de
comte.
Ce ne fat que
plus tard qu'ils furent investis du titre de
duc.
(2)
Voyez plus haut, laBiographiede S. Mesrob, par Go-
rioun, p.
7.
(3)
Le texte arménien emploie le mot
khardoughar
qui est la transcription du grec xvprouAâptov, qui a
formé le latin
chartulatius
ou
cartularius.
(4)
Le passage qu'on va lire est de saint Nilus, écri–
vain ecclésiastique du cinquième siècle, et il est ex–
trait de son « Exhortation à la vie spirituelle », dont
les Arméniens ont fait une traduction dans leur langue
à l'époque de l'apparition de cet ouvrage (Sukias de So-
mal,
Quadro délie opère trad. in arm.,
p. 26). Les
Œuvres de saint Nilus, traduites en arménien, furent
imprimées pour la première fois à Constantinople, en
1720.
(5)
Ce prince est aussi appelé Schampilh.
(6)
Il est fait allusion dans ce passage à la secte des
Borborides, dont il sera question plus loin, ch. 57, et dont
il a été aussi fait mention dans la
Biographie de S. Nersès
par Gorioun ( Cf. plus haut, p. 11, note 2 ) .
(7)
Vaghinag était frère de Babik.
qu'il était à la fois lecteur et traducteur. Si une
autre personne lisait et que Mesrob n'y fût pas,
les populations ne comprenaient pas, parce qu'il
n'y avait pas de traducteur. C'est alors qu'il songea
à inventer des caractères pour la langue armé–
nienne , et, se livrant à ce travail, il éprouva des
fatigues sans nombre.
CHAPITRE XLV I I I .
Les satrapes qui étaient auprès d Arsace vont
rejoindre Chosroès.
Les satrapes arméniens, voyant que les Grecs
ne leur avaient pas donné de roi, et ne voulant
pas rester sans chef, résolurent spontanément de
faire leur soumission au roi Chosroès. Ils lui écri–
virent une lettre ainsi conçue :
Lettre des satrapes à Chosroès*
«
Le général (1) Kazavon et tous les satrapes
arméniens de la partie du pays soumise aux
Grecs, à notre seigneur Chosroès, roi de la contrée
de l'Ararat, saluti
«
Tu sais, ô ro i , notre vénération pour
la mémoire de notre roi Arsace auquel nuus
avons conservé la fidélité jusqu'au jour de sa
mort. Aujourd'hui nous avons résolu de te ser–
vir avec dévouement, si par un traité tu t'obli–
ges envers nous à observer trois choses : premiè–
rement, d'oublier nos torts envers toi dans la guerre
que nous t'avons mite par la force des choses et
non de notre gré; de nous rendre tout notre
patrimoine qui se trouve dans la partie du pays
soumise aux Perses, et que tu as annexé au do–
maine royal ; enfin, de trouver le moyen de nous
affranchir de l'empereur et d'empêcher que les
Grecs viennent détruire les biens que nous pos–
sédons dans cette contrée. Écris ce traité et ac–
cepte ces conditions en y appliquant le sceau de
la croix. E n le voyant, nous accourrons pour
te servir. Sois en santé, notre seigneur. »
Lettre de Chosroès aux satrapes.
«
Le brave des braves
( 2 ) ,
Chosroès, roi des
Arméniens, au général Kazavon et à tous nos sa–
trapes, salut.
«
Réjouissez-vous, car nous sommes en bonne
santé et nous nous réjouissons que vous soyez
(1)
Moïse emploie ici le titre
sdradélad
qui est la
transcription du grec arpanpkâL-nrc.
(2)
Le texte porte
khadeh arantz,
«
le brave des
hommes ».
Fonds A.R.A.M