HISTOIRE D
d'Arménie. Sahag, générai de la cavalerie et chef
des troupes de Chosroès, marcha contre eux, en
tua une grande partie, tandis que beaucoup s'en–
fuirent dans les régions de la Quatrième-Arménie,
car ils ne se jetèrent ni dans le pays de Chaldie,
chez les Grecs, ni sur les domaines du roi Arsace;
mais ils cherchèrent un refuge auprès des brigands
de la Quatrième-Arménie, sur les confins de la
Syrie. Les gens de Vanant se livraient au bri–
gandage avec beaucoup d'ardeur, et ce métier
leur paraissait agréable et naturel. Sahag va droit
contre eux, les repousse au loin jusque sur les
frontières de Mananaghi (i).
CHAPITRE XLV .
Sourèn, Vahan et Aschkhatar vont rejoindre
Chosroès avec les trésors d'Arsace.
Sourèn KJiorkhorouni, Vahan Aravélian et
Aschkhatar Timakhsian saisirent le moment où
l'on enlevait les trésors d'Arsace de la forteresse
d'Ani, pour les porter au pays de Dzop. S'étant
emparés de ces trésors, ils voulaient se rendre
chez Chosroès, mais ils ne le purent pas, car Sa-
mel le Mamigonien, confident d'Arsace, se mit à
leur poursuite avec une nombreuse armée et
força les fugitifs à s'enfermer dans une caverne
très-forte du district de Mananaghi, dans laquelle
il n'y avait pas d'entrée, mais seulement une issue
fort étroite sur un des côtés. En avant de la porte
de la grotte, était un pic élevé formé tout d'un
morceau de roc, et au-dessus un rocher avancé
qui surplomblait sur l'abîme d'une profonde
vallée. Tout ce qui tombe de cet endroit se pré–
cipite avec une effroyable rapidité et avec une im–
mense force de rotation, sans s'arrêter à aucun
obstacle.
j y g
Samel, très-inquiet, réfléchissant que ces lieux
étaient inaccessibles, en informa Arsace, et or–
donna de fabriquer un coffre de fer, d'y placer des
hommes courageux et de les faire descendre au
moyen de chaînes jusqu'à l'entrée de la caverne.
Mais ce moyen ne réussit pas, car d'épais buis–
sons empêchaient de s'en approcher de près.
Tandis qu'on était occupé à cette opération,
voici que par hasard arriva Sahag, chef de toute
l'armée de Chosroès, qui était à la poursuite des
brigands. Ayant abandonné ces derniers, il tomba
sur les gens qui faisaient le siège de la caverne,
et, les ayant chassés, il délivre Sourèn, Vahan
et Aschkhatar avec les trésors et il les expédie au -
(1)
Ce canton était situé dans la Haute-Arménie. —
Cf. Indjidji,
Arm. anc.,
p. 22.
'
ARMÉNIE.
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sitôt à Chosroès. Celui-ci prélève sur ces tré–
sors la part de Sapor, qui lui donne l'ordre d'oc–
troyer à ces trois personnages des villages situés
sur la partie du pays appartenant aux Perses et
des emplois élevés et distingués provenant de
l'héritage de ceux qui étaient demeurés auprès
d'Arsace. Telle fut la cause de la guerre qui éclata
entre Arsace et Chosroès.
CHAPITRE XLV I .
Arsace, vaincu par Chosroès dans une bataille
f
meurt de maladie.
Quoique Sapor et Arcadius ne prêtassent la
main ni à Chosroès, ni à Arsace, ne leur donnas–
sent aucun secours dans leur guerre, cependant
ils ne s'opposèrent pas aux hostilités. Les mes–
sages ayant cessé de tous côtés, Arsace, à la tête
de ses troupes, marcha contre Chosroès. Chos–
roès partit de son camp et se dirigea vers la mer
de Kéghani (i), appelée Mours, à la rencontre
d'Arsace pour l'empêcher d'entrer sur son terri–
toire. Cependant il n'arriva pas assez à temps et
trouva Arsace ayant déjà envahi ses États et oc–
cupant le canton de Vanant. Ils se rencontrè–
rent dans la plaine d'Érével et se livrèrent un
combat acharné. L'armée d'Arsace fut taillée en
pièces; Tara de Siounie qui la commandait
meurt en combattant, et Arsace s'enfuit avec une
faible escorte. Le brave commandant de la cava–
lerie, Sahag, chef de l'armée de Chosroès, le pour–
suit et le serre de près. En cette circonstance,
Kazavon, fils de Sbantarad,fitdes prodiges d'au–
dace, en revenant plusieurs fois à l'attaque, et en
dispersant ceux qui poursuivaient Arsace, afin
de lui donner le temps de s'enfuir.
Chosroès rentra chez lui, et Arsace se rendit à
Égéghiatz. Là, il fut atteint d'une maladie de
langueur, et se consuma dans les douleurs. I l avait
régné sur l'Arménie entière cinq années et sur
une partie seulement deux ans et demi ( 2 ) . A
partir de ce moment, les Grecs ne nommèrent plus
de roi dans la partie du pays qui leur était sou–
mise; on désigna comme chef des satrapes de
(1)
Ce lac est situé au nord de l'Araxe, non loin d'É-
rivan. 11 porte actuellement le nom de lac de Sévan. Les
anciens lui donnaient le nom de
Lycknites
(
Ptolémée,
v, 13). —Cf. Indjidji,
Arm. anc.,
p. 264. —Saint-Mar–
tin,
Mèm. sur VArm.,
1.1,
p. 61.
(2)
Arsace IV rat le dernier rejeton en ligne directe
de la race des Arsacides d'Arménie. La descendance di–
recte des Arsacides avait régné en Arménie depuis l'an
149
avant J . - C , jusque vers l'année 392 ou 393 après
notre ère.
Fonds A.R.A.M