HISTOIRE
ses filles en mariage, Jui promettant de lui sou–
mettre l'Arménie. Les chefs des Grecs, informes
[
de cette démarche], en donnèrent avis à l'empe–
reur. Théodose ordonna slors qu'on arrêtât Varaz-
tad, s'il ne se rendait sur-le-champ à l'appel de
l'autocrate. Le roi, contraint par la nécessité, va
trouver Théodose, espérant tromper Auguste par
des paroles mensongères. Mais l'empereur ne
voulut pas le voir ( 1 ) , le fit conduire enchaîné à
Thulé, ile de l'Océan ( 2 ) . Varaztad avait régné
quatre ans.
L a deuxième année du règne de Varaztad,
Zavèn fu£jiommé chef des évoques de l'Arménie ;
il était de la famille d'Albianos et occupa le siège
pendant quatre ans (3).
CHAPITRE X L I .
Règne dArsace et de Valarsace,
Théodose le Grand mit à la place de Varaztad,
roi d'Arménie, les deux fils de Bab, Arsace et
Valarsace, pensant qu'ils ne se réuniraient pas
ensemble pour se révolter (4). Gardant près de
lui la mère (5) des jeunes princes, il les envoie
en Arménie avec leurs gouverneurs, hommes qui
lui étaient dévoués, et avec des troupes (6). A
leur arrivée, ils s'établirent en maîtres sur le
pays, en combattant vigoureusement les Perses ;
ensuite Arsace épousa la fille de Papig, chef de
Siounie (7), et Valarsace celle du commandant
de la cavalerie Sahag. Cette même année Valar–
sace mourut.
La deuxième année d'Arsace, Asbouraguès, pa-
(1)
Faustus de Byzance (1. v, c. 37) dit que ce fut le
sbarabed Manuel qui chassa Varaztad de l'Arménie,
pour venger la mort du général Mouschegh que ce prince
avait lait assassiner.
(2)
Cf. Leheau,
Hist. du Bas-Emp.
(
éd. Saint-Martin),
t. IV, p. 160, note 1. — Saint-Martin suppose que Va–
raztad fut relégué dans les îles Britanniques, auxquelles
on donnait quelquefois le nom de Thulé, qui s'applique
à tous les pays septentrionaux de l'Europe, connus des
anciens:
(3)
Zavèn de Manazguerd occupa le siège de l'an 378
à 382. Faustus le fait siéger avant Schahag. —Cf. Faus–
tus de Byzance. 1. vi, c. 2.
(4)
Arsace IV et Valarsace II montèrent sur le trône
en 382. Celui-ci étant mort en 383, Arsace régna seul
de 383 à 389.
(5)
Cette princesse s'appelait Zarmantoukhd ( Faustus
de Byzance, 1. v, c. 37, 38).
(6)
Le récit de Moïse est encore ici très-différent de
celui de Faustus de Byzance. Selon cet écrivain, ce fut
Sapor roi de Perse qui plaça sur le trône d'Arménie les
deux princes,filsde Bab (Faustus, 1. v, c. 38).
(7)
Faustus de Byzance ( 1. v, c. 44) dit que Arsace
épousa Vartantoukhd, fille de Manuel.
D'ARMENIE.
155
f rent de Schahag et de Zavèn, fut pendant cinq ans
chef des évoques d'Arménie ( 1 ) .
Cependant Théodose le Grand, qui livre de
nouvelles batailles, tombe malade à Milan (Mi-
tovlanon), et meurt, laissant le trône à ses fils;
Arcadius eut l'empire byzantin et Honorius l'em–
pire romain. Ces princes ne méritèrent aucune
louange, et ne furent pas les dignes héritiers des
vertus paternelles.
CHAPITRE X L I I .
Division de l'Arménie en deux parties* entre les
mains de deux rois arsacides et sous la dépen–
dance des deux nationsperse et grecque,
Sapor, voyant qu'Arcadius était un homme in–
juste, traita avec lui de la paix, parce qu'il avait
été. vaincu et mis , en déroute par Théodose le
Grand, son père. Arcadius consent à faire la paix,
surtout sur l'avis de ses généraux ; car, bien que
Dieu leur eût donné la victoire durant la vie du
bienheureux Théodose, ces généraux étaient las
et fatigués de livrer des combats continuels. En
conséquence, on s'accorda pour diviser en deux
parties différentes laMésopotamie et l'Arménie ( 2 ) .
Arsace, laissant alors le propre royaume de ses
pères, c'est-à-dire l'Ararat et toute la contrée
limitrophe de la Perse, vint régner sur les parties
occidentales de notre pays, dans la région limi–
trophe de Grèce, non-seulement à cause de sa
mère qui était originaire de la ville impériale, mais
surtout parce qu'il aimait mieux gouverner un
territoire moins étendu (3), être vassal d'un sou–
verain chrétien, que de régner sur un État plus
vaste et vivre sous le joug des païens. Les satrapes
de la partie du pays soumise à Sapor émigrèrent
avec le roi en emmenant leurs femmes et leurs
fils, et en faisant abandon de leurs biens, de leurs
villages et de leurs établissements.
Sapor, furieux, écrit à Arsace : « Pourquoi
as-tu excité une guerre entre moi et l'empereur,
en entraînant les satrapes? » I l reçut d'Arsace
celte réponse : « Parce qu'ils souffraient d'être
soumis à la domination de la Perse, et ils m'ont
suivi. Mais, si tu me confies le gouvernement de la
partie [de notre pays] qui t'appartient, comme
l'empereur l'a fait pour la sienne, je me hâterai
(1)
Asbouraguès siégea sur le trône patriarcal de l'an
382
à l'an 390 (Faustus de Byzance, 1. vi, c. 4, 15).
(2)
Cf. Faustus de Byzance, 1. vi, c.
i.
(3)
Cf. Faustus de Byzance, 1. vi, c f . — Procope
(
de Mdif.,
1.
m, c. 1) dit que la partie de l'Arménie
qui appartenait aux Perses était quadruple de l'autre.
Fonds A.R.A.M