d'un combat, qu'enfin l'empereur, maître de l'é–
meute, avait misa mort quinze mille personnes ( i ) ,
Bab
,
à
cette nouvelle, croyant que le conflit se
prolongerait, secoua avec mépris le joug de l'o–
béissance et, courant
à
sa ruine, il chassa Térence
avec ses troupes et se prépara au combat. Le
brave Térence, par ordre de Théodose le Grand,
revint sur ses pas, et, par un effet de sa bonne
fortune, il tombe à l'improviste sur le camp, taille
les uns en pièces et met les autres en fuite. Là ,
luttant avec courage et intrépidité, Knel, chef de
la race des Antzévatzi et général de l'armée orien–
tale de Bab, lui oppose une vive résistance. Té–
rence, victorieux, fend d'un violent coup d'épée
la tête de Knel (a) et mit prisonnier le roi Bab.
Bab le supplie de ne pas le faire mourir et de le
conduire en présence de l'empereur, et Térence,
ému de pitié, y consent. Bab, chargé de chaînes,
est conduit devant Théodose le Grand et tué d'un
coup de hache en punition de sa perfidie, après
avoir régné sept ans (3).
CHAPITRE X L .
Règne de Varaztad. — Sa captivité. .
Le généreux Auguste Théodose, surnommé le
Grand, dans la vingtième année de son règne,
plaça sur le trône d'Arménie, à la place de Bab,
Varaztad, issu de la même race arsacide (4). Ce
(1)
La sédition de Thessalonique fut amenée à cause
d'un cocher du cirque qui avait été emprisonné. — Cf.
Théodoret, v, 17; Sozomène, vu, 25; Rufin,XII, 18;
Paulin,
Vie de saint Ambroise,
§ 24.
(2)
Cf. Faustus de Byzance, 1. v, c. 32. —Selon cet
historien, Knel ne fut pas tué dans une bataille, mais à
la suite d'un banquet dans lequel Bab' fut assassiné par
les Grecs.
(3)
Ammien-Marcellin (1. xxx, c l ) raconte lafintra–
gique de Bab (Para) d'une manière toute différente, et
son récit qui est conforme à celui de Faustus (1. v, c. 32)
semble devoir être préféré à celui de Moïse. Térence
complotait depuis longtemps la perte de Bab, et celui-ci,
pour éviter la mort, se jeta dans les bras du roi de
Perse. On le poursuivit, mais il ne fut. pas atteint ; c'est
alors que les Romains chargèrent le général Trajan d'at–
tirer Bab dans une embuscade, où celui-ci se rendit sans
défiance. Pendant un banquet donné en son honneur,
un soldat barbare lui porta un coup mortel. Knel, prince
des Antzévatzi, qui voulut le venger, tomba également
sous lès coups des conjurés. —Cf. notre Collection, 1.1,
p. 295, 296 et les notes.
(4)
Varaztad régna de l'an 384 à l'an 386 ; il était (ils
d'Anob frère d'Arsace I I I , et n'appartenait pas à la
ligne directe des Arsacides. Les Grecs et les Latins ne
parlent pas de ce roi dans leurs écrite; seulement on
trouve son nom mentionné dans la liste grecque des
premiers patriarches arméniens dressée par l'anonyme
arménien, sous la forme Baptatiptebc ( éd. Combelis.
t. II duSuppl. à laBibl. des Pères, p. 271-291).
1
Varaztad étaitunjeune homme plein d'ardeur, fort
et robuste, d'un courage
à
toute épreuve et très*
habile au tir de l'arc (i). Lors de la fuite de Sapor,
il était allé à la Porte (cour) de l'empereur, et se
fit remarquer tout d'abord, en sortant victorieux
d'un combat au pugilat, à Pise; puis à Héliopolis
(
Arek-khaghakh) (2), ville de la Hellade, où il ter–
rassa en plein jour des lions, et sa gloire fut célé–
brée et proclamée aux jeux Olympiques par les
Athlètes. D'après tous ses exploits contre la nation
des Longobards
(3),
j'ose le comparer
à
saint Tiri–
date, car, 'cinq guerriers ennemis étant tombés sur
lui, il les abattit tous les cinq
à
coups d'épée. Ar–
rivé
à
une place forte, il perça dix-sept hommes
placés sur les remparts avec ses flèches, et les
blessés tombèrent l'un après l'autre du haut des
murailles, comme des figues gâtées que l'oura-
ragan a abattues.
Celui-ci, devenu roi de notre pays, la cinquante-
cinquième année deSapor, dans un premier com–
bat , rencontra dans les gorges de Taranaghi (4)
plusieurs brigands syriens; il les mit en fuite et
leur donna lâchasse; mais les brigands franchi–
rent le passage, puis le pont sur l'Euphrate, et
coupèrent les madriers (5). Cependant Varaztad
accourt, franchit l'Euphrate et surpasse
ainsi
le
saut de Chion le Laconien qui fut de vingt-deux
coudées (6) ; on eût cru voir Achille franchissant
le Scamandre. Les brigands épouvantés jetèrent
leurs armes et se rendirent.
C'est pourquoi Varaztad, qui était accoutumé
dès son enfance aux entreprises audacieuses, aus–
sitôt qu'il fut surle trône, s'affranchit de l'autorité
des chefs de l'armée grecque. I l envoya donc à
Sapor des messagers pour lui demander une de
(1)
Cf. Faustus de Byzance, I. v, c. 34.
(2)
Ce nom a été vraisemblablement altéré par les
copistes.
(3)
Cf. sur les Lombards, la note que Saint-Martin
leur a consacrée dans son éd. de
YHist. du Bos-Emp.
.
de Lebeau, t. IV, p. 34, note 1.
(4)
Canton de la Haute-Arménie. —Cf. Indjidji,
Arm.
ancienne
,
p. 3.
(5)
Le texte n'est pas très-clair en cet endroit; mais
on peut supposer qu'à s'agit de plusieurs madriers jetés
sur un des petits affluents de l'Euphrate qui, en effet, est
formé de plusieurs sources prenant naissance dans le can–
ton de Taranaghi. — Cf. Xénophon,
Exp. de Cyrus,
liv. iv.
(6)
Cf. Eusèbe,
Chron.,
1,
p. 286. —Le texte de la
version arménienne d'Eusèbe et celui de Moïse portent
le mot
gankoun
«
coudée » ; mais le texte grec d'Eu–
sèbe emploie le mot irouç « pied •». Le nombre de 22
pieds ou coudées qui se lit dans Eusèbe (vers, arm.)
et dans notre auteur, permet de corriger le texte grec de
la Chronique d'Eusèbe qui dit que la distance franchie
était de « 52, v6*, pieds ».
Fonds A.R.A.M