HISTOIRE D'ARMÉNIE.
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le camp, mais i l trouve dans cet endroit ce qu'il
faut pour le supplice de l'impie, [c'est-à-dire]
des gens dans une tente qui ont allumé du feu, et
une
broche
de fer pour rôtir des viandes. Il fait
rougir cette broche, la courbe en forme de cou–
ronne, et, la voyant toute rouge, il dit : « Je te
couronne, ô Méroujan, puisque tu voulais régner
sur les Arméniens; c'est au surplus mon droit hé–
réditaire déposer la couronne. » Et, pendant que
le fer était encore rouge, il le plaça sur la téte
de Méroujan; ainsi périt ce pervers ( i ) . Depuis
ce moment le pays fut en paix et soumis à Bab.
CHAPITRE XXXV I I I .
Bab donne un breuvage empoisonné à saint Ner–
sès qui termine ainsi sa vie,
La guerre étant terminée, la tranquillité fut ré–
tablie dans notre pays. Nersès le Grand fit pro–
mettre au roi et aux satrapes de marcher dans
les voies de la justice, afin que leurs œuvres té–
moignassent de leur foi dans le Christ : au roi de
ne point ressembler à son père, de ne point com–
mettre d'injustice ni d'extorsions, mais de se con–
duire avec équité et de témoigner à ses satrapes
la sollicitude d'un père. [Il fit promettre] aux
satrapes de ne plus se révolter contre Bab, et de
lui obéir fidèlement. Alors le roi Bab rendit à
Sbantarad Gamsarian tout ce dont son père l'a–
vait dépouillé, le canton de Schirag et d'Arscha-
rouni, non pas comme des biens ravis par l'ava–
rice injuste de son père Arsace, mais comme des
présents pour les services rendus par le brave
Sbantarad qui tua le roi des Lek. Bab rendit aussi
aux autres satrapes ce qu'on leur avait enlevé
( 2 ) ;
il ne se montrait nullement avide de richesses ,
mais très-libéral.
Bab, livré à une passion honteuse (3) et ré–
primandé fortement à cause de cela par Nersès
le Grand, regardait ce dernier d'un mauvais oeil,
en méditant contre lui un perfide projet (4). Ne
(1)
Faustus de Byzance ( 1. v, c. 43 ) raconte d'une
tout autre manière la mort de Méroujan. Selon cet his–
torien, Méroujan , qui continua à guerroyer longtemps
contre les Arméniens, fut tué par le sbarabedManuel
sous le règne de Varaztad, roi d'Arménie, dans un
combat où les Perses auraient été entièrement défaits.
(2)
Selon notre auteur, la soumission des satrapes se
serait faite pacifiquement ; cependant Faustus de By–
zance (1. v, c. 8-19) dit que le sbarabedMouschegh dut
guerroyer longtemps contre les rebelles, et qu'il usa en–
vers eux de mesures très-rigoureuses pour les faire
rentrer dans le devoir.
(3)
Cf. Faustus de Byzance, 1. v, c. 22.
(4)
Cf. Faustus de Byzance, 1. v, c. 23.
pouvant, par respect pour l'empereur Théodose,
nuire ouvertement à Nersès, il lui fit donner
secrètement un breuvage mortel. I l termina ainsi
son existence après avoir siégé trente-quatre
ans ( 1 ) . Le bienheureux Nersès sortit de cette
vie, dans le canton d'Egéghiatz, au village de
Khakh ( 2 ) . Le roi Bab fit enlever son corps et le
fit ensevelir dans le bourg de Thil, en tenant
cachée la cause de sa mort (3).
CHAPITRE X X X I X .
Avènement de Sahag
(4).—
Théodose fait mourir
Bab.
Le roi Bab, voyant toute l'Arménie en deuil
du bienheureux Nersès (5), et pressé par les cir–
constances, cherche et découvre un membre de
la race et de la famille d'Albianus, nommé Scha-
hag
(6),
homme très-vertueux et qu'il établit à la
place de Nersès, sans l'intervention du grand ar–
chevêque de Césarée
(7).
Schahag occupa le siège
quatre ans.
Bab ayant appris que Théodose le Grand était
allé de Byzance à Rome, et qu'à son entrée à
Thessalonique avec ses troupes, il s'était élevé
entre lui et les habitants, au sujet des logements,
une contestation qui avait pris les proportions
(1)
Cf.
VAuctarium Biblioth. patrum
(
éd. Combe-
fils), t. II, p, 271-292, qui renferme une liste des premiers
patriarches de l'Arménie par un anonyme, qui avait
écrit son livre en arménien. Une traduction grecque
nous est parvenue, où il est dit que Nersès, Nopaéor);,
siégea trente-quatre ans.
(2)
Cf. Indjidji,
Arm. anc,
p. 21.
(3)
Cf. Faustus de Byzance, 1. v, c. 24.
(4)
Le texte de cette rubrique porte
Sahag,
mais il
faudrait lire Schahag, qui est l'orthographe adoptée par
Moïse de Khorène, dans les plus anciens mss. et dans les
meilleures éditions.
(5)
Cf. Faustus de Byzance, 1. v, c. 30.
(6)
Schahag de Manazguerd occupa le trône pontifical
de l'Arménie de l'an 374 à l'an 378. — Faustus de By–
zance (1. v, c. 29) nomme après Nersès « lousig deMa–
nazguerd, de la famille d'Alhianos. » Bien que ces deux
noms soient très-différents, il ne peut y avoir de doutes
sur l'identité du personnage, et nous croyons que le nom
d'Iousig est une altération commise, dans le texte de
Faustus, soit par le traducteur arménien de son Histoire,
soit par les copistes.
(7)
Les successeurs de saint Grégoire jusqu'à l'avéne-
ment de Schahag furent consacrés à Césarée ; c'est un
fait hors de doute, puisque Faustus de Byzance ( 1. m,
c. 12, 16) et Assoghig le disent formellement. Jean VI
raconte dans son Histoire ( ch. 9, p. 40 de la trad. de
Saint-Martin) que le roi Arsace fit rassembler un sy–
node, dans lequel on conféra à Nersès le Grand le titre de
patriarche, et on statua que .ses successeurs seraient
désormais ordonnés par les évéques du pays, et non plus
par celui de Césarée.
Fonds A.R.A.M