HISTOIRE
bahan (i). On emmena encore en captivité les
Juifs d'Ardaschad et de Vagharschabad qui avaient
été amenés par le même roi Tigrane, et qui
avaient été convertis:à la foi du Christ à l'époque
de Grégoire et de Tiridate
( 2 ) .
Parmi les autres
se trouvait Zouith, prêtre d'Ardaschad. Alors
Méroujan et Vahan calomnièrent, auprès de Sapor,
Zouith prêtre d'Ardaschad, en disant qu'il était
venu avec les captifs dans le seul but de les
exhorter à garder fermement la loi chrétienne.
En conséquence, Sapor ordonna de faire appli–
quer la torture à Zouith afin qu'il abandonnât la
foi du Christ, et, comme il refusa, il fut livré au
martyre (3). Arsace ayant appris tous ces mal–
heurs et toutes ces calamités, se tua comme Saiil,
après avoir régné trente ans (4).
CHAPITRE XXXVI .
Malheurs causés par Méroujan. — Bab règne en
Arménie.
Après la mort d'Arsace, Sapor rassembla beau–
coup de troupes sous le commandement de Mc–
roujan (5) et les envoya en Arménie, en lui con–
fiant le gouvernement du pays. Le roi lui donna
aussi comme épouse sa sœur Ormiztoukhd (6),
des diplômes [lui concédant] de nombreux vil–
lages et des propriétés en Perse, et lui promit
encore la souveraineté de l'Arménie, à la charge
de soumettre les satrapes et d'amener tout notre
pays à professer le culte du mazdéisme. Méroujan
consentit ; et, aussitôt arrivé en Arménie, il s'em–
para de la plupart des femmes de satrapes, les fit
renfermer dans différentes forteresses, espérant
faire ainsi revenir leurs maris. Méroujan s'effor–
çait également de ruiner tout l'édifice du chris–
tianisme : il jetait dans les fers les évéques et les
prêtres sous prétexte de tributs, et il les faisait
conduire en Perse. 11 brûlait tous les livres qu'il
(1)
Asbahan, aujourd'hui Ispahan, la seconde capitale
de la Perse. — Cf. sur cette ville, le
Dict. géogr. de la
Perse,
extrait du
Modjem el-Bouldan
de Yakout, pu–
blié par M. Barbier deMeynard, p. 40 et suiv.
(2)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv, c. 55.
(3)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv, c. 56.
(4)
Cf. Faustus de Byzance, 1. v, c. 7. — Procope,
Bell, pers.,
1.
1,
ch. 5.
(5)
Faustus de Byzance dit que Vahan Mamigonien
partageait avec Méroujan le commandement de l'armée
et l'administration de l'Arménie après l'invasion perse,
.
lont il parle au ch. 57 du 1. iv de son
Histoire.
(6)
Faustus de Byzance (1. iv, c. 58) dit que cette
•
femme avait épousé Vahan Mamigonien e.f uue leur fils
es fit périr tous deux.
D'ARMÉNIE.
151
trouvait; il ordonnait d'abandonner l'étude des
lettres grecques, et permettait seulement [l'usage
de] la langue perse, défendant absolument qu'on
parlât ou qu'on traduisit le grec, sous prétexte
d'empêcher toute relation et tout lien d'amitié
entre les Arméniens et les Grecs; mais en réalité
c'était pour empêcher l'enseignement du christia–
nisme. Alors les caractères arméniens n'existaient
pas encore et les livres d'église étaient écrits en
caractères grecs.
Nersès le Grand, ayant appris tous les malheurs
qui accablaient l'Arménie, et connu la mort
d'ArsaCe', prie l'empereur Théodose de venir à
leur aide. Celui-ci place sur le trône Bab fils d'Ar–
sace
( 1 ) ,
et lui donne pour l'appuyer une puissante
armée commandée par le brave Térence
( 2 ) *
Ner–
sès le Grand, accompagné de tous les satrapes,
de ceux qui étaient partisans de Bab et qui lui
étaient opposés, de l'exilé Sbantarad Gamsarian,
ramène Bab en Arménie, avec leur concours. A
leur arrivée, ils trouvent l'impie Méroujan maître
absolu du pays ; ils le chassent et se mettent en
possession de la contrée. Alors Méroujan ordonne
aux gardes de pendre aux murailles des forte–
resses les femmes des satrapes, de les laisser
mourir et d'abandonner leurs cadavres sus–
pendus aux potences, pour qu'en se pourrissant,
ils servent de pâture aux oiseaux (3).
CHAPITRE XXXV I I .
De la grande bataille de Tzirav et de la mort de
l'impie Méroujan,
Méroujan fit savoir à Sapor, alors dans le Kho-
rassan, tous les secours prêtés par Théodose à
Bab, et Sapor ordonne à toutes les forces des
Perses d'aller, avec Méroujan, porter la guerre en
Arménie. Bab et Térence, de leur côté, prévien–
nent l'empereur Théodose que Sapor a donné
'
l'ordre à toute son armée, excepté à ses familiers,
de nous envahir. Alors Théodose Auguste com–
mande à Addée, grand comte (4), de se porter
au secours de Bab avec toutes les forces de la
Grèce sans exception, de prendre même les
gardes à pied des villes, qui portaient des dragons
de soie [peints sur leurs bannières].
(1)
Bab, fils d'Arsace III, régna en Arménie de l'an 370
à l'an 377. C'est ce même prince qui est appelé
Para
par Ammien-Marcellin (1. xxvu, c. 12; I. xxx, c. 1).
(2)
Cf. Faustus de Byzance, l. v, c i . —Aromien-
Marcellin, l.xxxvn, et la note l,p. 278 du t. 1 de notre
Collection.
(3)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv, c. 57, 58.
(4)
Cf. Faustus, de Byzance (1. v, c 1), qui donne
Fonds A.R.A.M