HISTOIRE
de Pakrévant et d'Arscharouni, et lui avait confié
l'administration de son pays jusqu'à son retour.
Khat ressemblait en tout à Nersès le Grand, et
il le surpassait même dans son zèle pour les pau–
vres. Ses greniers se remplirent comme par mi–
racle, comme à l'époque d'Élie et d'Elisée ( i ) .
Lorsqu'il réprimandait le roi, i l se montrait in–
flexible, sévère et sans crainte. Satan ne pouvait
rien trouver en lui, si ce n'est que Khat était re–
cherché dans ses habits et aimait les chevaux (a).
Aussi ceux qui étaient réprimandés par lui le blâ–
maient, le tournaient en risée, comme pour se
venger. C'est pourquoi, abandonnant pour tou–
jours ses vêtements magnifiques, et couvert d'un
cilice, il ne monta plus que sur un âne jusqu'au
jour de sa mort.
CHAP I TRE X X X I I .
Comment Arsace fait saisir le bienheureux Khat
et voulait le faire lapider, parce qu'il lui avait
reproché ses crimes.
Lors du massacre de toute la racé des Gamsa-
rian, Arsace fit mutiler leurs cadavres et [ordonna
de les] jeter sans sépulture, en pâture aux chiens.
Le roi, comme couronné par une si grande vic–
toire, passait ses jours dansles délicesde la joie, fai–
sant amonceler et accumuler à Armavir toutes les
richesses de ses victimes. I l y avait deux
fosses
(3)
j
très-larges et très-profondes creusées près du vil–
lage de Nakhdjavan (4) ; on y transporte les tré–
sors trouvés sur des chariots du bourg même des
Gamsarian. Les voituriers, voyant des os de cada–
vres humains rongés par les bêtes et dispersés çà et
là sur le bord de la fosse, demandèrent et appri–
rent que c'étaient les restes de leurs seigneurs. Les
ayant recueillis dans leurs chariots, ils les couvri–
rent de joncs et allèrent les enterrer dans ces
fosses. Arsace, ayant su cela, fait accrocher les
voituriers à un poteau sur le bord de la fosse.
Khat, qui ne s'était pas trouvé au premier mas–
sacre, étant arrivé en ce moment, réprimanda
fortement le roi. Arsace le fit saisir et lapider.
Mais les beaux-frères de sa fille (5), qui étaient de
p. 35) dans le canton de Garin. — Cf. Faustus de Byzance,
1.
iv, c.
12.
(1)
I I I
Rois,
XVII
, 16 ;
I V
Rois,
ix,
5.
(2)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv, c. 12.
(3)
Khor
en arménien veut dire « fosse ou fossé ».
Mais deux mss. donnent la variante
hor
qui veut dire
«
puits ».
(4)
Cf. notre Collection, t.'I, p. 39, note 5, col. 1.
(5)
Faustus de Byzance ( i v , 12) nous apprend que
Khat avait deux filles, dont l'une épousa Asroug, qui
succéda à son beau-père sur le siège épiscopal.
D'ARMÉNIE.
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grands satrapes de la race puissante et brave des
Abahouni, tirant leurs épées, laissèrent pour
morts les gens venus pour arrêter Khat, l'arra–
chèrent de leurs mains et s'en retournèrent dans
leur pays. Arsace, qui n'osa pas se venger, se
cacha, craignant une révolte de tous les satrapes.
CHAPITRE X X X I I I .
Règne de Théodose le Grand. — Concile tenu à
l'occasion de ceux qui niaient léSaint-Esprit
{
Pneumatomaques).
Valens fut ici-bas l'exemple du feu éternel selon
ses mérites, et périt au milieu des flammes à An -
drinople. Théodose prend la couronne. Celui-
ci ruina jusqu'aux fondements les temples des
idoles, déjà fermés par Constantin, tels que
ceux du Soleil, d'Artémis et d'Aphrodite, à
Byzance. I l détruisit aussi le temple de Damas et
le convertit en église ; il fit de même du temple
de la ville du Soleil (Héliopolis) (i), de celui si
grand et si fameux du Liban, qui était formé de
trois blocs (a).
Théodose rappela tous les saints pères condam–
nés aux mines à cause de leur orthodoxie. Parmi
ceux-ci était Nersès le Grand, que Théodose con–
duit àByzance et qu'il garde auprès de lui avec de
grands honneurs, afin que la véritable doctrine ap–
paraisse au sujet des blasphèmes de l'impie Macé-
donius. Cet homme n'admettait pas le Saint-Es–
prit comme Seigneur (Dieu), ne le croyait pas
digne d'être l'objet du culte et de l'adoration avec
le Père et le Fils, mais comme étranger à la na–
ture de Dieu, créature, serviteur et ministre, ins–
piration et non essence et personne. Rassemblés
dans la ville impériale de Byzance, les saints pères
Damase de Rome, Nectar de Constantinople, T i -
mothée d'Alexandrie, Mélite d'Antioche, Cyrille
de Jérusalem, [saint Nersès de la Grande Armé–
nie (3) ], Grégoire de Nysse, Gélase (4) de Césarée,
Grégoire deNaziance, Amphiloque d'Iconium et
d'autres évéques, en tout cent cinquante pères,
anatbématisèrent et excommunièrent Macédonius
(1)
Le texte porte
Ilouz
("
H).io;)
khaghakh
(
ville); il
s'agit de Bâalbek.
(2)
La Chronique pascale (p. 303) appelle ce temple
TÔ TpiXtOov, et dit qu'il était situé à Balanias, xo TOÛ Ba-
XavCou, ce qui est une faute de copiste pour TÔ TOU A I -
gavtou. Le texte de Moïse ne laisse aucun doute sur
cette restitution.
(3)
Le nom de Nersès n'est mentionné que dans un
seul msc.
(4)
Au lieu de Gélase, deux mss. donnent le nom de
Basile.
Fonds A.R.A.M