MOÏSE DE KHORÈNE.
Tous les autres satrapes, à la condition que le
roi à l'avenir se comporterait avec équité, pro–
mirent de lui être fidèlement soumis. L'engage–
ment fut ainsi fait de part et d'autre. Mais Nersès
le Grand, étant allé trouver l'armée grecque, la
supplia de ne faire aucun mal à notre pays, de
prélever les tributs, d'emmener Bab fils d'Arsace,
en otage, avec les fils de tous les satrapes, et de
se retirer. Accédant à cette proposition, le bon,
le grand Théodose, général [des Grecs], retourne
près de l'empereur avec les otages et accompagné
de Nersès le Grand ( i) qui était porteur d'une lettre
d'Arsace, conçue en ces termes :
Lettre d'Arsace h Valens.
«
Arsace, roi de la Grande-Arménie, et tous les
satrapes de la nation arménienne (a), à notre Sei–
gneur l'empereur Valens Auguste et à Gratien son
fils (3), salut!
«
Que ta majesté soit convaincue que ce n'est
point par haine que nous nous sommes révoltés,
ou par confiance dans nos forces que nous avons
envoyé des détachements pour piller sur les do–
maines des Grecs. Ayant appris les grands troubles
qui ont eu lieu chez vous, et redoutant Sapor, si
pi sonne ne fût accouru pour nous tirer de ses
mains, nous l'avons aidé avec une faible troupe.
Cependant, moi, Arsace, je n'ai pas marché avec
lui et je vous suis resté fidèle. C'est pourquoi il
a dévasté notre pays, il l'a réduit en servitude et
arraché de leurs tombeaux les ossements de nos
pères. Croyez nos envoyés, conservez-nous sin–
cèrement l'ancienne amitié, et nous vous serons
dévoués avec une entière fidélité. »
Valens, sans lire 1 a*lettre, sans voir saint Nersès
le Grand, ordonna qu'il fut déporté (4) et que
tous les prisonniers fussent passés au fil de l'épée.
CHAPITRE
XXX.
Nersès le Grand est exilé dans une île déserte, —
Comment les captifs étaient nourris par les
soins de la Providence,
En ce temps-là, Macédonius, qui niait le Saint-
Esprit, tenait le siège épiscopal de Byzance (5)
(1)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv, c. 5.
(2)
Moïse emploie le mot
aramian,
dont la racine est
Aram.
C'est une épithète peu usitée.
(3)
Gratien était lefilsdu frère de Valens, et par con–
séquent son neveu.
(4)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv, c. 5.
(5)
Socrate, 1. u, c. 27, 38. — Sozomène, 1. iv, c. 20,
Quand vint l'ordre de déporter Nersès le Grand,
comme si ce fût lui qui avait fait une offense à
l'empereur, quelques Ariens l'approchèrent et lui
dirent: « Si tu veux professer notre croyance, notre
père Macédonius te délivrera. » Nersès refusa et
fut déporté. Comme on naviguait par un vent
impétueux de l'hiver, le vaisseau fut jeté sur une
île déserte et fut brisé. Les marins, ne pouvant navi–
guer avec la chaloupe, restèrent là et mangèrent
des racines d'arbres ( i ) . Cependant la Providence
divine les nourrit pendant huit mois (a) avec des
poissons que la mer jetait vivants sur le rivage (3).
Bab, avec les autres.otages, ayant
consenti
[
à ac–
cepter l'erreur], Macédonius le fit délivrer (4).
CHAPITRE X X X I .
Arsace extermine les satrapes, — Conduite
Vévéque Khat.
Nersès le Grand étant éloigné, Arsace viola
tous les serments qu'il avait jurés avec les sa–
trapes, et tira vengeance de la destruction de
sa ville d'Arschagavan (5). H extermina grand
nombre de satrapes, anéantit la race des Gamsa-
ragan parce qu'il convoitait leur forteresse d'Ar-
dakers (6) et leur ville libre d'Érouantaschad.
Les appelant près de lui, dans son palais aban–
donné d'Armavir, comme ses alliés qu'il voulait
combler d'honneurs, hommes, femmes et enfants,
il fit tout tuer, et seul Sbantarad, fils d'Arschavir,
échappa à la mort. Celui-ci avait épousé en se–
condes noces une Arsacide et habitait dans ses do–
maines aux cantons de Daron et d'Haschdiank,
sous prétexte qu'il avait à se plaindre de son
oncle paternel Nersèh
( 7 ) .
C'est pourquoi il
échappa au massacre ; mais, ayant appris cette af–
freuse nouvelle, il s'enfuit en Grèce avec ses fils
Schavarsch et Kazavon, et avec tous les siens.
Nersès le Grand, lors de son départ pour la
Grèce, avait consacré son diacre Khat (8), évéque
26.
Cf. sur les
Pneumatomaques
ou
Macédoniens,
Tillemont, t. vi,
Arius,
art. 62, 66, 104
et passim.
(1)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv, c. 5, 6.
(2)
Neuf ans, selon Faustus,
loc. cit.
(3)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv,
c. 6.
(4)
Cf. Faustus de Byzance, 1. v, c. 1.
(5)
Cf. plus haut, p. 146, ch. 27.
(6)
Ardakers est le nom arménien (Indjidji,
Géogr.
anc., p 396) de la ville d'Artogérasse ou Artagéra des
écrivains grecs et latins. Ceux-ci ont transcrit ce nom
sous différentes formes, ainsi qu'on peut le voir dans
Strabon ( xi, 14, 6), Ptolémée (v, 13), Vell. Patercul., u,
et Ammien-Marcellin (xxvn, 12).
(7)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv, c. 19.
(8)
Khat était originaire deMarak (Indjidji,
Arm. anc.,
Fonds A.R.A.M