KHORÈNE.
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MOÏSE DE
ne lui envoya aucun député et n'en reçut aucun
de lui. Une grande bataille eut lieu où un nombre
considérable de Perses trouva la mort, et l'armée
de,Sapor en déroute retourne à Medzpin* Après
avoir pris un peu de repos et s'être remis de ses
fatigues, Sapor essaie de prendre Tigranocerte;
mais l'avant-garde et les éclaireurs l'en empêchè–
rent sous prétexte que les Grecs en souffriraient.
Alors Sapor écrit aux habitants de la ville une
lettre ainsi conçue :
Lettre de Sapor [aux habitants dé] Tigranocerte.
«
Le plusbrave des adorateursd'Ornuzd, Sapor,
roi des rois, à voua, habitants de Tigranocerte qui
n'êtes plus comptés au nombre des Arik et des
Anarik.
«
Je voulais, en commençant par vous, faire
mon entrée en paix et librement dans les villes
des environs. Or vous, habitants de Tigranocerte,
qui êtes les premiers, non par vos exploits, mais
par votre position sur ma route, si vous me ré–
sistez, les autres villes imiteront votre exemple
et en feront autant. Mais, à mon retour, je vous
exterminerai dans ma colère, afin que vous soyez
nn double exemple pour les audacieux et les re–
belles. »
CHAPITRE XXVII.
Construction et destruction dArschagavan. —
!
Prise d*Ani.
Arsace fit une folle entreprise ; sur le revers
du mont Massis, i l bâtit un lieu de refuge pour
les malfaiteurs et ordonna que quiconque vien–
drait s'y établir ne pourrait être atteint par les
droits de la justice. Aussitôt la vallée se peupla
tout entière d'une multitude semblable [aux flots]
de la mer ; car les dépositaires infidèles, les dé–
biteurs, les esclaves, les malfaiteurs, les voleurs,
les assassins, les gens divorcés et autres venaient
s'y réfugier sans être inquiétés. Souvent déjà les
satrapes avaient murmuré, mais Arsace ne les
écouta pas, si bien qu'ils adressèrent des plaintes
à Sapor qui, revenu de Grèce, envoya un de ses
généraux, avec un détachement d'Arméniens,
pour s'emparer d'Arsace si l'occasion le permet–
tait. Mais Arsace s'enfuit dans les régions du Cau-
cause, avec le concours des Ibères ( i ) .
(1 )
Faustus de Byzance raconte (iv, 20) qu'Arsace, étant
à la cour de Sapor, fut averti faussement par Antov de
|
Siounie que le roi de Perse voulait le faire mourir. An- !
tov craignait qu'Arsace n'épousât la "fille de Sapor, et
que cette alliance ne fût préjudiciable à celle que le roi
i
avait contractée avec safillePharandzem. Arsace, con–
fiant dans les paroles d'Antov, s'enfuit ; et, malgré les pro- !
Le général des Perses, arrivé en Arménie, et
soutenu par les satrapes, s'empare dn fort
d'Ani ( i ) , de tous les trésors royaux et même des
ossements des rois ; j'ignore si c'est pour faire un
outrage
à
Arsace, ou
à
cause
de
quelque sortilège
païen. Les satrapes, ayant obtenu cet ossements
par leurs prières, les enterrèrent dans le bourg
d'Aghtz, au pied du mont Arakadz (a) ; car ils ne
savaient pas distinguer les ossements des païens de
ceux des chrétiens, parce que ces restes avaient
été confondus ensemble par les violateurs. Aussi
ces ossements ne furent pas jugés dignes d'être
ensevelis dans la ville de Vagharschabad, dans
la sépulture des saints.. •
Les satrapes d'Arménie,ligués ensemble, tom–
bèrent sur
la
cité royale
d'
Arschagavan, passèrent
au
fil
de l'épée les hommes et les femmes, à.
l
'
exception des enfants
à
la mamelle ; car chacun
sévissait contre ses propres esclaves et contre les
criminels
(3)
.
Nersès le Grand, bien qu'averti sur-
le-champ,
ne
put arriver avant le massacre, mais
il trouva les enfants des victimes, rassemblés de
côté
pour
être traînés en captivité, comme des
enfants
d
'
ennemis éloignés* Nersès, les délivrant,
les fait porter dans des corbeilles et placer dans
une étable, et leur fait donner des soins et des
nourrices. Avec le temps, cet endroit devint un
bourg, qui
à
cause de cela fut appelé
Ouorthhh
(
corbeilles) (4).
CHAPITRE XXVIII.
Prise et ruine totale de Tigranocerte.
Sapor étant arrivé
à
Tigranocerte, les habitants
s'y renfermèrent pour résister
[
à
ses attaques].
testations de Sapor, il persista à
ne
pas retourner auprès
du roi de Perse. Dès lors,
il
s'ensuivit une guerre longue
et désastreuse qui dura trente ans. ( Faustus de Byz.
r
1.
iv, c. 20 et suiv. )
(1)
Faustus de Byzance (iv, 24) raconte la prise- d'Ani
par le traître Méroujan, et donne les mêmes détails que
notre auteur sur l'enlèvement des trésors et la violation
des sépultures royales.
(2)
Cf. Indjidji,
Arm. anc.,
p. 440.
(3)
Faustus de Byzance (1. iv, c. 13) raconte que ce
fut une épidémie qu'il qualifie d'implacable, quifitmou–
rir la population d'Arschagavan. Le patriarche Nersès
avait engagé le roi à détruire ce bourg qui renfermait
tous les criminels du pays, mais Arsace ne tint aucun
compte des avertissements du saint, qui annonça qu'à la
suite d'une vision qu'il avait eue, Arschagavan serait
complètement détruite. En effet 20,000 personnes furent
atteintes par le fléau et périrent en trois jours. La ville
fut alors complètement détruite.
(4)
Le mot
Ouortk
a également le sens de « vigne *.
Fonds A.R.A.M