HISTOIRE
pagne de ses satrapes, fait descendre dans la
plaine d'Aghiovid le corps de Knel et l'enterre
dans la plaine de Zarischad ( i ) . Puis, feignant
d'être innocent [de ce crime], le roi s'abandonne
à un grand désespoir.
CHAPITRE XXIV .
Comment Arsace osa prendre pour épouse la
femme de Knel, de laquelle il eut Bab.
Bien qu'Arsace croyait exécuter ses crimes se–
crètement, il arriva que ce qui ne peut être caché
à l'œil de Dieu, qui voit tout, fut aussi manifesté
au monde pour la terreur des coupables, comme
fut la mort de Diran et de Knel. Tout fut connu ;
Nersès le Grand l'apprit aussi et il maudit Arsace
et celui qui avait été la cause du meurtre ( 2 } .
Puis, s'en étant allé, il passa plusieursjours dans le
deuil, comme [au'/efois] Samuel à l'occasion de
Saùl. Mais Arsace, loin de se repentir, osa s'em–
parer des trésors de l'héritage des morts, et il prit
encore sa femme Pharandzem, de laquelle naquit
un fils qui fut appelé Bab (3).
Cette Pharandzem commit un forfait inouï,
incroyable et bien fait pour causer l'indignation
de ceux qui l'entendirent conter ; par les mains
d'un prêtre indigne (4
)9
mêlant au remède dévie
le poison mortel, elle le donna à Olympias, pre–
mière femme d'Arsace et la fit mourir, parce
qu'elle enviait son rang. Elle excite aussi Arsace
à tuer Vaghinag, pour mettre à sa place son père
Antiochus (5).
tuer le prince qui avait cependant trouvé un chaleureux
défenseur auprès du roi dans la personne du patriarche
Nersès. Faustus est d'accord avec Moïse, pour accuser
le roi d'une hypocrisie odieuse, puisqu'il assista en gé–
missant aux funérailles de son neveu. On verra plus loin
comment mourut Dirith qui avait été la cause de cet
assassinat, parce qu'il voulait épouser- la femme de
Knel.
(1)
Indjidji,
Arm. anc,
p. 125. —Cf. aussi Faustus
de Byzance, 1. iv, c. 55.
(2)
Mesrob,
Biogr. de saint Nersès,
§ 13. —Cf. aussi
plus bas, c. 25. — Faustus de Byzance, 1. m, c. 15.
(3)
Cf. Faustus de Byzance, 1. m, c. 15. —Mesrob et
Faustus disent qu'Arsace avait d'abord épousé Pha–
randzem, et que ce fut pour se venger du peu des ym-
pathie qu'elle lui témoignait, qu'il épousa Olympias.
(4)
Ce prêtre s'appelait Merdchiounig ; il était origi–
naire d'Arschamouni, au canton de Daron. ( Faustus de
Byzance, 1.
111,
c. 15.)
(5)
Faustus de Byzance ( 1. m, ch. 15) appelle ce person–
nage Antov de Siounie.
flISTOR. ARMÉNIENS. — T . I I .
D'ARMÉNIE.
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CHAPITRE XXV .
Meurtre de Dirith.
•
Sapor, en paix avec les nations du nord et ayant
terminé toutes ses campagnes, manifesta son in–
dignation contre Arsace qui, pendant d'assez
longues années, avait payé le tribut à César et
non à lui. En conséquence, Arsace envoie à Sapor
Dirith et son favori Vartan, avec de riches pré–
sents , en demandant sa grâce. Mais Sapor voulait
se venger des dernières guerres, etil s'avança contre
les Grecs. C'est pourquoi il invite Arsace notre
roi à le suivre avec toute l'armée arménienne.
Arsacene voulut pas marcher avec lui, et, donnant
un prétexte, il n'envoie avec Sapor qu'une petite
troupe.
Cependant Arsace, furieux contre Dirith, le dé–
pouille de ses honneurs, comme si tout n'était
arrivé qu'à son instigation, à cause de la haine
qu'il nourrissait contre les Grecs. Vasag son écuyer
excitait encore davantage la colère du roi, parce
qu'il gardait rancune à son propre frère au sujet
d'une jeune concubine. C'est pourquoi le roi
accable d'injures [Dirith et Vartan] qui, ne pou–
vant supporter un tel traitement et tant de re–
proches, se réfugient auprès de Sapor. Arsace,
encore plus furieux, ordonne à Vasag de les pour–
suivre avec une nombreuse troupe, et de les ar–
rêter partout où on les trouverait ( 1 ). Vasag se hâte
de poursuivre les fugitifs, quoique Vartan fut son
frère. Ainsi le sang innocent de Knel fut vengé
dans celui de l'impie Dirith, selon la malédic–
tion fulminée par Nersès ( 2 ) , et Vartan fut tué
par son propre frère (3).
CHAPITRE XXVI .
Défaite de Sapor à Tigranocerte.
Sapor se hâta de se porter contre notre ville
de Tigranocerte; les habitants, avec une armée
rassemblée aussitôt, lui opposent une vive résis–
tance, car Antiochus, chef de la race de Siounie,
beau-père d'Arsace et gouverneur de la ville,
ordonne d'en fermer les portes devant Sapor. Et
non-seulement il intercepta le passage, mais il
(1)
Cf. Faustus de Byzance, 1. m, c. 15.
(2)
Cf. plus haut, c. 24.
(3)
Cf. Faustns de Byzance (1. ru, c. 17), qui dit que
Vartan fut assassiné par des émissaires, dans son châ–
teau de Trakhani, au canton de Daïk. Sa femme qui
était enceinte, entendant du bruit, accourut, mais elle
fut obligée de s'arrêter et mit au monde un fils qui fut
nommé Vartan comme son père.
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Fonds A.R.A.M