ir
très-satisfaits et attaches à sa personne, lui don–
nèrent leurs enfants. Knel les fit habiller avec de
magnifiques ornements, leur donna des armes, et
on en aima Knel encore davantage.
Dirith trouva là un prétexte à la calomnie, et
étant chez le roi avec son ami Vartan écuyer du
roi et de la race des Mamigoniens, ils lui di–
rent : « Tu ignores, ô roi! que Knel a formé le
e tuer pour régner à ta place. Voici
la preuve de ce fait, ô roi ! Knel habite l'Ârarat
dans vos domaines royaux, et le cœur des satrapes
lui est dévoué. Les empereurs, pour lui fournir
l'occasion de conspirer, lui ont conféré le con–
sulat , beaucoup d'argent avec lequel il a cor–
rompu les satrapes. » Vartan jurait par le soleil
(
la vie ) du roi et disait : « J'ai entendu de mes
propres oreilles Knel dire : Je ne laisserai pas,
sans la venger sur mon oncle, la mort de mon
père, dont il a été la cause. »
Arsace crut à ces paroles et envoya Vartan au–
près de Knel pour lui dire : « Pourquoi l'es-tu
établi en Ararat et as-tu transgressé les règle–
ments établis par nos pères ? » Car c'était la cou–
tume que le roi seul habitât en Ararat avec le seul
fils qui était son successeur désigné (i); tandis
que les autres Arsacides résidaient dans les con–
trées d'Haschdiank, d'Aghiovid et d'Arpéran
( 2 )
avec des revenus et des rentes sur le trésor royal.
Or, tu dois choisir actuellement, ou la mort, ou
abandonner l'Ararat et renvoyer d'auprès de toi
les fils des satrapes. » Knel, ayant entendu ces
paroles, obéit à l'ordre du roi et s'en alla dans
les cantons d'Aghiovid et d'Arpéran* Cependant
.
Diran, son grand-père, adressa des remontrances
sévères à sonfilsArsace. C'est pourquoi Diran fut,
pendant la nuit, étranglé par ses grands chambel–
lans (3), sur l'ordre du roi, et enterré dans le
bourg même de Gouasch, comme n'étant pas digne
de la sépulture de ses pères. Ainsi Diran éprouva
la juste récompense du traitement qu'il avait fait
(1)
Cf. Moïse de Khorène, 1. m, c. 8. — Cette loi
avait été établie par le fondateur de la dynastie arsacide
d'Arménie.
(2)
Le canton de Haschdiank, l'Asthianène ou Hansta-
nitès des Grecs, était la résidence des branches collaté–
rales de la famille des Arsacides, ainsi que l'avait établi
Valarsace. 11 était situé dans la Quatrième-Arménie -, au
deuxième siècle Ardavazt II et Diran I y joignirent les
cantons d'Aghiovid dans- le Douroupéran, et d'Arpéran
dans le Vasbouragan. — Cf. Saint-Martin,
Mèm. sur
VArm.
t
X.
I, p. 92, loi, 131.
(3)
Moïse emploie le mot
sënagabed
qui est l'équi–
valent de
hedjoub,
«
chambellan, camérier ». — Cf. sur
cette fonction, notre
Cariulaire d'Arménie sous les Rou-
péniens; lntrod.,
p. 45.
endurer à Daniel l'homme de Dieu
(
1 ) ;
et, selon
les paroles de l'Écriture, il fut mesuré avec sa
propre mesure
( 2 ) .
CHAPITRE XXIII.
Arsace porte de nouveau envié à Knel et le fait
périr.
Ensuite le roi va sur le versant opposé du Mas-
sis , chasser dans son canton de prédilection, à
Gokaïovid (3). La chassé fut si abondante qu
:
au-
!
cun roi jusqu'alors n'avait tué tant de gibier en
une heure. Et lui, dans les joies du vin, s'en glo–
rifiait. C'est pourquoi
Dirith
et Vartan renouve–
lèrent leurs perfidies, en disant que Knel en ces
jours-ci abat un bien plus grand nombre de pièces
sur sa montagne de Schahabivan (4) qui lui vient
de son aïeul maternel, Knel Kénouni.
Alors Arsace envoie à Knel la lettre suivante :
Lettre d'Arsace à Knel»
«
Arsace, roi de la Grande-Arménie, àmon fils
Knel, salut ! Cherche les endroits les plus abon–
dants en bêtes fauves su»? la montagne des Fleurs
(
Dzaghgatz), le long de l'eau, et tu disposeras
tout afin qu'à notre arrivée nous trouvions une
chasse digne d'un roi. »
Arsace, arrivant presqu'en même temps que sa
lettre, pensait trouver Knel non encore préparé
aux ordres du roi, et, sous le prétexte que Knel
porte envie aux plaisirs du roi, le charger de
chaînes. Mais Arsace, voyant qu'il n'y avait ja–
mais eu tant de préparatifs de chasse et tant de
gibier, tourmenté par ses idées d'envie et ses
soupçons, ordonne
à
ce même Vartan de le tuer
pendant la chasse, comme si c'était par un coup
de maladresse que le trait avait atteint Knel.
Vartan s'apprête à exécuter cet ordre, non pas
tant pour obéir au roi que pour satisfaire la haine
de son cher Dirith (5). Cependant Arsace, accom-
(1)
Voir plus haut, ch. 14.
(2)
ïsaïe,
XXVII, 8.
(3)
Indjidji,
Arm. anc.,
p. 446.
.(4)
Cettemontagne était située dans le canton de
Dzalgadn, en Ararat, et s'appelle actuellement A1&-
Dagh. Elle portait aussi le nomde « Montagne des fleurs »
Dzaghgatz,
et selon d'autres écrivains Dzalghé ouDzal-
goud. — Cf. Indjidji,
Arm. anc.,
p. 414.
(5)
La mort de Knel est racontée d'une manière toute
différente par Faustus de Byzance (I. m , c. 15 ). Ars–
chag, excité par les calomnies de Dirith, cousin de Knel,
engagea ce dernier à venir le trouver dans son camp pour
célébrer ensemble la fête de
navassart.
Sans défiance
Knel se rendit à l'appel du roi, qui le fit saisir et enchaî–
ner. Puis il donna l'ordre à son bourreau, Ërazmag, de
Fonds A.R.A.M