HISTOIRE D'ARMÉNIE.
•43
«
aucune consolation dans leurs douleurs. Ensuite,
il n'y avait aucun secours pour les estropiés,
aucune hospitalité pour les voyageurs inconnus et
pour les étrangers.
Nersès fit construire dans chaque canton des
hôpitaux dans les lieux retirés, à la manière des
hospices grecs, pour soulager les affligés. H leur
assigna des bourgs, des champs riches en fruits,
en laitage et en laines, pour l'entretien particu–
lier des pauvres, afin qu'ils ne sortissent pas de
leurs maisons (x).
Nersès confia la surveillance à Khat
( 2 ) ,
natif
de Marak (3) dans [le district de] Garin, son diacre,
et lui enjoignit de construire des hôtelleries dans
tous les villages à l'usage des étrangers, pour y
nourrir les orphelins, les vieillards, et soulager
les indigents. I l bâtit aussi des confréries, des mo–
nastères, des ermitages dans les lieux déserts et
inhabités parles solitaires, et nomma pour pères et
inspecteurs de ces refuges Schaghida, Epiphane,
Ephrem, Kint de la race de Selgouni, avec d'au–
tres encore. I l défendit deux choses aux races
satrapalcs : les alliances entre parents qui se fai–
saient pour conserver soigneusement la no–
blesse des familles; et enfin les lamentations sur
les morts, selon l'usage des païens (4). Dès lors,
on vit noire pays se conduire non selon la cou–
tume des barbares et des gens grossiers, mais à
la manière des citadins policés.
CHAPITRE X X I .
Meurtre de Tiridatefrère d Arsace. —Saint Ner*
ses se rend à Byzance et en ramène les otages.
Valentinien se montrait sévère et inflexible
contre les injustices ; i l fit mourir beaucoup de
princes à cause de leurs dilapidations (5), et
brûler vif un certain Rodanus, chef des eunuques,
qu'il avait engagé par trois fois à restituer à une
veuve les biens qu'il lui avait pris, et qui s'y était
refusé (6). Le même jour, les envoyés de Valen–
tinien, revenus d'Arménie, l'irritèrent en lui rap–
portant les insolences d'Arsace. En ce moment,
(1)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv, c. 4.
(2)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv, c. 12.
(3)
Selon un msc.
Markatz.
Faustus de Byz., 1. îv,
c. 12.
Indjidji,
Arm. anc,
p. 35.
(4)
Cf. sur ces cérémonies funèbres, ce que raconte
Faustus de Byzance, 1. v, c. 31.
( 5 )
Cf. Ammien Marcellin, 1.
XXVII
,
c.
7 ;
1.
xxx, c.
8.
Zosime, 1. iv, c. 14. — Zonaras, 1. xm. —
Cod.
Théodos.,\.
xi, tit. 10, loi l,ettit. 11,
(6)
Cf. Chron. Pasc, p. 301.
comme il était fort en colère, il fit mettre à
mort Tiridate frère d'Arsace et père du jeune
Knel.
Théodose, à la téte d'une nombreuse armée,
vint fondre sur l'Arménie. Déjà il est arrivé sur
les frontières du pays, quand Arsace effrayé
envoie au-devant de lui Nersès le Grand qui
supplie l'empereur, lui paye les tributs qu'il avait
refusé d'acquitter et lui remet encore de riches
présents. Nersès va trouver Valentinien, le pré–
pare à faire la paix, et reçoit lui-même de grands
honneurs. I l obtint encore les otages qu'il r é –
clame, et part en ramenant à Arsace comme
épouse Olympias, fille d'un parent de l'empe–
reur (1). Valentinien, pour consoler le jeune
Knel de la mort injuste de son père Tiridate, lui
conféra la dignité de consul
( 2 )
et lui donna de
grandes sommes d'argent. Dirith, jaloux de Kne l ,
ne pensait qu'à lui nuire et attendait pour cela
i
:
ne occasion favorable (3).
CHAPITRE X X I I .
Rupture d Arsace et de Knel. — Mort de Diran.
Knel vint un jour dans le bourg de Gouasch,
situé au pied du mont Arakadz (4), pour voir
son aïeul Diran l'aveugle qui vivait encore. Diran
pleurait amèrement son fils Tiridate, père de
Knel, en se reprochant d'être la cause de sa
mort. C'est pourquoi il donne à Knel tous ses
biens, la propriété des villages et des métairies,
en lui imposant pour condition d'habiter dans
ce bourg de Gouasch. Ensuite Knel prend pour
femme Pharandzem, de la race de Siounie, célèbre
son mariage avec une magnificence toute royale
et comble de présents tous les satrapes. Ceux-ci,
(1)
Olympias était fille d'Ablabius, préfet du prétoire,
et avait été fiancée à Constant, frère de Constance (Àm-
mien Marcell., 1. xx, c. 11). — Cf. aussi Faustus de
Byzance, 1. iv, c. 15 ; et surtout la note première de la
p. 346 du t. II de
VHist. du Bas-Emp.
de Lebeau,
édi Saint-Martin.
(2)
Moïse de Khorène a employé le mot composé
hy-
padosouthioun
(
formé de
OrcotTOC
«
consul » et de la
terminaison
outhioun ) ,
qui signifie « le consulat, l'ac–
tion d'être consul ». Le droit de porter des ornements
consulaires s'appelait
xiu.a(
«
honneurs ».
(3)
La véritable cause de la haine que Dirith portait à
Knel n'était pas seulement la faveur dont ce dernier
avait été l'objet de la part de l'empereur, c'était surtout
son amour pour Pharandzem, femme de Knel, que le roi
Arsace épousa après avoir tué son mari. —Cf. Faustus
de Byz., 1. rv, c. 15.
(4)
Cf. Indjidji,
Arm. anc., p.
442. —
Saint-Martin,
Mém.sur VArm.,
1.1,
p. 47.
Fonds A.R.A.M