du saint (i), par qui était illuminé notre pays,
selon la parole évangélique : « Vous êtes la lu–
mière du monde (a), » lumière dont Diran priva
l'Arménie. Et lui aussi fut privé de la lumière
après un règne de onze ans.
CHAPITRE XVIII.
Sapor donne le trône a Arsace. — Saporfait une
irruption en Grèce.
Sapor établit roi, à la place de Diran, son fils
Arsace
(3),
craignant que l'armée arménienne ne
vint mettre obstacle à ses projets. I l croyait, par
cet acte de générosité, s'assurer la possession de
notre pays. I l soumit ainsi la caste satrapale, en
prenant de chacun en particulier des otages. En
place de Vahan
Amadouai,
il nomma commandant
de l'armée arménienne de l'est Vaghinag de
Siounie, son favori, et, lui confiant [le gouverne–
ment de] toute l'Arménie, i l alla poursuivre les
troupes grecques. Arrivé en Bithynie, il y séjourna
plusieurs mois, sans rien entreprendre. I l dressa
sur les bords de la mer une colonne surmontée
d'un lion ayant un livre sous ses pieds, ce qui
signifiait que le lion étant la plus redoutable des
bêtes féroces, de même le roi des Perses est le
plus puissant des rois. Le livre renferme la sa–
gesse, tout comme l'empire'romain.
CHAPITRE XIX.
Comment Arsace méprise l'empereur (roi) des
Grecs.
Vers ce temps-là, les nations du nord s'insur–
gèrent contre Sapor roi des Perses. Valent inien,
'
établi empereur (roi) des Grecs, ayant envoyé des
troupes dans les contrées méditerranéennes,
ehasse l'armée perse ; ensuite il adresse à notre roi
Arsace cette lettre :
Lettre de Valentinien a Arsace\
«
Valentinien Auguste, autocrate, avec notre
collègue et associé Valens César, à Arsace roi
d'Arménie, salut!
(1)
Il s'agit d'Iousig qui fut assassiné quelque temps
avant Daniel. —Cf. Faustus de Byzance, 1.
m,
c. 20.
(2)
Matt.,
V, 14.
(3)
Arsace III régna de
l
'
an 341
à l
'
an 370.
Les
historiens modernes de l'Arménie donnent le plus sou–
vent à cet Arsace ou Arschag le nom d'Arsace I I , parce
qu'ils ne comptent point parmi les monarques arméniens
Arsace II,filsd'Artaban III, roi des Parthes,qui régna en
l'an 35 de notre ère. — Cf. ce que nous avons déjà dit à
ce sujet dans notre Collection, 1.1, p. 273, note 1, col. 1
«
Tu ne devais pas oublier les malheurs que
vous avez endurés de la part des Perses infidèles
et les bienfaits que vous avez reçus de nous, de–
puis les temps anciens jusqu'à présent. [Il fallait]
t'éloignerd'eux et te rapprocher de nous, t'unir
à nos troupes, et combattre centre eux ; envoyer
enfin, avec des lettres de satisfaction de nos géné–
raux, les tributs de ton pays. Tes frères et les pro–
scrits qui sont avec eux seront relâchés. Sois en
bonne santé et soumis aveuglément à l'empire ro–
main. »
Arsace ne répondit pas à cette lettre, mais il
dédaigna et méprisa les Romains. 11 ne s'attacha
pas de tout cœur à Sapor ; mais, suivant ses ins–
tincts, i l mettait tonte sa gloire à manger, à boire
et à entendre des chanteuses. Plus robuste et pins
brave en apparence qu'Achille, Arsace ressem–
blait de. fait à Thersite le boiteux et à la tête
pointue ( i ) . S'étant soustrait à l'autorité de ses
maîtres, i l reçut enfin le prix de son orgueil.
CHAPITRE XX.
De saint Nersès. — Ses sages institutions.
La troisième année du règne d'Arsace, on éta–
blit comme chef dés évéques Nersès le Grand,
fils d'Athénogène, fils d'Iousig,filsde Verthanès,
fils de saint Grégoire (a). A son retour de Byzance
à Césarée et à son arrivée en Arménie, i l renou–
vela toutes les sages institutions de ses pères, et
fit
plus encore, en mettant en vigueur la belle dis–
cipline qu'il a vue établie en Grèce, surtout dans la
ville capitale. Ayant convoqué les évéques, avec
tous les laïques, il établit la charité par des cons–
titutions canoniques, et extirpa la rudesse qui
était une chose naturelle dans notre pays. Ainsi,
les lépreux étaient pourchassés et réputés im–
mondes par les lois ; les gens atteints de l'élé-
phantiasis étaient mis en fuite, de peur que leur
mal ne se communiquât aux autres. Leurs refuges
étaient les déserts et la solitude ; leurs abris étaient
des rochers et des buissons; ils ne trouvaient
(1)
Cf. Homère,
lliad.,
c. II. « Seul Thersite glapit
encore sans mesure
c'est le plus vil des guerriers
qui sont venus devant Ilion. Son œil
est
louche, ses
pieds sont boiteux; ses épaules voûtées se confondent
avec sa poitrine, et sa tête pointue est
à
peine recouverte
de quelques rares cheveux. »
(2)
Cf. Faustus de Byzance, 1. iv, c. 3. —Nersès le
Grand occupa le siège pontifical de l'an 340 à l
'
ac
374.
Nous donnons dans ce volume une Biographie de saint
Nersès, qui renferme entre autres choses des renseigne–
ments très-intéressants sur l'histoire de l'Arménie à cette
époque, et qui a été rédigée par un écrivain du cin–
quième siècle, dont le nom ne nous est point parvenu.
Fonds A.R.A.M