HISTOIRE D'ARMÉNIE.
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CHAPITRE XVI .
Mort desfilsde Iousig. — Pharnersèh lui suc–
cède sur le siège [patriarcal].
Les satrapes d'Arménie prient Diran d'élever un
homme digne sur le trône épiscopal, en remplace–
ment d'Iousig, parce que ses fils, par leurs habi–
tudes peu honnêtes, étaient indignes de ce siège
apostolique. D'ailleurs la mort vint les frapper sur
ces entrefaites; événement affreux et épouvan–
table à entendre. Dans le même endroit, les
deux frères sont frappés par la foudre (i) ; l'un
s'appelait Bab et l'autre Athénogène (Athana-
kinès). Ils ne laissaient pas de fils en âge d'occu–
per une telle position, excepté le jeune enfant
d'Athénogène, appelé Nersès
( 2 ) ,
qui étudiait
alors à Césarée, et qui, vers cette époque, était allé
à Byzance pour épouser la fille d'un grand prince
appelé Aspion. Comme i l n'y avait personne de la
race de Grégoire, on choisit Pharnersèh d'As-
chdischad de Daron
(3)
et on le fit grand pontife,
la dixième année de Diran. I I occupa le siège
quatre ans.
CHAPITRE XVI I .
Comment Diran fut trompépar Sapor^ en se ren–
dant a son appel, et eut lesyeux crevés par son
ordre.
Après tous ces événements, l'impie Julien, en
punition de ses crimes, mourut en Perse d'une
blessure [reçue] dans les entrailles
(4).
Les troupes
revinrent avec le nouveau roi (empereur) Jovien
(
Jopianos), qui mourut en route et n'arriva pas à
Byzance
(5).
Le roi des Perses, Sapor, poursuit les
[
Grecs] et attire par ruse Diran auprès de lui, en
lui écrivant la lettre que voici :
(1)
Faustus de Byzance (1.
111,
c. 19) raconte cet évé–
nement
d
'
une
façon
romantique, en disant que
l
'
ange
du
Seigneur, apparaissant comme un éclair, frappa les deux
frères, au moment où ils se livraient à la joie du festin.
(2)
Nersès était fils d'Alhénogène et de Bambischen
sœur de Diran (Faustus de Byzance, 1. m, c. 15, 19).
(3)
Pharnarsèh occupa
le
trône pontifical de l'an 336
À l
'
an 340. —Faustus de Byzance
(
I.
m, c. 16) l'appelle
Pharèn
ou
Pharîn.
(4)
Cf.
Ammicn Marccllin, 1. xxv, c. 3. — Libanius,
Orat.
10. —
Zosime,
I. m,
c. 28
et
suiv. — Julien
mourut dans la nuit
du
26
au 27 juin 363, âgé
de
trente-
deux ans.
(5)
Ammien Marccllin, 1. xxv, c. 10. — Eutrope, 1
.
x.
—
Jovien mourut le 16 février 364,
à
Dadastana, bourg
de la Galatic, à
l
'
âge de 33 ans.
Lettre de Sapor à Diran.
«
Le brave adorateur d'Ormizd (Maztezen) (i),
l'égal du Soleil
( 2 ) ,
Sapor, roi des rois, à notre
frère bien-aimé, dont le souvenir [augmente]
notre félicité, à Diran, roi des Arméniens, beau–
coup de saluts
(3) !
«
Nous tenons pour certain que tu nous as
gardé la fidélité en ne venant pas en Perse avec
l'empereur, et que l'armée qu'il avait obtenue de
loi a été rappelée. Ce que tu as fait d'abord, nous
le savons, c'était pour l'empêcher de traverser ton
pays, comme i l l'aurait fait. C'est ce qui fait que
notre avant-garde découragée a fui, en rejetant
la faute sur toi. Irrité,
nous
avons fait boire à
leur chef du sang de taureau
(4).
Mais nous ne
ferons aucun mal
à
ton royaume ; [nous le jurons]
par le grand dieu Mihr
(5).
Hâte-toi seulement
de venir nous trouver, afin que nous puissions
aviser au salut commun. »
Ce que voyant Diran, sa tête s'égara et i l vint
trouver Sapor, car la justice [divine] l'attirait vers
son supplice. Sapor, en le voyant, lui adressa
des reproches en face des troupes, et lui fit cre–
ver les yeux (6), comme autrefois i l fut fait à
SédScias. Ainsi vengeance fut tirée du martyre
(1)
Le mot
Maztezen
est la transcription du zend
mazdiesn
qui signifie « adorateur d'Ormizd ». — CI. le
Zend-Avcsta d'Anq. Duperron, 1.1,2
e
partie, p. 177. —
Hyde,
Hist. rel.vet. Pers.,
p. 442. — S. de Sacy,
Mèm.
sur diverses antiq. de la Perse,
p. 39. — Une inscrip–
tion grecque copiée par Niebuhr et expliquée par M. de
Sacy
(
op. cit.,
p. 31 ) a transcrit le mot
Mazdiesn
par
MASAASNOl", au cas oblique.
(2)
Ammien Marcellin donne la rubrique d'une lettre
adressée à l'empereur par Sapor, où il prend les titres
de «
particeps siderum, frater solis et lunx
» (
Amra.
Marc, 1. 17).
(3)
Cette formule
oghdchoïn schad
est la traduction
de «
Salutemplurimam dico
»
que Sapor emploie dans
sa lettre à l'empereur rapportée par Ammien Marcellin
(
loc. cit. ) .
(4)
L'empoisonnement par le sang de taureau était fort
usité dans l'antiquité, surtout en Perse. — Cf. Plutarque,
Vie de Thémistocte.
—
Strabon, 1.
1,
c. 3, § 21.
(5)
MihrouMithra. Le nom dece dieu était invoqué dans
les serments des Perses. — Cf. Xénophon,
Cyrop.,
c. 5.
(6)
Faustus de Byzance (1. m, c. 20) raconte les faits
d'une manière différente, bien que le résultat final soit
le même. Schapouh-Varaz, gouverneur perse de l'Adher-
badagan, engagea un certain Phîsac, chambellan de Di–
ran, à trahir son maître. Dans une entrevue entre Va-
raz et Diran, et pour un motif futile, Varaz se saisit traî–
treusement du roi d'Arménie pendant un festin. L'ayant
l'ait charger de chaînes,
x
il le fit aveugler avec un fer
rouge et le conduisit ensuite en Perse auprès de Sapor.
Fonds A.R.A.M